Chronique film

Sicario

Sicario

Dernière petite pépite de Denis VilleneuveSicario nous a littéralement scotchés à nos sièges.
Sorti le 9 octobre 2015 le film arrive après trois longs métrages qui ont marqué la carrière du réalisateur québécois et qui sontIncendiesEnemy et Prisoners, sortis respectivement en 2012, 2013 et 2014.
Comme à chacun de ses films, Denis Villeneuve aborde un thème différent avec toujours une grande technique, appuyée par une grande photo, une grande direction des acteurs et surtout une grande bande originale.
En cela, Sicario n’échappe pas à la règle : le tout est pesant, pressant, même oppressant, et diablement efficace. RegarderSicario c’est être maintenu en apnée deux heures durant, sans que jamais le film ne vous laisse le moindre répit ni aucun secours, tout comme à ses protagonistes d’ailleurs.

Hitman


L’agent Kate Macer, interprétée par Emily Blunt, dirige une équipe d’intervention du FBI spécialisée dans les prises d’otages en lien avec les cartels mexicains. Lors d’une première scène d’introduction musclée, elle va découvrir avec effroi la barbarie des cartels et aura à cœur de rendre justice.
Elle sera recrutée par Matt Graver, (Josh Brolin), pour une mission d’envergure devant guérir la maladie plutôt que de combattre les symptômes. Kate va alors passer d’experte dans son domaine à novice. Elle devra en effet tout apprendre des méthodes de Graver et de son équipe et aura bien du mal à s’y accommoder.
Après une intervention risquée de l’autre côté de la frontière, Kate prend l’ampleur de la situation et se rend compte que les méthodes de Matt Graver, de son équipe et d’Alejandro, (puissamment interprété par Benicio Del Toro), sont à la limite de la légalité. Elle s’efforce d’en apprendre plus sur le véritable objectif de la mission et Graver finit petit à petit par lâcher quelques miettes. Et jusqu’au dénouement final rien n’est clairement dit, avoué ni affirmé.
Finalement, Kate, qui était une agente expérimentée et entraînée, traverse le film en novice sans jamais pouvoir intervenir comme elle le désire, ne pouvant que regarder et apprendre. Une forme de didacticiel qui a pu parfois gêner certains d’entre nous.

 

Un train peut en cacher un autre

Point de vue casting et personnages il y a évidemment Kate Macer. Elle est la première pièce du trio de personnages autour duquel se construit le film. Par son regard novice, malgré son expérience et que ce soit une femme forte, elle nous guide dans l’univers de Sicario. Elle se débat tant bien que mal et passe de personnage principal à simple spectateur. Car en réalité la pièce maîtresse du film, et qui conclu le film dans une scène peut-être trop grossière, n’est autre que Alejandro. Personnage incroyablement bien joué par Benicio Del Toro, affreusement stoïque et glacial. Un personnage mystérieux dont on découvre le passé et les ambitions au fur et à mesure que le film avance. C’est lui qui, caché au départ, clôture donc le film.


On en oublierait presque Josh Brolin et son personnage (Matt Graver) qui sert ici de lien entre Kate et Alejandro. Il dirige l’équipe et mène l’opération de bout en bout. Il cache bien son jeu, notamment par son apparat parfois peu conforme ( est ce genre de personnage qui peut arriver en chemise/tongs à une réunion). Un décalage bien fait et en contraste avec son personnage efficace et tout aussi opaque et dangereux.
Un trio bien pensé et bien fait qui porte presque le film. On dit presque car au-delà du jeu des acteurs, il y a la technique du film.

 

Film à ambiance

On sent une grande maîtrise technique dans Sicario, comme dans les autres films de Denis Villeneuve. Les plans de caméras, la photographie et la bande orginale (signée Johan Johansson) forment un ensemble compact et réussit, donnant une ambiance oppressante au film. Et c’est là la véritable réussite de ce film ! En quelques plans de vastes paysages très simples – mais pas simplistes – soulignés par une musique lourde et anxiogène, Denis Villeneuve arrive à nous immerger dans une ambiance particulière et peu réjouissante. Le paysage vaste et étendu des États-Unis est ici synonyme de claustrophobie. Très fort !
Le réalisateur s’est également fait plaisir avec des plans en infrarouges ou même filmés grâce à des drones de l’armée, renforçant l’immersion. Il est agréable de sentir que Denis Villeneuve a été libre de faire ce qu’il souhaitait, et qu’il l’a fait avec une grande précision.

Frontières

Il paraît assez évident qu’un film concernant la lutte anticartel menée par les États-Unis abordera le thème de la frontière mexicaine. Mais il est question ici de plusieurs frontières, autant physiques qu’éthiques ou morales.
Kate a une vision de la légalité que ses supérieurs ainsi que Matt Graver n’hésitent pas à déplacer tant que cela peut les aider dans leur mission. Une ligne, limite ou frontière, n’est ainsi pas immuable. Des agents américains peuvent intervenir sur le sol mexicain en toute illégalité. Et l’empreinte des cartels aux États-Unis est également une preuve que la frontière n’existe dès lors plus.
À cela s’ajoute une frontière morale et éthique qui peut se résumer ainsi : que sommes-nous prêts à faire pour mener à bien une mission ? Désobéir à la loi ou encore torturer une personne sont des décisions lourdes de sens qu’une grande motivation peut engager ou non…

 

En conclusion

Le film prend surtout le point de vue des autorités états-uniennes mais également, et par équité, le point de vue mexicain par le prisme de la corruption. En effet, régulièrement le film est interrompu par des scènes de la vie quotidienne d’un flic mexicain sympathique et de sa famille qui, inexorablement, est relié au trafic de drogue. D’autant que déjà dans le film on a été prévenu que la police mexicaine était corrompue. La chose est assez convenue et nous a paru un peu mal amenée. Surtout au vue du dénouement du personnage.
Malgré cela, et quelques dialogues en forme de didacticiel, le film est incroyable, empreint de réalisme et d’intensité. Son ambiance, on le répète, est génialement angoissante et la mise en scène, les acteurs ; sont tout bonnement sublimes.
Pour finir, c’est un film comme Denis Villeneuve les fait si bien : intelligents et qui nous amène à nous questionner, à réfléchir. Et des fois ça ne fait pas de mal…
En somme, un excellent film, on vous le dit !

 


avatar Roman le 23/11/2015  -  commentaires

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