Chronique film

The Lobster

The Lobster

Une fois la traduction du titre réalisée, et considérée avec tout le poids que celui-ci incombe, on ne peut que se dire qu’il y a peut-être quelque chose. Et même qu’il y a forcément quelque chose !

The Lobster est le dernier film de Yorgos Lanthimos, réalisateur grec ayant déjà à son actif deux longs-métrages remarqués –Canine en 2009 et Alps en 2011 -.


L’histoire est celle de David – interprété par un Colin Farrell bien en forme depuis son passage controversé dans la saison 2 deTrue Detective – luttant contre Goliath, aboutissant à une fin alternative du mythe.

Dystopie normale

David est un homme marié qui, un peu comme ça, va se faire larguer par sa femme pour un homme portant des lunettes, tout comme lui. Fin.

Le petit détail qui néanmoins fait son entrée très rapidement au sein du récit, c’est que la société dans laquelle vit David n’est pas tout à fait identique à la nôtre.
En effet, cette société binaire – voire monolithique – ne conçoit la légitimité des relations humaines qu’à travers un seul et unique prisme : le couple.
Si l’on est en couple, tout est bien. Si on ne l’est pas, on n’est rien. Et si l’on est rien, il faut y remédier dans les plus brefs délais (comptez 40 jours). Passé ce délai, vous, misérable humain célibataire, serez transformé pour le restant de vos jours en l’animal de votre choix.
Dans le cas du très récent divorcé David, il s’agit d’un homard – The Lobster, donc -.
David rejoint donc l’Hôtel, l’institution garante de la bonne tenue de la société. Le but de ce lieu reculé dans les landes irlandaises, est donc d’accueillir la lie de la société – les célibataires – et de les coupler les uns aux autres selon leur bon vouloir, dans ce fameux délai de 40 jours.
Tout est donc prétexte pour tout célibataire pour s’accoupler à autrui. Jacuzzi, piscine, dîner et… chasse aux Solitaires.

Les Solitaires sont pires que la lie. Ce sont des célibataires qui se refusent à la norme, revendiquant leur droit d’être seuls et qui, pour un raison qui ne semble échapper à personne, arpentent les terres de l’Hôtel, attendant d’être attrapés.
Un Solitaire attrapé permet de gagner un jour de répit sur la base de 40, et c’est ainsi que certains résidents de l’Hôtel médusés par la vie comme la femme sans nom – interprétée par Angeliki Papoulia – peuvent passer tranquillement le reste de leur vie à considérer amèrement l’étendue de leur malheur sans se soucier d’être transformer en poulet ou autre volaille de ce genre.
Créature aussi froide que l’espace lui-même, David va la considérer et tenter de s’accoupler à elle, pensant avoir trouvé un petit refuge de paix à l’intérieur du système. Étant aussi froide que maléfique, celle-ci va se rendre compte qu’ils ne sont pas pareils, et le dénoncer, forçant ainsi David à rejoindre les Solitaires.

C’est ainsi qu’il va rencontrer la femme mu yope (Rachel Weisz)…

HOMARD : Homme Ordinaire et Maladroit Recherche Amour Désespérément

Bien avant d’être un film aussi absurde que génial que déprimant, The Lobster est un film d’amour. Une comédie romantique pensée différemment – « grecque-ment » ? – de ce que l’habituel ‘ricain avide de blagues ouvertement nulles – ou du français pourfendant sans honte son lien à Molière – peut généralement produire.
Ici, point de cadre olé olé ou de grisaille parisienne.
Rien – RIEN – ne vaut la morosité de l’Irlande : ses paysages vastes et vides, pittoresquement froids, cadre idéal pour rendre compte d’une autre vision de l’Amour avec un grand A.
Point non plus d’allers-retours épuisants entre les personnages comme « Je t’aime moi non plus ». Ici, ils se rencontrent, et s’aiment. C’est simple, et ça change. Ce simple changement – donc – dans la manière de conter l’histoire permet ainsi la légèreté nécessaire à une comédie romantique. On s’attriste, mais on rigole tout autant.

Et puis il faut bien le dire : Colin Farrell en Monsieur Toutlemonde, se cachant derrière une paire de lunettes aussi glorieuse que sa moustache, sa petite bedaine ou son regard hagard, vaut toutes les plages d’Hawaï et quais de Paris.
Cet attirail, soutien parfait au jeu de l’acteur irlandais permet alors de saisir parfaitement la logique de l’animal totem de son personnage : David est, fondamentalement, un homard.
Et qu’est-ce qu’on s’en amuse ! Qu’est-ce qu’on en rit ! Chacun des plans sur ce personnage somme toute tout à fait normal est d’un humour salvateur !

Il en va de même pour l’intégralité du casting. De John C. Reilly (Les Gardiens de la Galaxie) – hilarant zozoteur – à Ben Whishaw (007 Skyfall & Spectre) en passant par Olivia Colman (Broadchurch), tout ce petit monde réalise un boulot admirable.
À part peut-être… Léa Seydoux, dont on pourra trouver le jeu un peu forcé et faux. Volonté du réalisateur ? Peut-être.
Ce petit « défaut » nous amène alors à la seule petite critique que l’on peut adresser au film, qui se veut irréprochable hormis cela.

La fin

C’est aussi simple que cela. La fin est on ne peut plus ouverte. Effectivement, cela permet à tout un chacun de penser ce qu’il veut, de clôturer le film comme bon lui semble. Mais dans une telle maîtrise de la narration, on n’a pu que s’avouer un peu déçu d’une fin aussi ouverte.

En conclusion…

Vous ne verrez plus jamais les homards de la même manière…

 


avatar Maxime le 02/11/2015  -  commentaires

commentaires

Commentaire ajouté avec succès