Chronique film

Ex Machina

Ex Machina

Si le nom d’Alex Garland ne vous dit pas grand-chose, il n’y a rien d’anormal à ça – nous non plus, on ne le connaissait pas jusqu’à maintenant -. Sachez néanmoins que ce jeune britannique de 45 ans – oui, à 20 ans, on n’est pas vieux comme peuvent le pleurer certains – est l’homme derrière les scénarios de La plage, de 28 jours plus tard ou encore de l’excellent Sunshine, trois films réalisés par ce qui doit probablement être son grand pote, Danny Boyle.
Un peu comme, assez récemment, Dany Gilroy avec Nightcrawler, Garland a eu la chance ou l’opportunité – peu importe en vérité – d’échanger, ou du moins de combiner la caméra à la plume pour un premier long-métrage intitulé très sobrement Ex Machina, sorti le 3 juin dernier dans les salles.
La première bande-annonce, sortie il y a un peu plus de 6 mois de ça, nous avait hautement intrigué, puisqu’elle présentait un film s’attaquant assez frontalement à la question épineuse – au cinéma en tout cas – de l’intelligence artificielle.
Après les débâcles créées par Transcendance ou Chappie – ce premier était dans un champ légèrement différent, mais néanmoins proche, celui de l’humain augmenté -, on était extrêmement méfiant face à Ex Machina. À tort, et à raison.

« Dieu issu de la machine »


Caleb est un jeune et brillant codeur de 26 ans travaillant pour ce qui est devenu le plus grand moteur de recherche du monde, BlueBook.
Ayant gagné un jeu concours en interne, Caleb a la chance inouïe d’aller rencontrer le créateur et dirigeant de la société, Nathan, sorte de génie reconnu de tous, dans sa retraite perdue dans les montagnes, coupée du monde extérieur.
Déposé à quelques centaines de mètres en hélicoptère de la résidence, Caleb va donc rencontrer Nathan, personnage assez différent de ce à quoi il s’attend. Frontal, détendu, et presque parfois inquiétant. Mais néanmoins très sympathique, et hautement intelligent.
Rapidement, Nathan va mettre Caleb dans une position assez inconfortable, à travers un dilemme. Ils peuvent passer une semaine ensemble comme deux personnes vivant un moment agréable au milieu de la nature, ou, Caleb peut signer un accord de confidentialité et découvrir ce que fait réellement Nathan dans ce lieu isolé.
Après une réflexion somme toute assez courte mais agitée, Caleb va signer le document. Sans plus attendre, Nathan va lui faire part de ce sur quoi il travaille depuis maintenant un certain temps : une intelligence artificielle.
Celle-ci est achevée – bien évidemment mise à jour en temps réelle -, mais ce qui manque à Nathan, c’est de valider la nature même de cette intelligence artificielle, à travers le test de Turing.
Le test de Turing a été établi par Alan Turing afin de vérifier si un humain était capable de déceler la présence d’un ordinateur ou d’un humain à travers un écran. Si un être humain n’est pas capable de dire s’il a affaire à un humain ou à un ordinateur de l’autre côté de l’écran, alors le test est passé, et l’on considère avoir affaire à une intelligence artificielle, car cela aura signifié que l’ordinateur aura été capable d’utiliser toutes les palettes propres à un humain pour faire croire qu’il en était un.
Mais dans le cas présent, le test de Turing est biaisé, car Nathan a créé bien plus qu’une intelligence artificielle, piégée dans un ordinateur, mais littéralement un robot à l’apparence humaine, féminine, du nom d’Ava.
Caleb est donc à la fois observateur et participant au test, et va en apprendre un peu plus, de jour en jour, sur ce qui se passe réellement dans ce lieu étrange.

De la surabondance esthétique

Ex Machina n’est pas une déception, très loin de là. C’est un bon film, bien mené, bien joué, etc.
Mais à défaut de nous laisser sur notre faim, ce premier film d’Alex Garland ne nous a pas paru apporter quoique ce soit de plus à la réflexion autour de l’intelligence artificielle.
Il n’est ni attendu, ni convenu, mais il ne nous a pas paru prendre de risque bien particulier dans sa manière d’être, de conter, de faire agir ses personnages, et surtout dans le fond.
Entendons-nous bien, il s’agit d’un avis tout à fait subjectif, mais on a régulièrement l’impression que le film se cache derrière un contexte spatial et temporel froid, propre, et léché, pour combler un certain manque d’apport scénaristique. La résidence, lieu où se déroule l’action, en étant l’exemple principal. En harmonie avec la nature, ce théâtre de l’action a été vu et revu dans de nombreuses œuvres de science-fiction et/ou d’anticipation. On a donc souvent l’impression que l’esthétique prend le pas sur le fond, mais qu’en plus d’en être ainsi, il s’agissait là d’une esthétique tout à fait convenue et attendue.
Qu’on ne se méprenne pas sur nos propos : il nous paraît difficile de faire autrement, et pour être honnête, Alex Garland est parvenu à bien retranscrire les sensations inhérentes au contexte. Mais c’est du déjà-vu.
À ce titre, ce film rappelle l’épisode 01 de la deuxième saison de l’excellente série britannique Black Mirror, dans lequel d’ailleursDomhnall Gleeson (le personnage de Caleb) joue, et dont l’intrigue tourne autour de la question de l’humain et de la machine. C’est pastel, beau, soyeux, mais tout à fait attendu, et en ce sens dommage.

« L’enfer, c’est les autres »

Le film repose sur 3 protagonistes principaux (et un légèrement en retrait, mais néanmoins capital, dont on ne vous parlera pas pour ne rien spoiler), mis en présence dans un lieu confiné et isolé du monde. En ce sens, il s’agit littéralement d’un huis-clos, porté principalement par les performances des acteurs.
Si Domhnall Gleeson se révèle un peu creux, ce n’est ni un défaut, ni à louer. Il est le conteur, et si on le prend ainsi, sa performance se révèle convaincante. Un peu candide, un peu timide, touchant dans tous les cas, il donne à son personnage la justesse et l’intelligence qu’il lui incombait pour nous guider dans l’intrigue et son déroulement.
Il y a ensuite Oscar Isaac, dans le rôle de Nathan. Révélé dans Sucker Punch, mais surtout dans Drive, puis dans A Most Violent Year, cet acteur américain de 35 ans est, à défaut d’être époustouflant, vraiment excellent. Il permet à Nathan d’être ce personnage viscéralement inquiétant, quelque part entre le meilleur ami et le meilleur ennemi que l’on pourrait avoir, dans une tension permanente. Le genre de personnage pouvant vous planter un couteau dans le dos tout en vous serrant la main.
Pour finir, nous avons Alicia Vikander, le personnage d’Ava. Et là, que dire ? Sa performance est juste incroyable. On voit lentement s’établir sa progression sur le chemin vers l’« être humain ». Ses mimiques, sa gestuelle, reproduisent exactement ce que l’on pourrait s’imaginer être une intelligence artificielle dans le mouvement. Époustouflant.

En conclusion…

Il n’y a rien à jeter ou sur lequel cracher dans Ex Machina. On n’irait pas non plus jusqu’à dire que ce film nous a transcendé ou encore marqué, mais on a passé un moment agréable tout en ayant cette impression d’avoir affaire à une sorte de synthèse cinématographique sur la question de l’intelligence artificielle, et non pas à une ouverture sur celle-ci, un dépassement des conventions.

En dépit de ses qualités certaines, nous avons vu un film plaisant, parfois intéressant sur le plan psychologique, propre.
Mais en ce sens, on pourrait presque appeler cela… une vitrine.

 


avatar Maxime le 19/06/2015  -  commentaires

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