Chronique film

Avengers – L’ère d’Ultron

Avengers – L’ère d’Ultron

Ça y est. La déferlante s’est abattue. Cela fait maintenant une semaine qu’ici en France, Avengers – L’ère d’Ultron est sorti dans les salles obscures. Les chiffres sont fous. Déjà plus de 200 millions de dollars de recettes à travers le monde, 1 million 500 entrées en métropole, tout cela en sachant que le film ne sortira que Vendredi aux États-Unis. Kevin Feige, le PDG de Marvel Studios, doit se frotter les mains, très fier de ce succès. Mais de quel succès parle-t-on finalement ?

Commercialement, il n’y a rien à en dire, ce deuxième opus va probablement exploser quelques records, et sans l’ombre d’un doute s’afficher en première voire deuxième position dans le box-office annuel (Star Wars incoming).
Mais est-ce là un véritable succès ? Un succès qualitatif ? Tant au niveau de la direction artistique, du scénario, de la mise en scène, du jeu des acteurs, de leur temps à l’écran, etc. ? La réponse est non. Absolument pas.
The Avengers: Age of Ultron (on préfère la version originale) n’est pas un très bon film. Il est l’un des moins bons de la Phase 2. Il est même l’un des moins bons du MCU. Explications.


« I have no strings »

Petit résumé des évènements. À la fin de The Avengers, chacun des membres de l’équipe part de son côté. Tony Stark a mis une claque au faux Mandarin, Thor a sauvé l’univers d’un « vilain méchant pas beau » (Malekith), et Steve Rogers a démantelé le S.H.I.E.L.D. car l’Hydra en avait pris le contrôle. Lors de ce soulèvement, l’organisation nazie, commandée par le Baron Von Strucker, est parvenue a dérober un artefact de grande valeur, le Sceptre de Loki. Le S.H.I.E.L.D. dissolu, Captain America n’a d’autre choix que de demander l’aide de ses nouveaux « frères d’armes » que sont donc Iron Man, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye. Les Avengers deviennent alors la nouvelle institution remplaçant le S.H.I.E.L.D., luttant contre le joug de l’Hydra.

Le film débute sur le siège du bastion de Strucker. L’équipe est enfin parvenue, après un certain temps, à la localiser et sait que le Sceptre y est. Lors de l’assaut, l’équipe, et notamment Tony, va rencontrer deux « optimisés » (des sujets sur lesquels des expérimentations ont été effectuées grâce au Sceptre), les jumeaux Maximoff. Pietro court aussi vite qu’une balle tandis que Wanda peut… faire pas mal de trucs (télékinésie, projections énergétiques, et surtout contrôle mental). Alors que Tony est sur le point de récupérer le Sceptre, Wanda le manipule mentalement, lui faisant voir le monde sur le bord de la destruction, les Avengers morts, sauf lui.
La bataille tourne court, le Sceptre est récupéré, Strucker est capturé. Tout le monde rentre au bercail, globalement sain et sauf. Comme convenu, le Sceptre doit être amené sur Asgard par Thor afin de garantir sa sécurité aux côtés du Tesseract. Pour célébrer son départ et la destruction – présumée – de l’Hydra, une petite soirée est organisée quelques jours plus tard. C’est alors que la « vision » de Tony va se manifester, le poussant à examiner d’un peu plus près le Sceptre de Loki avec l’accord de Thor, mais en évitant d’en parler à Steve Rogers – qui est devenu le leader de l’équipe. Il va alors découvrir, à l’intérieur du Sceptre, un signal, une sorte de conscience. Tony parvient alors à convaincre Bruce Banner de l’aider à cacher cette découverte, mais surtout à l’implanter dans un programme déjà existant : Ultron. Ce programme, créé par Tony afin de remplacer les Avengers par une intelligence artificielle capable de contrôler une armée de légionnaires (des amures dérivées de celle d’Iron Man), est pour lui la garantie d’un monde sauf. Après de multiples tentatives qui s’avèrent être un échec, Bruce et Tony arrivent au bout du temps imparti, et vont rejoindre leurs amis à la fête de départ de Thor. Mais pendant ce temps, la tentative d’insertion de la conscience présente dans le Sceptre à l’intérieur du programme Ultron va réussir. Il va ainsi émerger en tant que conscience libre, et assimiler en l’espace de quelques minutes, l’Histoire humaine, et notamment celle de ses gardiens : les Avengers. Au bout de son étude, Ultron va arriver à une seule et unique conclusion : les Avengers sont un frein à l’humanité, et ne sont pas même capables de la protéger, n’apportent que la désolation. Programmé pour apporter et défendre la paix, Ultron ne va alors jurer que par une chose : l’extermination des Avengers, une déclaration qu’il va faire de manière très théâtrale à la fin de la fête, tout en s’emparant du Sceptre. Et en s’enfuyant avec.

Avant, il y avait Loki. Maintenant, il n’y a toujours QUE Loki.

Les antagonistes chez Marvel, ce n’est pas vraiment ça. Niveau nuance dans leur psychologie, ça ne tient pas trop la route. Le seul qui ait jusqu’à présent pu s’extirper de ce triste constat, c’est Loki (incarné par Tom Hiddleston), le demi-frère de Thor. Dans les comics, Loki est responsable de la formation des Avengers. Jusqu’ici, tout va bien. Et dans ces mêmes comics, Ultron est l’un des pires adversaires que les Avengers aient pu rencontrer, le genre de personnage capable de les mettre à genoux. Et là, rien ne va plus.
Ultron est un antagoniste de pacotille. On sent très bien que Joss Whedon a voulu donner à son supervillain préféré une certaine psychologie, une certaine profondeur. Hélas, rapidement, celle-ci se révèle incomplète (dans la tête de Whedon, Ultron était le personnage qui définissait réellement les Avengers). Au lieu d’être un antagoniste formidable, puissant, instable mentalement, Ultron se met à ressembler à un petit garçon pleurnichard, trop effrayé pour se battre réellement ou dominer ses adversaires (sacrilège, Captain America lui tient tête). Pire, il exécute son triste dessein à la même manière qu’un certain Loki, toujours à distance, sans jamais vraiment se mouiller les mains. Ultron n’aurait pas dû être un personnage effrayé mais un ennemi effrayant. Terrifiant même. Et là, c’est le drame. Ultron devient un antagoniste de bas-étage, du même calibre que Malekith, dont le seul objectif est la destruction de l’Humanité. Paye ton but mec ! Là où Loki voulait prendre le trône sur la Terre car son père Odin lui avait refusé celui d’Asgard, Ultron veut… détruire l’Humanité. Point. C’est tout. Exit l’extinction des Avengers rendant le combat personnel.
Ultron est une adaptation sans la moindre nuance, un gâchis insondable, une lourde perte pour le MCU et l’univers des comics.

À partir de ce moment-là, tout est foutu…

Ultron n’étant pas l’adversaire terrifiant qui nous était promis (à aucun moment dans le film on sent viscéralement le danger pesant sur les Avengers), le film tombe, tel un château de cartes. Si la première moitié tient plutôt bien la route, celle-ci laisse place à une bonne heure de bla bla franchement pas très intéressant (la ferme) et surtout à une bataille finale insipide – dont Hulk est le grand absent – servant un plan machiavélique tout aussi nul. Tout le génie et la puissance orgasmiques du rythme orchestrés par Whedon dans le premier film sont ici, pour une raison que l’on ignore, complètement absents. Il n’y a pas de climax final, ce qui fait du combat Hulk/Hulkbuster le moment d’apothéose du film alors qu’il se trouve… au milieu. DUH?!
Tous les défauts du film surgissent alors rapidement aux yeux. Un montage assez mal maîtrisé, des ellipses temporelles à en faire éclater les yeux, des choix scénaristiques pauvres (et très nombreux, mais spoilers obligent, on se tait), une action parfois difficile à suivre et à lire, une narration trop simpliste, une bande-originale à deux doigts du ctrl-c/ctrl-v de son aînée, une conclusion déplorable (DÉPLORABLE !), etc. etc.
Restent alors les points positifs, rares, mais néanmoins de valeur : le combat Hulk/Hulkbuster donc (et sa conclusion minable), l’humour, toujours pertinent et convaincant, les quelques apports à la Phase 3 – qui commencera avec Captain America – Civil War -, l’esprit d’équipe capturé à l’écran, la romance Banner/Romanoff qui apporte un petit quelque chose au film, et puis… ça doit être bien tout.

En conclusion…

The Avengers – Age Of Ultron est une suite indigne. Pire, indigne de son réalisateur qui a déclaré, il y a à peine quelques jours – avant même la sortie du film aux Etats-Unis donc ! -, que le DVD contiendrait près d’une heure de scènes coupées, et une fin alternative. Excusez du peu !
Alors que la Phase 2 tendait vers une excellente fin avec une suite remarquable (Captain America – Le soldat de l’hiver) et une très bonne nouvelle licence (Les gardiens de la galaxie), Age Of Ultron a tout saccager, laissant à Ant-Man (qui sortira en juillet prochain) la lourde tâche de clore la Phase 2, et surtout celle de remonter le niveau de ce film qui devait être la nouvelle apothéose du MCU.
Avengers – L’ère d’Ultron est un film pop-corn (tiens, curieusement, on préfère la VF maintenant). Le film même est un mensonge car il n’est à nul moment question d’ère ou même d’âge tant l’action semble se dérouler en un mois. Aucun poids ne pèse sur les Avengers, aucun danger particulier. Ultron est un pantin entre les mains de Marvel Studios, une carte abattue sans fracas juste bonne à attirer les foules et à magnifier le personnage de Thanos pour Infinity Wars, les 3ième et 4ième volets de la Phase 3.

Les frères Russo feront-ils mieux ? Nous ne pouvons que l’espérer ! La réponse en mars prochain, avec Civil War !

 


avatar Maxime le 29/04/2015  -  commentaires

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