Chronique film

Chappie

Chappie

En 2005, un court-métrage fait son apparition sur la toile et intrigue un grand nombre d’amateurs de science-fiction. Prenant la forme d’un documentaire, Alive In Joburg retrace certains évènements fictifs d’un apartheid entre les habitants de Johannesburg et des réfugiés extra-terrestres. Grâce à sa présentation originale, à des effets spéciaux convaincants, et à une remise au goût du jour d’une réflexion sur un enjeu social, le nom de Neill Blomkamp se retrouve rapidement sur pas mal de lèvres. Deux ans plus tard, la communauté du jeu vidéo Halo acclame le jeune sud-africain alors qu’il dévoile un second court-métrage, intituléHalo: Landfall. Blomkamp devient alors une des incarnations d’une vision originale pour la science-fiction, un souffle nouveau.

En 2009, le réalisateur présente son premier long-métrage, District 9, directement inspiré de Alive In Joburg. Le film est un succès critique et public, et conforte son assise de réalisateur bankable. Les plus grands lui font les yeux doux.
Pour son deuxième film, il réunit trois beaux noms du cinéma : Matt DamonJodie Foster et William Fichtner (en plus de Sharlto Copley qui l’accompagne depuis ses débuts). Réussite visuelle certaine, Elysium n’en reste pas moins une déception pour beaucoup de fans qui, en dépit d’un univers intéressant, ne parviennent pas véritablement à y entrer. Des mots très récents de Blomkamp lui-même, Elysium est « un peu un raté », et l’on ne peut pas vraiment lui donner tort.
Mais comme dit l’adage, « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Blomkamp le sait, et c’est ainsi qu’il se lance dansChappie, son troisième long-métrage.


Kid A

Dans un futur plus ou moins proche, la ville de Johannesburg est en proie à une criminalité de plus en plus difficile à contrôler. Les forces de l’ordre sont dépassées, et subissent de lourdes pertes humaines. C’est ainsi que le commissaire général de la ville décide d’essayer une nouvelle option : le déploiement de robots policiers, les Scouts, conçus par la société Tetra Vaal. Cette initiative est un tel succès que les humains sont remplacés à un rythme effarant dans leur rôle de maintien de la paix par les ScoutsÀ la suite d’une intervention musclée, le Scout n°22 est sévèrement endommagé. Sa batterie ayant fusionné avec son châssis, n°22 n’a qu’une espérance de vie de 5 jours, et est donc envoyé au recyclage.
Employé par Tetra Vaal, Deon est celui qui a créé les Scouts. Mais pour lui, ils ne sont qu’une étape vers quelque chose de plus grand : l’intelligence artificielle. Ce projet qu’il cherche à défendre de son mieux ne parvient pas à convaincre Michelle Bradley, le PDG de Tetra Vaal, qui se contente parfaitement des Scouts. Ne pouvant s’arrêter à cela, Deon poursuit ses travaux sur l’I.A. Jusqu’au jour où il y parvient à en créer une version stable.
Afin de tester ce qui est pour lui l’une des plus grandes avancées humaines, Deon a besoin de deux éléments : un châssis de Scout, ainsi qu’une clé qui activerait l’I.A. En dépit de l’interdiction formelle que lui a signifiée Bradley, Deon va « emprunter » ces deux éléments à l’entreprise. Mais alors qu’il rentre chez lui afin de procéder au test, Deon se fait kidnappé par un petitcrew de gangsters, composé de Yo-Landi, Amerika et Ninja, qui veulent obtenir de lui la désactivation des Scouts afin de réaliser un braquage. Deon propose alors une solution plus réaliste et toute à son avantage : télécharger son I.A. dans le châssis de n°22 et apprendre à cette I.A. comment devenir un soldat utile au crew.
Ce que Devon oublie de mentionner, ce que cette I.A. est vierge de toute information, à l’instar d’un jeune enfant qu’il faudrait éduquer. Un nouveau-né en somme. Or, le crew n’a que 7 jours pour réaliser le braquage, supposé rembourser Hippo, un gangster auquel ils doivent de l’argent. Et Chappie, nom donné par Yo-Landi, n’a que 5 jours devant lui…

Chappie ou le désagréable réveil d’un songe

Pour être parfaitement clair avec vous, nous n’attendions pas Chappie comme nous avions pu attendre ses deux précédents films. Les bandes annonces, bien que très sympathiques, n’avaient pas la grandiloquence de celles d’Elysium ou le charme de celles deDistrict 9. On est allé voir Chappie car nous pensons (pensions ?) honnêtement que Blomkamp est un bon réalisateur, parce que c’est de la science-fiction et qu’on adore ce genre. Ça n’est pas plus compliqué que ça.

Malheureusement, Chappie commence mal. Très mal. D’emblée, il emprunte la même direction artistique que District 9, à savoir une succession de reportages et d’interviews « post-évènements » de personnalités liées à l’univers du film (un anthropologue, un ingénieur, etc.). Là, les dents grincent. Quand bien même nous avons pu adorer le premier long-métrage de Blomkamp, nous ne voulons pas spécialement revoir la même chose. Heureusement, cette manière d’approcher le film ne dure pas longtemps, et l’on se voit lancé dans l’intrigue. Mais le mal est fait : un rythme est lancé, puis coupé aussitôt. La première impression n’est pas très bonne. Et puis les mêmes thématiques réapparaissent : Johannesburg. L’ordre et l’anarchie. La pauvreté et le pouvoir. La ségrégation, la différence, etc.
Tout ce petit cadre, on peut le comprendre, est la signature de Blomkamp. Mais après deux long-métrages constitués autour de ces thématiques, on se dit qu’il serait peut-être temps de passer à autre chose. Ou au minimum, de les approfondir, ce qui n’est pas du tout le cas ici. On a ici le droit à la même rengaine, martelée par un manque de subtilité décourageant (l’histoire du mouton noir). Lourd !
S’en suit une première scène d’action assez prenante, mais relativement courte. Puis vient la création de l’I.A. par Deon, la naissance de Chappie etc.
Si l’on met de côté ce cadre nécessaire à la création de l’univers du film (qui au passage, en termes visuels, se veut très limité), on arrive sur les thématiques principales que sont l’intelligence artificielle, le développement cognitif, l’apprentissage, etc. Et là, jamais aura-t-on vu ces thématiques aussi bâclées dans un film grand public. Certes on sourit, certes, parfois, on se retrouve un peu ému devant quelques plans ou actions. Mais dans l’ensemble, la réflexion soumise par Blomkamp est d’une simplicité sans fond. À titre comparatif, Transcendance fait mieux, et pourtant, nous ne le tenons pas en très haute estime. Pire ! Il plagie ouvertement I-Robot (la scène de la peinture) comme District 9 dans son dénouement.

Ripley et Wolverine dans leur pire état

Côté casting, le film assure. Il n’y a que des beaux noms. Mais c’est bien tout, car niveau performances, il n’y a rien.
Sigourney Weaver (la série Aliens) incarne un PDG niais qui n’a aucune idée de qui se trame dans son entreprise, Dev Patel(Slumdog Millionaire) joue un ingénieur creux au possible dont rien n’émerge si ce n’est éventuellement un haut culte de soi, les deux membres du groupe sud-africain Die Antwoord (Ninja et Yo-Landi, leurs noms d’artistes) livrent des performances moyennes au mieux, quant à Hugh Jackman, il n’est vraiment rien de plus qu’une véritable parodie de ce que devrait être un antagoniste au cinéma. Le genre de « méchant qui veut tuer des gens parce qu’il est méchant ». Wow.
Reste alors Chappie lui-même, incarné par la voix comme par, on le suppose la motion capture, Sharlto Copley. On ne peut que saluer ce travail de motion capture (même si le robot ressemble énormément à ceux d’Elysium). Chappie est très réaliste et cohérent. Amusant, émouvant parfois même. Mais c’est à peu près tout, son personnage ne parvenant pas à apporter quoique ce soit à la vision de l’intelligence artificielle au cinéma.

En conclusion…

À côté de ChappieElysium est un chef d’œuvre, et l’on se dit que les mots de Blomkamp sur ce dernier auraient dû être à propos de Chappie ! Visuellement sans ambition (en dehors de Chappie lui-même), moralisateur, simpliste (sérieusement, rentrer dans Tetra Vaal a l’air d’être d’une simplicité infantile, et le dénouement est à mourir de rire), mal rythmé, le dernier long-métrage de Neill Blomkamp n’est rien d’autre qu’un formidable gâchis.
La seule chose que l’on retiendra vraiment de ce film sera la bande-originale composée par Hans Zimmer et quelques très beaux plans, quelques petites actions drôles, mais à part ça…

Tout aussi récemment que ses propos sur ElysiumNeill Blomkamp a annoncé avoir obtenu la réalisation du prochain Alien (le 5). Ce que nous avons pris initialement pour une excellente nouvelle devient, avec Chappie, quelque chose de bien différent. Une peur, une angoisse même.
Jusqu’alors, Blomkamp ressemblait vraiment à un petit Jésus de la science-fiction, le genre de bonhomme dont on espérait voir accomplir de grandes choses au cinéma. Mais pour le moment, Blomkamp chute, et entraîne hélas nos espoirs avec lui…

 


avatar Maxime le 05/03/2015  -  commentaires

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