Chronique film

Inherent Vice

Inherent Vice

Autant enfoncer les portes ouvertes : de ce qu’on en a vu, le cinéma de Paul Thomas Anderson… ne nous parle pas vraiment. En toute logique, on vous doit quelques explications (que certains nous n’en doutons pas, vont lire d’un mauvais œil).
On a vu The Master il y a un ou deux ans de ça, et pour être tout à fait honnête, on ne l’a pas compris. Encensé par la critique, intriguant dans ses bandes annonces, on est resté bouche bée devant ce que l’on aurait pu qualifier à l’époque d’absolu néant cinématographique. Mais on ne l’a pas dit. On est resté silencieux. Un moment. Et puis nos cris se sont rapidement manifestés (« mais c’est d’la merde ! » ; « c’est pas possible ! » et autres exclamations très élégantes de ce genre). Peut-être qu’on nous avait pris notre mojo ce jour-là, alors ne nous emballons pas trop (« La patience vient de Dieu, la hâte de Satan »).
There Will Be Blood, on l’a tout simplement boycotté. La raison, simpliste au possible, n’en reste pas moins assumée à 100% :Daniel Day Lewis, dont le visage ne peut tout simplement pas nous revenir. C’est comme ça, il y a des gens dans la vie qu’on ne peut pas sentir. Pour l’instant, vous en conviendrez, tout ça reste assez primaire. On a le droit de penser tout ça, mais c’est un argumentaire un peu léger, un peu gamin.
Et puis assez récemment, on a commencé à regarder Magnolia. Et là, on a plutôt accroché. On ne l’a pas fini hélas, la faute à une heure très tardive, mais notre œil s’est laissé séduire par ce film très intriguant.

Avec Inherent Vice, la séduction a été instantanée. Ses nombreux trailers savamment pensés, quelque part entre la fausse bande-annonce de Machete, celle très sérieuse de Black Dynamite et un trailer de GTA Vice City, son affiche sulfureuse, et son casting démentiel (les rouflaquettes de Joaquin Phoenix sont divines, vous en conviendrez) ont tout de suite eu raison de nous.
Alors forcément, on s’est posé la question : Paul Thomas Anderson est-il si génial qu’on le dit ?


California Dreamin’

Los Angeles et sa région, 1970. Larry « Doc » Sportello est un détective privé doublé d’un hippie notoire.
Un soir, alors qu’il vagabonde dans un pétard en se remémorant le temps passé avec son ex petite amie Shasta, celle-ci débarque à l’improviste. Séductrice naturelle, Shasta n’en reste pas moins confuse et ébranlée par ce qui lui est arrivé récemment, la raison pour laquelle elle vient demander l’aide de Doc. Le motif de leur séparation est assez obscur. Shasta l’a quitté, lui tente de faire avec. Ce qui l’est moins en revanche, c’est qu’elle est la maîtresse d’un grand promoteur immobilier, Michael Z. Wolfmann. Cette liaison, connue de Loanne, la femme de Mickey, l’a incité à proposer à Shasta de mettre en place un coup : envoyer Mickey chez les fous pour obtenir le contrôle sur sa fortune. Mais entre-temps, Mickey disparaît.
Doc, toujours amoureux de Shasta, lui promet donc de lui venir en aide, de mener l’enquête. En plus de cette affaire, Doc est engagé par d’autres personnes sur d’autres cas qui, assez curieusement, le ramènent toujours à Shasta et Mickey. Hum hum… À croire que L.A. est une petite ville…
Et puis Shasta disparaît elle aussi… HUM HUM…

Parfois, il faut en faire toute une histoire !

On est très loin d’avoir détesté Inherent Vice. Après The Master, on peut même dire qu’il s’agit d’une friandise dont on se délecte patiemment. Mais force est de reconnaître qu’on a été un peu déçu par ce qui semble être un parti pris de la part de son réalisateur, à savoir l’histoire.

En vérité, il n’y a pas vraiment d’histoire dans Inherent Vice. Ou tout du moins, un fil conducteur solide. Okay, on suit un détective privé amoureux de son ex qui décide de l’aider à retrouver à son amant. Mais si on s’est cassé la tête à vous l’énoncer ainsi, dans le film, les choses ne sont pas aussi claires. Et rajouter d’autres affaires (qui à terme se recoupent avec celle de Shasta) n’en soulève pas vraiment la pertinence ou l’intérêt, le but tendu.
Assez clairement, que ce soit dans les bandes annonces comme dans le film, le thème principal est l’amour et les problèmes qu’il amène quand on est amoureux.
Il y a hélas un petit hic à ça : l’amour, il n’en est fait référence que très rarement dans le film, et les conséquences de ce que cela implique ne se font pas vraiment sentir. Inherent Vice n’est ni un drame, ni une tragédie, mais plus une sorte de comédie burlesque centrée sur une enquête dont on ne saisit pas spécialement la visée. Et c’est un certain problème.
Comment parler d’amour (et quand on dit d’amour, il est présenté d’une manière très légère, soulignons-le) quand on ne le montre pas à l’écran ? Car la plupart du temps, on suit Doc dans ses pérégrinations. Aller à tel endroit, rencontrer telle personne qui va lui parler de telle personne, et ainsi de suite. Tout s’enchaine, se recoupe, et compose un tableau qui nous a laissé un peu sur notre faim. Chaque situation burlesque mène à une autre situation burlesque, pour finalement parvenir à élucider un mystère… qui n’en était pas vraiment un.
On rigole, on se marre du burlesque tant les situations ou les mimiques, les actions que l’on voit à l’écran sont drôles. Mais ça n’est hélas pas assez. Ce qu’il manque, c’est une écriture plus nette de l’intrigue, avec des temps forts, etc.

C’est un parti pris, et en ce sens, Paul Thomas Anderson est inattaquable. Mais de notre point de vue, le souvenir d’Inherent Vice n’a rien d’intarissable. On a vu un bon film, point.

Comme une carte postale

Il n’y a rien à jeter dans Inherent Vice. Techniquement parlant, le film ne souffre d’aucun défaut. En utilisant habillement les codes du film noir, notamment par les lumières et la musique, Paul Thomas Anderson nous emmène dans une époque révolue mais ô combien magnifiée, sublimée par son regard (et celui, très drôle et en permanence ahuri, shooté, de Doc).
En ce sens, les 2h29 de ce long-métrage passent très bien : parce qu’il est très formaliste. En dépit de l’absence assez claire de fond, Inherent Vice privilégie la forme, la soigne, par l’image, la mise en scène, le jeu des acteurs.
Et c’est là que l’on arrive à la pensée infâme que, peut-être, Inherent Vice serait avant tout un démonstrateur technique de la maîtrise cinématographique de Paul Thomas Anderson, une impression qu’on avait déjà eu concernant The Master.
Comme une carte postale donc, dont l’image sublime, mais dont le contenu sonne un peu creux. « Bisous de la plage ». Oui, merci. Mais encore ?

En conclusion…

On n’a pas vraiment vu l’enjeu du film, là où il voulait en venir. Si Paul Thomas Anderson voulait exprimer sa pensée que l’amour est cool et beau, et bien… Okay, cool. Les 2h29, bien que très agréables, n’étaient pas spécialement nécessaires pour dire cela. Ce que l’on voit au final, c’est un film sur la légèreté de l’amour, illustrée par une enquête nécessitant 2h29 d’explications. Damn!
Et lorsque le dénouement approche, on se rend compte que soit il n’en est pas vraiment un, soit que l’on a loupé dans les 2h10 précédentes l’élément explicatif qui donnerait tout son sens au film. Damn it!

Inherent Vice est un bon film, on le répète. Mais il lui manque une histoire saisissante pour faire de lui l’excellent film que nous nous attendions à voir. Et même si le jeu des acteurs, Joaquin Phoenix et Josh Brolin en tête de liste, nous a particulièrement convaincu, ça n’est hélas pas assez… Dommage.

 


avatar Maxime le 04/03/2015  -  commentaires

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