Revue film

All Is Lost

All Is Lost

La dernière fois que l’on vous a parlé de J.C. Chandor, c’était au début du mois avec A Most Violent Year, et c’était un peu sommaire. Il n’y avait pas grand-chose à dire, alors on a préféré être direct, franc, mais assez sommaire.
Très honnêtement, il a été difficile de ne pas répéter le schéma pour All Is Lost, deuxième long-métrage du jeune américain, tant son cinéma se vit plutôt qu’il ne s’explique.

Sorti en 2003 dans les salles obscures, All Is Lost est un film tout aussi remarquable que les deux autres films du cinéaste,Margin Call et AMVY donc, bien qu’il prenne un sujet n’ayant absolument a priori rien à voir avec ceux-ci.


Ceci étant dit, et pour résumer un peu les choses, pour le moment, la filmographie de cet homme de 41 ans n’a rien à envier à qui que ce soit, et rejoint clairement le panthéon des jeunes promesses du cinéma comme Jeff Nichols (Take ShelterMud) ou encore Denis Villeneuve (PrisonersEnemy) – qui tiennent maintenant plus des valeurs sûres qu’autre chose -.

Le vieil homme et le monde

Un homme dort paisiblement, et tout est bien. Soudainement, il se voit réveillé par un choc, puis par le son de l’eau s’infiltrant autour de lui.
Il se lève, et constate que celle-ci est en train de prendre possession du plancher de son bateau. À mesure qu’il avance dans le couloir, il constate que l’eau rentre par la coque, un trou béant le permettant. Il sort de la cabine afin de voir ce qui a bien pu se passer.
La surprise est totale : un immense container flotte là, au milieu l’Océan indien, et est entré en collision avec son navire.
Parvenant à s’en dégager, l’homme va se mettre à réparer du mieux qu’il peut son son voilier de 12 mètres. L’eau s’étant infiltrée comme il se doit, de nombreux dégâts matériels sont à compter, dont la radio et son ordinateur, devenus inutilisables.
Décidant d’interrompre (ou de continuer son voyage, nul ne le sait), l’homme va faire de son mieux pour voguer hors des zones dangereuses de l’Océan. Mais parfois, l’Homme ne peut que se plier face à la volonté de la nature. Pris dans une tempête de laquelle il réchappera in extremis, il se voit contraint d’abandonner le bateau dans son canot de sauvetage.
C’est à ce moment-là que débute son vrai voyage.

Ex nihilo

C’est littéralement de rien que Chandor parvient à constituer un film plein de sens. Nous sommes directement plongés dans l’intrigue via l’élément perturbateur à la limite du fantastique/surnaturel, sans passer par une situation initiale qui aurait été des plus convenues. De ce synopsis, on pourrait se dire que l’ennui guette à chaque changement de minute. Mais il n’en est rien. Absolument rien.
Huis clos pour solitaire, l’homme – dont, vous l’aurez compris, on ne connait le nom – qui n’a personne à qui parler parvient à exprimer tout ce qu’il est possible d’exprimer sans vraiment prononcer mot.
Ingéniosité, détermination, courage, espoir, désespoir, abandon.
Film sur la vanité, la solitude et la finitude de l’homme, Chandor parvient tout à même à dresser un portrait prodigieusement vrai et juste de ce qui peut constamment l’animer, perdu au milieu de l’immensité du monde (comme il a pu le faire avec le système financier dans Margin Call ou avec la ville dans A Most Violent Year).
Le désir, ou la nécessité, de vivre.

Gatsby au sommet

Un film sur un homme seul ne peut tenir que sur un acteur ayant les épaules pour véhiculer les tenants et aboutissants du film.
Que dire donc de Robert Redford dans son rôle ? Il est spectaculaire. Pour bien des raisons. Mais celle qui prime, qui résonne inlassablement, c’est qu’à aucun moment il surjoue. Dans ses plus grands moments d’espoir comme de désespoir, il joue juste, parfaitement.
Des premières secondes du film en voix off jusqu’à sa remontée finale vers le monde, Redford offre une de ses plus belles performances au cinéma, à l’âge de 76 ans.
Stupéfiant.

En conclusion…

Écho des romans marins comme « Le vieil homme et la mer » d’Ernest Hemingway ou « Moby Dick » de Herman MelvilleAll Is Lost est un film d’une beauté saisissante, tant visuelle que poétique, une épopée sur la grandeur du monde et de l’homme, loin des fioritures et distractions de la vie moderne.
Sublimé par une bande-originale épousant parfaitement le film, on en ressort naufragé nous-mêmes, perdu, déboussolé, mais ô combien vivant.

 


avatar Maxime le 30/07/2015  -  commentaires

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