Revue film

Hulk

Hulk

Hulk est, aux dires de nombreuses sommités de l’industrie du cinéma et des comics (récemment, Kevin Feige et Joss Whedon, à la tête de la licence Avengers), l’un des personnages les plus compliqués à adapter au cinéma.
Sans avoir ni tort ni raison, il est vrai que la spécificité de celui que l’on appelle « Le Géant de Jade » est un problème : Hulk n’est pas à proprement parler un super-héros. Il est même l’inverse de cela, un anti-héros, c’est-à-dire un personnage n’aspirant pas à faire le bien, bien souvent motivé par son intérêt personnel, mais qui pour une raison ou une autre, va inexorablement se mettre à aider autrui.
Comment peut-on donc faire apprécier au public un personnage qui fait le bien par défaut ? Dur dur il est vrai.
C’est pour cette raison qu’a priori Hulk n’apparaitra que dans des films de composition (Avengers), et n’aura plus le droit à des aventures en solo au sein du MCU.
Pour autant, avant que cette décision ne soit prise, le personnage a eu le droit à deux adaptations en solo au cinéma. L’une, d’une vanité totale, par Louis Leterrier afin d’intégrer le personnage au MCU, l’autre, complètement indépendante de ce dernier succès (il est sorti en 2003, soit 5 ans avant Iron Man), par Ang Lee.
Cette dernière, hélas, n’a pas connu le succès escompté et a même subi la foudre du public et de la critique.
Comme quoi la quantité ne fait pas la qualité…

Post-humain


Dans les années 70, un pionnier dans la recherche génétique du nom de David Banner tente de mettre au point, sous l’égide de l’armée, un système immunitaire renforcé, permettant au corps humain de combattre avec une grande efficacité n’importe quel type de dégât. Pensant avoir trouvé la solution au problème, David Banner va, à l’encontre des ordres donnés par son supérieur militaire Thaddeus Ross, expérimenter ses découvertes sur lui-même.
Peu de temps après, la femme de David, Edith, va lui annoncer une merveilleuse nouvelle : elle est enceinte d’un enfant.
Quelques temps après sa naissance, David va constater que Bruce est un enfant littéralement différent des autres, des marques violâtres apparaissant spontanément sur son corps, semblant le faire souffrir. Il va alors comprendre que quelque chose a été transmis à son fils, et va se mettre en quête de soigner ce qu’il a malgré lui causé.
Mais Ross va découvrir ce que David a fait, et tenter de le mettre aux arrêts. Dans un excès de rage incontrôlée, David va commettre un crime terrible, duquel personne ne réchappera indemne.
Bien des années plus tard, Bruce, adopté à la petite enfance, est devenu un éminent scientifique, tentant avec l’aide de sa collègue et ex petite amie Betty Ross, de mettre au point une technologique révolutionnaire : les nanomeds.
Les nanomeds sont de minuscules robots crées pour aider à la régénération rapide des tissus en cas de trauma. Le problème, c’est que cette technologie est incroyablement instable, les nanomeds tuant systématiquement tout organisme dont il avait la charge d’aider à la reconstruction.
Lors d’un énième test, l’assistant de Bruce, Harper, va involontairement déclencher la séquence de test alors qu’il travaillait sur le dispositif abritant les nanomeds. La procédure ne pouvant être stoppée, Bruce va être exposé aux nanomeds ainsi qu’à un intense rayonnement Gamma.
Cet évènement supposé le tuer va alors créer (ou libérer) une entité liée à Bruce, un être d’une puissance incroyable, que toutes les parties, y compris Bruce lui-même, vont tenter de contrôler, d’exploiter, ou de détruire.

Le contexte

En 2000, Bryan Singer et la Fox sortent X-Men, le film qui a très certainement (re)lancé l’intérêt du public pour les super-héros. 3 ans plus tard, le combo remet le couvert avec X-Men 2 (avril 2003), l’un des meilleurs films de super-héros jamais réalisés. Le genre « super-héros » au cinéma est donc placé sous l’égide de ces deux films, de leur construction, de leur rythme, de leur choix de narration. Dans sa foulée sort Hulk de Ang Lee (juillet 2003).
Ce film a énormément souffert de la comparaison avec les deux X-Men, notamment le deuxième dont le rythme action/dialogue était extraordinairement bien réglé, crée pour tenir en haleine le spectateur, le satisfaire par de l’action à gogo.
De son côté, Hulk n’est pas un film d’action/super-héros au sens traditionnel du terme, mais clairement l’un des films les plus introspectifs qui soit dans le genre.
Pendant un peu plus de deux heures, la part action/dialogue est clairement en faveur des dialogues, et donc de la narration de l’intrigue et de la construction psychologique des personnages. Cette approche par Ang Lee n’a donc pas trouvé son public, car le public en question était déjà « formaté » à un certain type de film. Pour autant, Hulk est l’un des meilleurs films de super-héros que l’on a pu voir jusqu’à présent, puisqu’il cherche clairement à se détacher de son image assez négative (comics = fait pour les enfants).
C’est un film singulier dans le genre car il est l’un des seuls à avoir clairement pris des risques, non seulement en se détachant de la construction formelle instaurée par les X-Men (et qui fait désormais office de référence) et du matériau originel (les comics) tout en s’en imprégnant.
Là où ceux-ci s’attaquent de prime abord à la construction de l’intrigue, le film s’attache d’abord à donner à tous ses personnages une véritable consistance, ainsi qu’à expliquer leurs parcours, ce qui a fait qu’ils sont qui ils sont.
Dans sa proposition de fond, Hulk se détache donc des comics, mais dans sa proposition formelle, s’en inspire, notamment à travers l’insertion des cases de comics books, chose que bien des personnes n’ont pas aimé, et qui pourtant instaure une certaine originalité au film.
Pour autant, cela n’a pas réussi à convaincre à l’époque, ce qui est là l’objet de la présente chronique : vous convaincre du contraire.

Des performances, en veux-tu en voilà !

Côté casting, il n’y a que des pointures, que l’on ne voit certes plus vraiment à l’écran de nos jours, mais qui ont clairement donné le meilleur d’eux-mêmes afin de créer le tissu à ce qui est au final un drame familial terriblement puissant, pris dans sa relation avec le monde. Le pilier du film n’en reste pas moins la relation entre la figure du Père (Sam Elliott/Ross, Nick Nolte/David Banner) avec l’enfant devenu adulte (Eric Bana/Bruce Banner, Jennifer Connelly/Betty Ross), donnant souvent lieu à des moments d’une puissance émotionnelle remarquable, et les possibilités que cette quadrature peut donner.

En conclusion…

Servi par une bande originale viscéralement sublime (composée par Danny Elfman), Hulk n’a rien de l’OVNI ou du film chiant tel qu’il est souvent dépeint (il est vrai que si vous cherchez un film d’action avec une créature géante et verte qui passe deux heures à tout détruire, vous pouvez passer votre chemin – bien que certaines des scènes d’action du film comptent parmi les plus impressionnantes -).
C’est au contraire l’un des films les plus intéressants du genre, qui s’attache à se détacher du matériau original tout en conservant, en modernisant, et en approfondissant l’essence même du personnage.
C’est un film introspectif, spectaculaire à bien des égards, qu’il convient d’aborder – logiquement – avec une connaissance de son contexte, ainsi qu’un regard ouvert, c’est-à-dire délié de l’image des films de super-héros actuels. Il est ce genre de film qu’il faut revoir, bien des années plus tard, pour constater qu’au final, ce n’était pas si mal. Et qu’en vérité, c’est même vraiment très bien !

P.S. : la bande-annonce étant d’un affront incroyable, on a préféré vous montrer ça, parce qu’ils sont drôles, et que c’est toujours cool de montrer d’autres avis :

 


avatar Maxime le 24/07/2015  -  commentaires

commentaires

Commentaire ajouté avec succès