Revue film

Cold In July

Cold In July

John Mickle est peu connu du grand public. Et il n’est guère avéré qu’outre-Atlantique les choses soient si différentes. À condition de regarder partout, sauf dans le genre Horreur. Avant d’en venir à réaliser « Juillet de sang » (quelle traduction extraordinaire), il s’était déjà fait remarqué avec Mulberry Street (2006), Stake Land (2010) et We Are What We Are (2013) dans le genre.

Clairement, son dernier long-métrage n’est pas excellent, ou à voir impérativement. C’est plutôt le genre de surprise assez inattendue, un film loin d’être parfait, mais qui pour autant a des qualités certaines qu’il faut souligner.
Clairement donc, Cold In July est un bon film à voir si l’occasion se présente à vous. Explications.


Il était une fois…

Richard Dane est un Monsieur Toutlemonde. Il tient une boutique d’encadrement dans une petite ville du Texas, est connu de tout le monde, en bons termes avec tout le monde.
Il est marié à Ann depuis plusieurs années avec laquelle il a eu un fils, Jordan, encore tout petit. Grosso modo, tout va pour le mieux chez les Dane.
Jusqu’à une nuit, où Richard va abattre un cambrioleur s’étant introduit chez lui. Un évènement dramatique, qui ébranle considérablement Richard. En effet, Richard n’a pas tirer car c’était son droit (légitime défense et propriété privée sont des notions légèrement différentes aux Etats-Unis) ou parce que le cambrioleur s’est montré menaçant. Richard a fait feu car son doigt a glissé sur la gâchette. Cet individu, connu des forces de l’ordre, ne sera regretté de personne, aux dires de l’officier en charge de l’affaire, Ray Price. Pas vraiment de famille, à part un père en prison. Cette maigre consolation n’attise pas pour autant la détresse, le mal-être de Richard, d’autant plus qu’aux yeux de la population, il est à la fois respecté et craint. Commettre un homicide sans préméditation est une tâche qui ne s’enlève pas, même s’il s’agit de « légitime défense ». Richard se sent coupable, même si aux yeux de la loi il ne l’est pas. C’est ainsi qu’il se rend discrètement à l’enterrement de Freddy Russell, le cambrioleur. Un enterrement sans personne, à peine un prêtre et les pompes funèbres. Et puis un individu à l’allure élancée, un peu âgé, qui va se présenter immédiatement à Richard. Cet homme, c’est le père de Freddy, sorti récemment de prison, et venu dire au revoir à son fils. Un homme menaçant, rendu coupable de multiples crimes. Un homme qu’on ne prend pas à la légère en somme.
En dépit des excuses qu’il présente à Russell, celui-ci va se mettre à suivre Richard. Il va ainsi le voir rapidement après cette première rencontre devant l’école de son fils. L’angoisse gagne instantanément Richard, qui demande immédiatement une protection policière, chose que Ray va concéder à mettre en place. Russell est ainsi interpellé peu de temps après pour effraction dans le domicile des Dane. Mais alors que Richard se rend quelque temps après à l’hôtel de police pour voir Ray, il va assister à une scène étrange : celui-ci et d’autres policiers conduisent Russell près d’un chemin de fer et le drogue, le laissant pour compte au milieu de la voie ferrée, alors qu’un train arrive…
Richard va alors sauver Russell, un acte motivé avant tout par une découverte qu’il a fait récemment au sujet de l’identité de Freddy.

De l’art du WTF?! et de s’y tenir…

Cold In July est un film noir, aucun doute là-dessus. Rapidement, Richard va sombrer dans un univers à des années-lumière du sien, et quelque part y prendre goût. Mais ce long-métrage est également un immense champ des possibles, auquel Mickle va donner une direction complètement inattendue dans la deuxième moitié de film. Il aurait pu faire autrement, s’intéresser à autre chose, être dans un schéma classique de vengeance ou autre, mais il n’en est rien. Il ne l’a pas fait.
Il lance ainsi une intrigue complètement folle, en apparence anodine, et va y plonger son personnage principal, Richard, en compagnie de deux vieux briscards, Russell et Jim Bob, un détective privé et vieux pote de Russell.
Cette étrange amitié accueille donc Richard comme une sorte d’apprenti, le petit frère, le fils spirituel. Une place qu’on envie sans sourciller, quand bien même le crime est à l’honneur. En un sens, ce film suit l’arrivée d’un individu dans un milieu, comme mettons un jeune homme dans le milieu de la charpenterie sauf qu’ici, la charpenterie est remplacée par le milieu de la dépravation, du crime et de la folie ordinaire.

C’est également un film de nuit, sur la nuit, sur le caractère inquiétant de celle-ci. Rares sont finalement les scènes de jour. La photographie de Mickle est par moments véritablement prodigieuse, et sa maîtrise des jeux de couleurs renvoie indubitablement à un film comme Hobo With A Shotgun (2011) de Jason Eisener, un film avec lequel Cold In July partage beaucoup de choses. Il rappelle également Collateral (2004) de Michael Mann, ou encore Heat (1995), pour cette dimension plongée dans la nuit noire, ou bien encore The Homesman (2014) pour son côté complètement WTF?!.

C’est enfin pour finir un film drôle. Noir, rien n’est moins sûr, mais également drôle. Et tout cela tient bien souvent à la relation entre Russell et Jim, l’un incarnant la détermination, la noirceur qui habite certains hommes, l’autre le relâchement typique des texans.
Dans cette atmosphère pesante, certaines exclamations de Jim la déchirent et laissent place à un foudroyant éclat de rire.

Cold In July est définitivement un film à ambiance (sublimé par la B.O. fascinante de Jeff Grace), viscéral, où aucun propos particulier n’émerge. Nous suivons la descente d’un homme tout ce qu’il y a de plus banal dans le monde de la violence, de la justice personnelle. Ni plus, ni moins.

La 8ième compagnie

Si sur tout ce qui a été dit le film fonctionne très bien (mise en scène, réalisation), le dernier ingrédient reste le casting, composé de véritables pointures.
À commencer par Richard, incarné par Michael C. Hall (DexterSix Feet Under). Avec sa coupe de mulet et sa petite moustache, Hall est tout simplement méconnaissable et incarne exactement l’idée que l’on peut se faire d’un homme banal. L’acteur qu’il fallait pour ce rôle.
La grande pointure du film, c’est évidemment Sam Shepard. Vu dans Les moissons du ciel (1978), L’étoffe des héros (1983),L’affaire Pélican (1993), L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007), Blackthorn (2011), Mud (2012) et on en passe, l’acteur de 71 ans incarne Russell avec une aisance déconcertante, une détermination et un engagement fou, et lui donne son caractère considérablement redoutable et dangereux. Le genre de vieux baroudeur qu’il vaut mieux se mettre dans la poche qu’à dos.
C’est assez récemment que Don Johnson est revenu sur grand écran. Vu dans Django Unchained (2012) et Machete (2010), l’ex star de Nash Bridges et Miami Vice (Deux flics à Miami) donne au personnage de Jim tout l’attirail du texan. L’accent, la moustache, l’accoutrement, la voiture. Le seul regret que l’on peut avoir le concernant, c’est qu’il ne rejoigne le film qu’à la deuxième moitié.
N’en reste pas moins que ce trio fonctionne du feu de dieu et crève l’écran pendant l’heure 49 qui leur est consacrée. Du beau travail.

En conclusion…

Cold In July est, on peut le dire, un petit O.V.N.I. sorti de nulle part. C’est également un film prometteur quant au talent de son réalisateur. Certainement pas la baffe que nous attendions (certaines critiques ont été élogieuses), mais une bonne claque des plus sympathiques.

Un bon film, disons-le franchement. Ni plus, ni moins.

 


avatar Maxime le 06/07/2015  -  commentaires

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