Revue film

The Homesman

The Homesman

Se rapprochant sereinement des 70 printemps, Tommy Lee Jones poursuit sans difficulté particulière une carrière solide, dont l’âge n’aura sans doute jamais raison. En sont la preuve irréfutable ses derniers succès critiques comme No Country For Old Mendes frères CoenDans la brume électrique de Bertrand Tavernier, ou encore Lincoln de Spielberg.

Mais c’est en particulier derrière la caméra qu’il s’est fait remarquer récemment, avec The Homesman, sorti l’année dernière sur nos écrans.
Presque dix ans après Trois enterrements (2005), un film que nous n’avons pas encore eu le plaisir de voir (honte à nous), le texan de San Saba remet sa casquette « WHO IS THE BOSS? », regroupant le statut de réalisateur, acteur, scénariste, et producteur délégué, pour un long-métrage de 2 heures dont on ressort… désorienté.


Du déjà vu, mais pas vraiment

The Homesman prend place dans un climat naturellement oppressant, celui des grands espaces du Nebraska, en pleine conquête de l’Ouest (1854), une époque souvent dépeinte comme glorieuse et sympathique, où Lucky Luke part dans le lointain couchant.
Ici, il n’en est absolument rien, car ce Western n’est pas un véritablement un. Les conditions de vie sont si rudes pour la petite ville de Loup, que trois femmes perdent pratiquement en même temps la raison, la faute à des raisons toutes plus sordides les unes que les autres.
Ainsi, Mary Bee Cuddy, membre un peu écarté de cette communauté, va se porter volontaire afin de ramener auprès de d’un hospice ces trois femmes perdues. Sur son chemin, elle va croiser la route d’un laissé pour mort, un homme mystérieux qui choisira le nom de Georges Briggs sous son nez. Prêt à mourir pendu, Mary Bee va lui sauver la vie en lui faisant prêter serment de l’aider dans son voyage vers l’Iowa.

En plein dans la fête du cin… des OVNI

Rien ne peut lier The Homesman à Under The Skin de Jonathan Glazer. Plus opposés tu meurs. Pour autant, le constat est le même : on ne sait pas trop ce que l’on a vu (en anglais, MINDFUCKED.).

Sortis à peu près au même moment (visibles à la fête du cinéma 2014 dans la plupart des salles obscures), nous attendionsUnder The Skin avec une impatience frétillante, sa bande-annonce nous ayant terriblement séduit. The Homesman, lui, faisait figure de second couteau. Le genre « on verra » ou encore « pourquoi pas ». La faute, sans doute, à cette image de Western qui lui colle à la peau (on n’est pas très Western ici, mais on adore les Spaghetti. Désolé.). Quoiqu’il en soi, et dans les deux cas, il s’agit de véritables OVNI cinématographiques.

Pourtant, sans même avoir vu la bande-annonce, sans avoir vraiment lu le synopsis, nous l’avons vu. Pour le meilleur, comme pour le « pire ».

La vérité est ailleurs

Si le cœur du film est assez clairement le voyage, et peut-être, dans une certaine mesure, la rencontre entre deux êtres seuls, la folie n’en reste pas moins une toile de fond extrêmement pesante. Preuve en est faite des flashbacks liés aux trois femmes malades. Fort heureusement, cette toile va au fur et à mesure du film s’estomper, rendant le film un peu plus… digeste.

Dès les premières minutes, l’ambiance est posée : lourde, presque angoissante, chaque scène faisant littéralement redouter la suivante. Les magnifiques plans larges sur ces espaces désertiques du Nebraska suffisent à faire ressentir la solitude totale, la détresse et le malheur de ses habitants.
De la même manière, chaque personnage est présenté d’une manière assez crue. Mary Bee est une femme autoritaire au caractère rigide, qui ne rêve que d’une union avec le premier venu tandis que Georges Briggs est une sorte de vagabond sans vision ni avenir, au passé assez flou. Néanmoins, tous deux, aussi opposés soient-ils, vivent une solitude sans commune mesure.
Et puis il y a ces trois femmes, mais nous n’en dirons rien, si ce n’est que les flashbacks qui les concernent sont d’une violence sans égale. Âmes sensibles, s’abstenir (on aurait mieux fait de s’abstenir).

Pour autant, il ne s’agit pas d’un film sur une rencontre, une amitié, ou une passion. À vrai dire, il est difficile de dire de quoi ce film traite. Il ressemble au témoignage d’une époque, comme un récit sociologique d’un âge lointain.
Il nous est apparu comme presque comme sans queue ni tête, sans but clair, sans vision limpide. Juste un tableau de quelque chose d’assez inexplicable.

Jones & Swank 1 – 0 The World

Néanmoins, en dépit de son intrigue troublante, on ne peut que saluer la qualité de la réalisation (la photographie n’a jamais mieux portée son nom, chaque plan étant une véritable image vivante), la mise en scène, et surtout, le jeu de Tommy Lee Jones et d’Hilary Swank.

Si Swank campe avec brio une femme forte, proche de la mégère, trop sérieuse pour vivre accompagnée mais trop malheureuse pour vivre seule, c’est surtout Jones qui scotche à l’écran.
Déjà fort d’une certaine prestance, l’acteur jouit d’un éclat tout autre en vieillissant. Alors que le ton du film est grave, Jones fait rire, de par des mimiques dignes du plus triste de tous les chiens mouillés. L’homme aurait-il perdu la raison lui aussi ? Rien n’est moins sûr. Pour autant, ça fonctionne.

En conclusion…

The Homesman n’est, assez clairement, pas un film à mettre entre toutes les mains. Violent, confus, on est loin, loin loin loin des films récents du genre comme Dead ManTrue Grit ou Cowboys & envahisseurs (ça va, on rigole).
Il n’est ni bon, ni mauvais, on ne l’a pas aimé ni même détesté. On aurait juste apprécié avoir le mode d’emploi.

P.S. : ne regardez pas la bande-annonce, elle vend un tout autre film…

 


avatar Maxime le 04/06/2015  -  commentaires

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