Revue film

Godzilla

Godzilla

Godzilla est une figure incontournable du cinéma, une de ses icones les plus respectées et adulées. Comme de nombreux acteurs, il a son étoile sur Hollywood Boulevard et a été la star d’un grand nombre de films (une trentaine en l’occurrence). En bref, il tutoie les plus grands.

Son avant-dernière adaptation en date (par Roland Emmerich) a pas mal divisée lors de son exploitation en salles en 1998. Les plus mordus du « Roi des Monstres » y voyaient une bavure de la part de Sony, à tel point que certains ont surnommé la créature du film G.I.N.O. (Godzilla In Name Only) ou Zilla (pour enlever le caractère divin (God)).
Il est vrai que si l’on reconnaît très peu le lézard géant crée par Ishirō Honda dans ce film, et que l’intrigue en est assez éloignée, dire de ce Godzilla qu’il est purement et simplement mauvais serait une terrible erreur. En dépit de ses défauts, de sa rupture certaine avec ses origines et les traditions qui en ont découlées, il a toute sa place entre des films comme « Independance Day » ou « Armaggedon », le grain des années 90 et la stupeur des effets spéciaux l’habitant.


L’homme qui tombe à pic

12 ans plus tard, un petit gars de Nuneaton (Angleterre) fait sensation dans le genre du film de monstre par le biais d’un long-métrage réalisé avec la somme ridicule de 200 000 dollars (un chiffre dérisoire si l’on regarde les productions de l’époque (en 2007, Spider-Man 3 avait nécessité 250 millions de dollars)). Il se réclame des plus grands. Steven SpielbergRidley Scott, etc.

Intitulé très sobrement Monsters, le film place ses deux protagonistes au beau milieu d’une zone contaminée par le retour d’une sonde d’exploration spatiale. En s’écrasant au milieu du Mexique, celle-ci libère tout un écosystème extra-terrestre, collecté sur un autre monde, n’ayant pour seul but que de se développer, comme n’importe lequel chercherait à le faire. Bien évidemment, les populations sont menacées, ce qui nécessite une réponse militaire.
Le film, sans être un game changer, force néanmoins le respect, et en profite pour assez clairement changer la structure du genre, faisant du monstre une toile de fond au drame humain (comme l’avait fait Cloverfield – dont le réalisateur n’est pas J.J. Abrams (il n’est que le producteur) – de Matt Reeves).

Succès critique certain, Monsters propulse Gareth Edwards sur le devant de la scène, attirant nécessairement les regards des plus grands, Legendary Pictures et Warner Bros. Pictures en tête de file qui avait acquis en 2006 les droits d’exploitation deGodzilla.

Tout était là

Quatre ans plus tard (2014 donc), Godzilla, produit par les deux sociétés de productions citées ci-dessus, et réalisé par Gareth Edwards, sort en salles.
On attendait avec une impatience assez folle et inédite ce film, que l’on voyait comme un prophète, apportant la promesse d’un renouveau dans la conception d’un blockbuster. Pourquoi une telle attente, une telle croyance ?

Tout d’abord, assez évidemment, pour Monsters, ce film d’une petite heure et demi qui a su nous séduire en magnifiant ses créatures, pour sa vision d’un monde sombrant lentement dans l’agonie, pour sa photographie.
Ensuite, sans doute parce que mine de rien, grâce au Godzilla de 1998, nous avons pu découvrir sous un certain jour un monstre du cinéma qu’il nous aurait été difficile d’aborder version 1954.
Enfin, pour le teasing, mené d’une main de maître, chaque bande-annonce levant délicatement le voile sur un aspect du film (et puis, il faut le dire, mettre du Ligeti en bande originale était une chose très intelligente à faire, merci au Fossoyeur de films pour l’avoir souligné).

Godzilla : sa vie, son œuvre

Autant enfoncer les portes ouvertes, ce film n’a pas été le messie que nous attendions. La déception, au cinéma en tout cas, a été totale. Nous en attendions certainement trop…

Très honnêtement, il nous est difficile d’en dire plus que le Fossoyeur de films tant celui-ci a bien résumé ce que nous pensions à notre sortie de la salle !
Le film se lance de la manière la plus juste possible, présentant une série causale d’évènements en soignant la cohérence scénaristique, géographique et temporelle (les lieux et les dates sont clairement mis en évidence), ce qui de nos jours est une sacrée performance (prends-en de la graine Michael Bay) ! Le ton et l’atmosphère des 30 45 premières minutes sont tout simplement stupéfiants. À tout juste 39 ans, Gareth Edward fait preuve d’un talent certain.

Néanmoins, au bout de ce temps imparti (soit la mort d’un de ses personnages principaux, le meilleur d’ailleurs, disons-le clairement) le film bascule de manière assez nette dans ce qu’on peut clairement appeler l’ennui. Si les premières 45 minutes apportaient des éléments nécessaires à la compréhension et à la cohérence, à la bonne marche en somme, du film, le reste jusqu’aux 20 dernières minutes va maladroitement nous embrouiller. Il va nous faire suivre un troufion de première classe qui veut seulement rejoindre sa famille mais qui n’arrive qu’à s’attirer des casseroles au cul, une infirmière frigide aux évènements et un scientifique à qui on décernerait sans hésiter la palme du meilleur drogué au cinéma. Et tout ça aux dépends de LA STAR DU FILM : Godzilla lui-même !

C’était là une des réserves que l’on avait lorsque l’on a vu le tout premier trailer de Godzilla : pourquoi chercher à cacher un monstre qui existe depuis 1954 au cinéma et qu’à peu près tout le monde connaît ? Limiter les apparitions dans un trailer peut faire sens, être parfaitement compréhensible, voir même logique dans le cas de films comme Cloverfield ou Super 8. Mais là, c’est comme si on laissait entendre, de source sûre, qu’une patate se serait glissée au repas tartiflette de ce soir !

Mais en plus d’être peu montré, Godzilla se fait clairement voler la vedette par le M.U.T.O (en anglais Massive Unidentified Terrestrial Organism), la créature qui est au centre de l’intrigue. Comme l’a dit très justement François Theurel (le Fossoyeur) dans son après-séance, Godzilla fait ici figure de figurant ! Et un figurant plutôt sympa par-dessus le marché, le genre d’énorme dinde qui évite soigneusement de retourner (à deux reprises) un porte-avion en se relevant des eaux, qui sauve des enfants coincés dans des bus sur un pont (le truc fait 100 mètres de haut et en a quelque chose à faire de bouseux dans un bus), qui ne réagit jamais en se prenant un barrage de missiles ou qui retourne tranquillement barboter dans l’eau, sans faire une vague, après avoir foutu une tarte au M.U.T.O.

Godzilla, quel chic type !

En conclusion…

Suite à sa sortie en DVD et à de multiples visionnages, le constat n’a pas changé : Godzilla n’est pas le film que l’on attendait. Tout est là, prêt à être activé, agencé, mais ça ne s’est pas fait. Pour autant, c’est un film à nuancer.

Sans être un long-métrage excellent, ou même très bon, Godzilla est un film que l’on ne peut s’empêcher de regarder à nouveau et, un peu malgré nous, d’aimer.
Peut-être est-ce le souvenir d’un espoir (ô doux espoir au matin…), de ce que le film aurait pu être, une vue de l’esprit, mais quelque chose s’est littéralement gravé en nous, au point de nous faire constamment douter de notre jugement.

Toujours est-il que depuis sa sortie, on l’a revu plusieurs fois ! On dira alors simplement que sans changer d’avis, on a appris à apprécier ce film. À moins que l’on ne soit que des fanboys refoulés. Et merde…

 


avatar Maxime le 13/05/2015  -  commentaires

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