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Gone Girl

Gone Girl

Avant de devenir l’un des réalisateurs les plus cultes de ces deux dernières décennies, David Fincher s’est illustré par des clips. Des clips pour MadonnaThe MotelsBilly IdolNine Inch NailsSpringfield. Entre autres. Petit C.V. n’est-ce pas.
Et puis en 1992, fort de cette réputation, Fincher prend la barre d’Alien³, une expérience qui fût de ses mots désagréable. Pour le jeune réalisateur, la pression d’une société de production comme la Fox est intenable, et il lui faut donc trouver une entité à sa mesure, à son style, à son art. Il se tourne alors vers New Line Cinema, à l’époque société indépendante, et signe l’un des thrillers les plus forts – si ce n’est LE PLUS FORT – du milieu des années 90 : Se7en.
En 1999, il réalise un deuxième formidable touchdown avec Fight Club, porté par Edward Norton et Brad Pitt, déjà présent dansSe7en. En 7 ans, Fincher devient l’un des réalisateurs les plus brillants de sa génération.
S’en suit des essais tous assez différents les uns des autres : le mitigé Panic Room (2002), le boudé Zodiac (2007), l’intriguantL’Étrange histoire de Benjamin Button (2008), l’excellent The Social Network (2010), l’évènement Millénium (2011), pour enfin arriver à Gone Girl, objet de la présente chronique.

Une question pour intrigue


Gone Girl est une adaptation (comme beaucoup de films de Fincher) du roman éponyme de Gillian Flynn.
Amy et Nick forment un couple parfait. Elle est belle, intelligente, douce, et vient d’une famille aisée. Lui est beau, intelligent, un peu beauf mais s’il est parvenu à la séduire, c’est qu’il a sans doute quelque chose que d’autres n’ont pas. Un charme, une masculinité peut-être, comment savoir ? Tous deux sont écrivains et vivent une vie plaisante à New York. La vie de rêve dira-t-on. Et puis la crise économique frappe, les menant tous deux à la porte de leurs jobs respectifs. Ambiance. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, la mère de Nick lui annonce qu’elle est atteinte d’un cancer incurable. Grosse teuf. Direction le Missouri, et la petite ville natale où Nick a grandi où le couple s’installe sans trop de discussions conjugales.

Après une ellipse temporelle de 2 ou 3 ans – qui sera plus ou moins éclairée au long du film -, Amy disparait mystérieusement. Nick le signale aux autorités mais semble afficher une distance surprenante avec la situation. Une distance singulière, mais surtout très troublante : Nick ne semble rien ressentir face à cet évènement dramatique. Pire, il semble n’y attacher aucune importance particulière, et s’investit peu dans la recherche de sa femme. Et forcément, un tel comportement déstabilise un peu tout le monde.

Si l’explication la plus logique au début du film est que Nick est complètement déboussolé par la situation, on se rend vite compte que ce stoïcisme peut cacher autre chose. L’étonnement général et les interrogations laissent vite place à la suspicion et à l’accusation ouverte, tant de la part de ses proches que de la presse et de l’opinion publique qui s’en saisit avec véhémence.

Nick a-t-il tué sa femme ? Hm… C’est à cette question super conne, ce fil tendu, que répond le film, souvent avec brio, mais tout aussi souvent avec une certaine maladresse pour un réalisateur comme Fincher.

Comment un postulat cinématographique peut entacher un très bon film

Au cours de nombreuses interviews, David Fincher a souvent exprimé son attachement à une mise en scène en béton. Applaudissements, cocktails et petits fours.
Hélas, ce prima sur la réalisation va coûter à Gone Girl son titre de meilleur film de la fin d’année 2014.

Si l’intrigue est en soi de haute volée, notamment par ses changements réguliers et inattendus de direction, et les rapports de force qu’ils induisent, Fincher va la noyer dans un montage embrouillé, décousu, dans lequel le spectateur peut ne plus s’y retrouver. Pire, par cette même mise en scène, il va en oublier une notion fondamentale du thriller : pour obtenir un bon thriller, il faut effectivement une bonne mise en scène mais aussi un bon scénario. Un scénario cohérent, doublé d’un backgroundexplicatif complet.

[ATTENTION : début des légers spoils]
Car évidemment, l’image du couple béni des cieux et des dieux va se désagréger. Si l’on peut admirer le déroulement de ce choix de narration, on ne peut en revanche que s’avouer déçu quant à l’explication.
Pourquoi, et plus important comment est-ce que ce couple modèle peut en arriver à la situation dans laquelle il se trouve ? Comment ce même couple peut arriver à déployer tant de stratagèmes pour venir au bout de lui-même ? Comment est-ce que ce même couple peut en arriver à se détester et à s’ignorer à ce point ?
Fincher livre des pistes de réflexion quant à ces raisons, mais il n’insiste pas sur une en particulier, une qui serait fondamentale. Infidélité, ennui, absence de communication, tout semble du pareil au même. Peut-être est-ce le cas. Peut-être est-ce l’accumulation de ces choses qui est à l’origine des maux du couple, mais s’il en est ainsi, alors Fincher ne nous a pas paru très clair. Peut-être est-ce là aussi un choix, celui-ci de permettre à chaque spectateur de choisir l’explication la plus valable, l’explication dont il ou elle se sent le/la plus proche (question de sexe sans nul doute).
[ATTENTION : fin des légers spoils]

Toujours est-il que ce choix convainc peu, et nuit à terme à l’intrigue.

Un personnage principal des plus étranges

Si la primauté accordée à la mise en scène est une première critique que l’on peut adresser à Gone Girl, le personnage de Ben Affleck est sans nul doute celle qui suit.
Que ce soit Kim Dickens en officier de police en charge de l’affaire, Tyler Perry en avocat de la défense, Neil Patrick Harris en ex maladif ou encore Rosamund Pike (Amy), la mention honorable, qui révèle une palette de jeux impressionnants, tout le casting fait un excellent travail. Tout le monde « sauf » Ben Affleck.
Vous l’aurez compris, si le sauf est entre guillemets, c’est parce qu’il est impossible de savoir qui blâmer : l’interprète ou le metteur en scène (pensez à titre de lointaine comparaison à la performance finale de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises et aux propos qu’elle a tenu par la suite, nous, on se marre encore).
Suite à la disparition d’Amy, Nick (Ben Affleck) semble presque se désintéresser de la disparition de sa femme. Il ne s’implique pas vraiment et mesure encore moins l’impact de son attitude sur son futur propre. Si le film avait expliqué d’une manière claire et nette l’état second de ce personnage, par la perte de sa mère par exemple, la performance de Ben Affleck aurait pu être tout à fait convaincante.
Malheureusement, cette absence d’engagement de la part de l’acteur/du personnage va devenir à terme un problème, le rendant en grande partie incohérent, en total décalage avec la situation et la manière dont elle est dépeinte. Quand bien même un couple se voudrait sur le déclin sans se l’avouer, il semble difficile à avaler qu’une disparition puisse absolument ne rien susciter chez celui ou celle toujours présent.

En ce sens, le personnage de Ben Affleck semble complètement décalé, surjoué, et surtout faux, ce qui est assez problématique quand il s’agit du personnage principal…

En conclusion…

Gone Girl nous a plu. Et oui, c’est assez étrange en sachant que nous avons passé un long moment à le descendre correctement. Peut-être s’agit-il de pinaillages, mais quand bien même nous portons deux énormes critiques à l’égard de ce film, il nous a viscéralement plu.

La mise en scène est très bonne, l’intrigue prenante, mais ce qui nous a captivé le plus, c’est notamment la manie (et la manière) qu’a David Fincher à retourner sans arrêt une situation qu’il vient de stabiliser.

Et à quel point il le fait bien !

 


avatar Maxime le 04/05/2015  -  commentaires

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