Revue film

Man Of Steel

Man Of Steel

Nombreuses sont les adaptations à l’écran, petit ou grand, de l’homme d’acier. La dernière en date, Superman Returns de Bryan Singer (2006) fût presque fatale au dernier fils de Krypton. Mais la trilogie du Chevalier Noir de Christopher Nolan a tout changer, vous en conviendrez.

En 2006, Zack Snyder présentait 300, une adaptation du roman graphique de Frank Miller. Ce film, dans la droite lignée de Sin City (2005), propulsa instantanément le jeune réalisateur d’une quarantaine d’années – à l’époque -, au rang de réalisateur à suivre.
Les causes de ce succès ? Des spartiates semblables au canon de Polyclète, faisaient jaillir dans la joie et la bonne humeur, le sang de Perses malhabiles, sous le regard d’une photographie des plus mémorables. Tout était là pour faire de 300 un film culte.
Après ce succès remarquable, Snyder s’attaqua à un projet réputé insurmontable tant l’œuvre d’origine de Dave Gibbons et Alan Moore se voulait gigantesque : Watchmen. Plus de deux ans de développement auront été nécessaires jusqu’à ce qu’en 2009, le film sorte en salles. Boudé par certains, acclamé par d’autres (nous par exemple), Watchmen n’en restera pas moins la preuve que Snyder maîtrise la photographie et l’art du récit comme peu savent le faire. Réalisateur bankable, Snyder se voit alors confier par la Warner l’adaptation d’un des piliers fondamentaux de la culture pop, du père de tous les super-héros : Superman.


Avec la montée en puissance de l’univers cinématographique Marvel en pleine ère des films de super-héros, DC Comics et Warner Bros se devaient de riposter. Les armes ont été faites grâce à Nolan, il ne manquait plus que l’icône. Qui mieux que Superman pouvait ainsi rassembler les foules ? Et qui mieux que Snyder pouvait y parvenir ?

Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non ! C’est Superman !

L’histoire démarre véritablement peu avant la destruction de Krypton, la planète natale de Superman. Depuis un certain temps, Jor-El, grand scientifique de la société kryptonienne, a supplié le Conseil d’arrêter de recourir au noyau de la planète comme source d’énergie. N’écoutant ses appels, le Conseil a, par son obstination, déstabilisé le noyau, entrainant une réaction en chaine inéluctable : Krypton va disparaitre. Dans une dernière tentative de faire entendre raison au Conseil, Jor-El va le supplier de lui remettre le Codex, un objet contenant l’ADN de tous les kryptoniens. Le but ? Sécuriser l’artefact ailleurs dans l’espace, afin de rebâtir la civilisation ailleurs.
C’est à ce moment-là que le Général Zod, chef militaire de Krypton, va entrer en scène par un coup d’état. Ami de Jor-El, Zod va tenter de conserver sa relation avec celui-ci, mais en constatant la trahison de Zod envers certains principes fondateurs de leur relation, Jor-El va s’en écarter. Ne pouvant ni le supprimer ni le rallier à lui, Zod va chercher à l’emprisonner. Malgré cette volonté, le scientifique va parvenir à s’enfuir, et dans sa fuite, à dérober le Codex.
Plus que quiconque, Jor-El veut sauver son espèce. Et son fils Kal. Au prix de sa vie, il va l’envoyer, lui et le Codex, sur Terre. En tentant de l’en empêcher, le coup d’état de Zod va échouer. Celui-ci, capturé par le Conseil, va être condamné à l’exil dans la Zone Phantom, un lieu coupé de tout dans l’espace.
Le vaisseau de Kal file dans l’espace en direction de la Terre tandis que celui de Zod se rend dans la Zone Phantom. Krypton explose peu de temps après, réduisant la civilisation à ces deux individus, à un face à face inéluctable.
Près de 30 ans passent. Clark, élevé par Jonathan et Martka Kent, est devenu un être puissant, discret, mais surtout peu confiant en lui-même, en proie au doute et à des questions quant à ses origines. Après de longues années, il va parvenir à trouver un vestige de sa civilisation, un vaisseau colonisateur, prisonnier des glaces de l’Antarctique. Parvenant à se frayer un chemin entre les autorités qui ont pris possession du site, il va y introduire la clé de commandement, réceptacle à un souvenir de la conscience de son père biologique, Jor-El. L’activation de ce vaisseau va alors déclencher une balise, balise que Zod, étant parvenu à se libérer de la Zone Phantom après la destruction de Krypton, va capter…

Une structure narrative déstabilisante

Man Of Steel reçut un accueil assez partagé de la part des critiques et du public lors de sa sortie le 19 juin 2013. Et pour être parfaitement honnête, on peut le comprendre car nous n’étions pas spécialement conquis lorsque nous sommes sortis de la salle la première fois. Pas déçus non plus, mais pas loin. Maintenant, ça va beaucoup mieux !

Une des faiblesses que nous sommes obligé de reconnaitre quant à ce film est sa narration qui, même encore aujourd’hui, pose un peu problème. Le film débute par les derniers jours de Krypton. Sur une vingtaine de minutes, cette civilisation fictive est traitée avec beaucoup de talent. Les enjeux sont placés (le Codex), l’émotion est déjà forte (notamment grâce à Russel Crowe en Jor-El, mais nous y reviendrons plus tard).
Mais dès lors que Kal-El arrive sur Terre, toute sa jeunesse va être éclipsée et traitée par l’intermédiaire de flashbacks, qui parsèmeront le récit (qui débute alors que Clark a environ 30 ans).
Ainsi, nous le verrons enfant, la première fois où ses pouvoirs se manifesteront, adolescent lorsqu’il sauvera ses camarades d’une noyade certaine, ou encore pré-adulte, lors de la mort de son père (une des scènes les plus puissantes, émotionnellement parlant, du film).
Ce parti pris n’est pas à contester, il est au contraire très habile, car tout le monde connait plus ou moins l’histoire de Superman. Néanmoins, ce qui dérange, ce sont les transitions et enchainements, le montage, parfois très abrupte entre les cadres de l’action.
En très peu de temps, Clark Kent, le vagabond anonyme en quête de son identité, va devenir Superman, le symbole d’espoir de l’Humanité, défait de tous ses doutes et questions existentiels. Déroutant.

Un kryptonien, deux kryptoniens, trois kryptoniens

L’une des grandes forces du film réside dans son casting qui, d’une manière générale, fait très bien son travail (à l’exception peut-être d’Amy Adams dans le rôle de Loïs Lane, cette performance assez moyenne étant sans doute le fait de l’écriture du personnage).
Nous avons tout d’abord, bien évidemment, Henry Cavill dans le rôle de Clark Kent/Kal-El. Acteur relativement peu connu auparavant (Les Tudors), on ne pouvait rêver figure plus adéquate à l’image de Superman. Il suffit de voir le plan où Clark et Loïs sont sur le point de se séparer pour y voir véritablement Superman, ou encore lorsque celui-ci s’effondre après avoir vaincu Zod (c’est bon, vous le saviez, ne mentez pas).
Il parvient à transcrire, par son jeu, une palette de sensations inhérentes à Superman comme le doute, la candeur, la détermination, le courage ou encore la tristesse, et donne à son personnage un caractère vraisemblable. On voit enfin Superman émerger d’une page de comic.
Puis il y a Russell Crowe (L.A. ConfidentialGladiatorBroken City) dans le rôle de Jor-El, véritable vecteur à émotion du film (de même que son « alter égo » Kevin Costner/Jonathan Kent) par son sacrifice, son amour infini pour son fils, et sa croyance inébranlable en l’espoir que celui-ci représente.
Et enfin, il y a Zod, incarné par l’extraordinaire Michael Shannon (Take Shelter – REGARDEZ-LE !). L’écriture de ce personnage est probablement l’une des constructions les plus intéressantes de ce film, car avant d’être l’antagoniste, il est avant tout l’ami de Jor-El, quelqu’un que celui-ci respecte. Il n’est pas le monstre « né monstre », mais un personnage qui le devient pour des motivations profondes (le salut de son espèce), et aussi parce qu’il a été créé et formaté à penser les choses ainsi. Zod n’est pas un antagoniste stupide qui veut détruire le monde car il aime faire le mal, mais au contraire car il pense faire le bien. Car c’est sa fonction (bon, okay, il aurait pu terraformer une autre planète du système solaire, mais à ce moment-là, Man Of Steelaurait été un film d’auteur).

Un mot sur LA bande-originale

Avant de nous avoir dérouté avec InterstellarHans Zimmer nous avait habitué à des partitions extraordinairement belles (notamment avec celle de La ligne rouge, dont l’un des morceaux, Journey To The Line, avait été utilisé dans la bande-annonce de Man Of Steel projetée au Comic-Con 2012, un grand moment).
Avec celle-ci, Zimmer nous a conquis à jamais. La bande originale est parfaitement calibrée avec les images, et suit, appuie les mouvements et le rythme du film. L’espoir, la toute-puissance du dernier fils de Krypton, sa magie presque, sont des éléments palpables à chacune des écoutes. On sent littéralement le destin exceptionnel de Kal-El émerger des notes de Hans Zimmer.

En conclusion…

Man Of Steel est un excellent film. Il n’est peut-être pas aussi bien conçu qu’un certain The Dark Knight, mais il n’en reste pas moins tout autant riche, faisant de lui l’un des films les plus épiques jamais réalisés.
L’action est là, bien évidemment, soutenue par la musique sublime d’Hans Zimmer, ainsi que de nombreux éléments de réflexion qui sont distillés de manière très intelligente : la transgression de la règle première de Superman, le regard de la société sur ce qui est drastiquement différent, étranger, le recours à des actions extrêmes pour asseoir des valeurs nobles, la thématique de l’erreur et de l’héritage, etc. Que ce soit dans la mise en scène, comme dans les dialogues, Snyder réalise un excellent travail, preuve certaine de son talent.

Un talent qui aura pour prochain rendez-vous le 23 mars 2016. Avec Superman… contre Batman. laugh

 


avatar Maxime le 28/04/2015  -  commentaires

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