Revue film

Night Call

Night Call

Night Call est le dernier film que nous attendions avec une ferveur folle en cette fin d’année 2014 (après le plutôt bon Gone Girlet le décevant Interstellar). Il aura suffi d’une belle affiche, d’une petite phrase promotionnelle détonante (« par les producteurs de Drive », oui, nous sommes des fanboys), et d’une bande-annonce frénétique pour immédiatement faire atterrir ce premier long-métrage de Dany Gilroy dans notre liste de cadeaux de Noël.

Dany Gilroy est assez méconnu du grand public, mais il y a fort à parier que dans quelques années, on entendra parler de lui. Outre les scénarios de Jason Bourne : L’héritage (avec Jeremy Renner), de Two For The Money (avec Matthew McCounaughey etAl Pacino) et de Real Steal (avec Hugh Jackman), Dany Gilroy est surtout connu comme étant l’homme derrière l’ambitieuxSuperman Lives, une suite des aventures de Superman. Ce film, qui devait être réalisé par Tim Burton et faire de Nicolas Cage le dernier fils de Krypton, s’annonçait comme un projet passionnant. Mais il ne verra hélas pas le jour (pour plus d’informations, c’est par ici). C’est donc après le scénario du quatrième épisode des Jason Bourne que Dany Gilroy a décidé (ou a eu la possibilité, allez savoir avec Hollywood…) d’ajouter une flèche à son arc : la réalisation.


LAX

Louis Bloom, Lou pour les intimes, est un jeune homme déterminé à changer sa vie. Il n’a jamais vraiment suivi d’études poussées, et est devenu, un peu malgré lui (mais ce n’est pas dit), un voleur. Des plaques d’égouts, de l’acier, un vélo, Lou cherche à vendre au meilleur prix tout ce que qui trouve acheteur. En dépit de ce curriculum vitae peu reluisant et épais comme la feuille qui le porte, Lou est un homme curieux, qui s’informe en ligne, qui pioche dans une théorie économique puis dans une autre l’information qu’il juge intelligente. Une sorte d’auto-didacte opportuniste en somme, d’Homo œconomicus en chair et en os.
Bien qu’il ne le montre pas, Lou est désespéré. Comme tout le monde, il veut un emploi. Faire quelque chose qui l’excite, qui lui permette de rentrer dans la cours des grands. D’être quelqu’un en somme. Et pour cela, il est prêt à tout. Être payé une misère, faire des stages non rémunérés, tout ce qui, en somme, peut lui permettre de se faire un petit nom quelque part. Il n’a d’autre rêve que celui-ci : être quelqu’un. Quelqu’un qui compte, et dont on ne voudrait se séparer.

Alors qu’il rentre chez lui après avoir tant bien que mal essayé de se vendre, Lou est témoin d’un accident. S’arrêtant pour regarder la scène, Lou va voir arriver un caméraman professionnel, Joe, filmer la scène. Devant le feu jaillissant de la voiture et des policiers tentant tant bien que mal d’extirper la conductrice, Lou n’a d’yeux que pour le caméraman, ou tout du moins ce qu’il représente.
Après être parvenu à acquérir (dans des conditions hilarantes) une caméra et un scanner de fréquences de la police, Lou va se mettre en quête de scoops. Arrivant sur les lieux d’un terrible accident, Lou parvient à filmer de très près la victime, couverte de sang. Ces quelques images, Lou va arriver à les vendre auprès de KWLA, l’une des chaines locales de Los Angeles, friande de faits divers atroces. C’est ainsi qu’il rencontre Nina Romina, la directrice de programmation des informations matinales. Après avoir obtenu sa paye et des compliments de la part de cette femme, Lou va sentir que quelque chose est possible, qu’il y a quelque chose à faire. Il engage alors rapidement (dans une scène complètement loufoque) Rick, un ancien SDF un peu paumé pour l’assister dans sa tâche.
Devenu son propre patron, Lou ne va pas hésiter à aller de plus en plus loin dans sa quête de l’ascension sociale. De plus en plus loin…

Jake The Driver

Night Call est une bombe. On ne va pas passer par quatre chemins, Night Call est une pure bombe. Mais pourquoi ? En deux mots : Jake Gyllenhaal.

Vous avez probablement déjà vu ce jeune acteur de 33 ans originaire de Los Angeles dans de nombreux films. À commencer en 2001, par Donnie Darko de Richard Kelly, film complètement psychotique sur fond de fin du monde où le meilleur ami de Jake/Donnie est un lapin repoussant les limites de l’inquiétant. Puis en 2004 dans Le jour d’après de Roland Emmerich, où il incarne le fils de Dennis Quaid, perdu au milieu d’une New York recouverte de glace. De 2006 à 2007, il apparaîtra trois fois à l’écran : tout d’abord dans le très beau Le secret de Brockeback Mountain de Ang Lee, puis dans l’excellent Jarhead – La fin de l’innocence de Sam Mendès, et enfin dans le très long mais bon Zodiac de David Fincher. En 2011, il est le personnage principal de Source Code, le deuxième film de Duncan Jones, fils de Monsieur David Bowie. Deux ans plus tard, on le retrouve aux côtés de Hugh Jackman dans Prisoners de Denis Villeneuve (Incendies). Si on l’avait adoré dans Jarhead, on l’a idolâtré dans Prisoners(de même que Hugh Jackman). Reste Enemy (2014) de Denis Villeneuve également, mais nous ne l’avons pas encore vu.
En gros, sa filmographie pétait déjà des culs avant Night Call, et il est presque de notoriété publique qu’elle va poursuivre sur cette lancée.

Jake Gyllenhaal incarne avec une maîtrise hallucinante cet individu complexe qu’est Lou, manipulateur motivé et hargneux, charmeur ambitieux, voleur charismatique, fou furieux à la limite permanente de la perte de contrôle.
Avec une aisance déconcertante, Gyllhenhaal incarne chacune des facettes communes à cet individu prêt à tout pour parvenir à ses fins. C’est par son talent que Lou devient littéralement le propos du film.
On observe la naissance de cet individu régi par la conviction intime que dans ce monde, seul un système de pensée libéral dans sa dimension la plus extrême peut prévaloir. Le film tient à cette seule observation des différentes étapes du raisonnement qui habite son personnage principal et fait de lui Lou. Il est l’incarnation physique d’un livre d’économie libérale poussée à son paroxysme. Absurde, parfois amusant, déconcertant surtout et complètement (des)humanisé.

En deux mots : effrayant, et brillant.

En conclusion…

Night Crawler (en VO c’est toujours mieux) n’a peut-être pas fait autant de bruit que Drive de Nicolas Winding Refn, référence à laquelle la comparaison est inévitable, mais n’en reste pas moins l’un des meilleurs films hashtagLos Angeles #meilleur rôle principal #films de bagnoles sans bagnoles (on se comprend) de ces dernières années. Comme Drive en fait.

Derrière ce qui ressemble à un film de fait plus ou moins divers se cache en réalité un film exceptionnel et audacieux. Drôle, direct, cru, sans concession, ce premier long-métrage de l’américain Dany Gilroy livre une réflexion extrêmement forte sur cette humanité en devenir, où l’individu repousse à chaque fois les limites du pensable, et où le plaisir électrique de ses accomplissements le pousse à aller de plus en plus loin.

Et puis merde ! Ce film se passe à Los Angeles ! Ne faites pas chier !

 


avatar Maxime le 08/04/2015  -  commentaires

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