Revue film

Interstellar

Interstellar

Au cinéma, trois films nous faisaient ouvertement de l’œil en cette fin d’année 2014 : Gone Girl de David FincherNightcrawler deDany Gilroy, et, bien entendu… Interstellar (désolé les affreux, nous, Bilbot, on s’en foutait royalement).

Avec Christopher Nolan derrière la caméra (Memento, la trilogie BatmanInception), Matthew McCounaughey (True Detective) de l’autre côté, Hans Zimmer à la partition (La ligne rougeMan Of Steel), et un scénario signé par son frère Jonathan (The Dark Knight), comment pouvait-il en être autrement ?
Un synopsis dévoilé au compte-goutte, des bandes annonces déclarant la guerre à la monotonie, et un teasing assez discret ont suffi à propulser notre imaginaire dans une galaxie lointaine, très lointaine… Une galaxie où tout était possible. Jusqu’à ce 5 de novembre.


Super Power Space Ranger

ATTENTION : le résumé qui suit va tenter de vous donner le plus exactement possibles les données de la situation initiale. On a fait au mieux ! ����
L’histoire débute on ne sait quand, on ne sait où. Quelque part dans le futur, quelque part aux États-Unis, au Texas peut-être, ou du moins ce qu’il en reste. De cette époque vague, nous suivons Cooper, un ancien pilote (et ingénieur) entre la trentaine et la quarantaine, reconverti en agriculteur après le démantèlement de la NASA. La cause est peu claire, mais ce que l’on sait, c’est que l’Humanité a fait son temps sur la Terre. Réchauffement climatique ? Famine ? Guerre(s) ? On ne le sait pas vraiment. Les seuls maux visibles sont de gigantesques tempêtes de sable ainsi que l’extinction d’espèces végétales, excepté le maïs, dont Cooper est un des producteurs. Mais les causes encore une fois, sont très vagues.
Cooper est veuf, et vit au beau milieu d’immenses champs avec Murphy, sa fille, Tom, son fils, et Donald, son beau-père.
Murphy est une petite fille très intelligente, mais qui curieusement ne cesse de clamer à son père qu’un fantôme hante sa chambre, faisant tomber notamment des livres de sa bibliothèque. Cooper, scientifique de formation, n’y croit pas, et cherche à instiguer dans l’esprit de sa fille les piliers de la science : l’observation et l’analyse. Mais Cooper va être rapidement dépassé par les faits : après une violente tempête de sable, il va découvrir avec sa fille un code étrange dans des amas de sable. Après être parvenu à le décrypter, Cooper et Murphy vont se rendre compte qu’il s’agit de coordonnées, et vont donc s’y rendre (Tom à la ferme). Et là, ils vont tomber nez-à-nez avec… la NASA. « America… FUCK YEAH! ». Là, tous les yeux s’écarquillent !
Cooper va donc retrouver le professeur Brand, son ancien superviseur du temps où il pilotait, et va lui raconter une histoire des plus folles : des codes, à vrai dire des anomalies gravitationnelles, il y en a bien plus qu’une seule. Pire, la plus massive est un trou de ver apparu 50 ans auparavant près de Saturne. Un évènement spontané, quasi-inactif, preuve qu’une ou plusieurs entités l’ont placé dans le système solaire dans un but précis. Preuve supplémentaire à cette théorie, les sondes déployées en orbite autour du trou de ver montrent 12 exoplanètes potentiellement habitables (eau et composés carbonés). Depuis l’apparition de cet objet, 12 astronautes (le programme Lazarus) ont été envoyés, seuls, sur chacune de ces planètes afin de valider leur potentiel. Problème, il leur est impossible de revenir sur Terre, ni même d’envoyer des données complètes quant aux mondes sur lesquels ils sont supposés avoir atterri.
L’Humanité atteignant sa date de péremption sur Terre, une ultime mission est mise en place, scindée en deux plans : plan A, évacuer l’humanité. Pour cela, il incombe à l’équipage du vaisseau de collecter des données lors du passage dans le trou de ver. Ces informations capitales permettraient aux scientifiques sur Terre de résoudre l’équation de la gravité, une théorie qui rendrait possible la manipulation de cette force fondamentale. Ainsi, l’Humanité pour créer de gigantesques vaisseaux qui emprunteraient eux-mêmes le trou noir, en vue d’aller coloniser un autre monde. Le seul hic à ce plan, c’est qu’il faut trouver un moyen pour renvoyer les données sur Terre, chose a priori impossible.
Plan B, l’humanité est condamnée. Il impute donc à l’équipage de semer (comme du maïs) des embryons pré-fécondés, et de créer une nouvelle colonie sur l’un des 12 mondes.
Et là, c’est presque un nouveau big bang qui se produit : Cooper est l’un des meilleurs pilotes que la NASA n’ait jamais eu. Qui mieux que lui peut mener à bien cette mission ? Sans l’once d’une véritable hésitation, presque en mâchant un épi de maïs, Cooper accepte, laissant derrière lui Murphy, qui lui en voudra jusqu’à la moitié de sa vie.
Cooper décolle donc à bord de l’Endurance avec la fille du professeur Brand, Amelia, Doyle et Romilly (tous scientifiques, mais sont-ils spécialistes de quelque chose, on ne sait pas trop). Ils passent à travers le trou de ver après deux années de cryosommeil pour rejoindre Saturne. Lors de la traversée, Amelia va établir un contact physique avec… quelque chose. Une expérience que les autres astronautes vont tous voir sans même douter de ce qu’ils ont vu. Elle est contente (LIKE A BOSS), et tout le monde s’en fout (CQFD).
Une fois la traversée effectuée, l’équipage va devoir se rendre sur les 3 planètes à portée de carburant, toutes supposément habitée par un astronaute du projet Lazarus.
Et c’est là que les emmerdes commencent (Oh ! Gravity !).

La folie des grandeurs

Autant le dire franchement : Interstellar n’est pas le film qui, à l’instar de 2001, l’Odyssée de l’Espace (de Stanley Kubrick) en 1968, a marqué tout d’abord son genre d’appartenance (la science-fiction), mais également le cinéma en règle générale.

En ce sens, il y a fort à parier qu’il ne sera pas le monolithe de 2014 qui perdurera à travers les âges. Nous nous en souviendrons peut-être dans 1, 2, 5 ans, mais dans 10… rien n’est moins sûr. Pourtant, Interstellar avait tout pour devenir cette étoile brillante de mille feux dans le cosmos cinématographique. Absolument tout. À commencer par l’ambition de Nolan.
Celle-ci n’avait, jusqu’à présent en tout cas, jamais failli, et ce en dépit de la complexité dans laquelle il a toujours volontairement plongé ses films. Que ce soit dans Memento, film construit temporellement à l’envers, ou dans Inception qui se lit à de multiples niveaux (l’imbrication de rêves les uns dans les autres), Nolan a toujours plus ou moins réussi à s’en sortir. Que ce soit narrativement, techniquement, ou visuellement parlant.
Mais à présent, nous avons Interstellar, dont nous ne savons pas véritablement quoi faire, mais qui fait indubitablement office de rupture forte dans son cinéma. Son audace a peut-être eu raison de lui.

Comme une impression de faussement complexe

Un mot hante les films de Nolan : réalisme (ou vraisemblance, on préfère ce dernier). Nolan s’est toujours acharné jusque dans le moindre détail à donner au spectateur une expérience réaliste. À créer, malgré la folie, le caractère inouï du propos ou de la situation, quelque chose de plausible. Cette précision qui, jusqu’à présent, était la force primordiale de ce réalisateur, est devenue dans le cas d’Interstellar sa plus grande faiblesse. Car s’il est une chose bien difficile à faire concernant ce film, c’est de savoir où le placer, tant il n’a pas grand-chose à voir avec la représentation que l’on peut se faire de la science-fiction. Sorte de péplum spatial, de mélodrame philanthropiste, Interstellar se place sous l’hégémonie de la science UNIQUEMENT.
Le film se perd dans des concepts scientifiques fascinants mais imbittables pour l’humain lambda, chose que la narration n’aidera pas vraiment à démêler. Les explications contenteront peut-être les diplômés de sciences physiques (et encore, un tel diplôme n’empêche pas d’être exigeant sur la narration. Et quand bien même les explications sont réalistes, ce n’est pas vraiment le fond du problème), mais s’arrêteront à ce seul public.
À se perdre lui-même, Interstellar perd son public, qui ne pourra retenir finalement qu’une leçon sur l’espace et le temps, sur l’amour et l’importance de la famille (Oh ! Extant !). Il oublie de manière dramatique la science-fiction, genre dont il est malgré tout l’héritier. Ce genre où il est question de l’imprévu, de l’inexplicable et de l’inouï. En une expression, du dépassement de l’entendement.
Or, ici, on a le désagréable sentiment que tout va se passer pour le mieux, que tout est prévu et planifié, et cela avec la plus désobligeante désinvolture jamais vue au cinéma. La solution vient de l’Homme, et juste d’un homme (Moïse McCounaughey, mangeant du pain au maïs).

En conclusion…

Un peu avant la sortie d’Interstellar, on avait relevé une anecdote sur le net relatant quelque fait hollywoodien au sujet de Nolan. Quelque chose comme « Quand Christopher Nolan parle, tout le monde l’écoute ». Très bien. Mais jusqu’où ?
McCounaughey donne dans le McCounaughey, le reste du casting fait de la figuration déshumanisée, Zimmer livre une partition aveugle, sans climax particulier, presque pompée des travaux de Philip Glass (dont on ne conteste pas la puissance hors du film), et on remarquera la présence d’un poème de Dylan Thomas (comme dans Solaris de Steven Soderbergh, paye ton originalité).
Interstellar est un film qui cause comme un livre de cosmologie (avec le sentiment dérangeant qu’il prend énormément de libertés à ce sujet, saute d’une théorie à l’autre pour justifier telle ou telle action), qui se veut émouvant alors qu’il ne l’est pas spécialement, et promeut un discours messianique et anthropocentrique à travers le personnage de Cooper.
On attendait énormément d’Interstellar. On le voyait comme une épitaphe future de la science-fiction, un apport majeur au genre. Mais a posteriori, on se demande si à vouloir défier les forces de l’univers, la tâche n’était pas un peu trop grande…

Christopher Nolan, l’Icare des temps modernes.

PS : vous trouverez ici le scénario original d’Interstellar, écrit en 2008, et qui devait être réalisé par Steven Spielberg. Attention, on est LOIN du film sorti en salles. Et quand on dit loin, ce n’est pas en bien…
lestoilesheroiques.fr/2014/11/interstellar-resume-scenario-2008-script-differences-modifications.html

PS 2 : des théories très pertinentes sur le film (merci encore à Monsieur LTH) : http://lestoilesheroiques.fr/2014/11/interstellar-la-fin-explication-histoire-interstellar-analyse-comprendre.html

 


avatar Maxime le 24/03/2015  -  commentaires

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