Chronique série

The Walking Dead

The Walking Dead

En voilà une série qui cartonne. Tirée du comics éponyme à succès de Robert Kirkman et Tony Moore (remplacé aux dessins par Charlie Adlar), la série zombiesque a contribué à populariser la figure du mort-vivant et à en faire un véritable phénomène mondial.

Catalogués au rang de nanars, voire de super-nanars (cf. les films mettant en scène des zombies-nazis) ou de films d’auteurs, les films de zombies ont gagné depuis quelques années en lettres de noblesse. De l’humour (Zombieland ou Shaun Of The Dead) en passant par le blockbuster (World War Z) ou la série télé, les zombies sont partout (il suffit de voir le nombre de Zombies Walk organisées à côté de chez vous). Flippant n’est-ce pas ?


Mais alors comment expliquer ce succès ?

Des zombies et des Hommes

Sans faire un long exposé relatant l’histoire du zombie dans la culture populaire, nous dirons simplement que le mort-vivant fascine et fait partie de ces créatures mythiques dont nous adorons avoir peur. Il peut avoir plusieurs noms et peut prendre plusieurs formes.

Contrairement aux créatures enragées (quoi ?! Des zombies qui courent !) de 28 Jours plus tardWorld War Z ou encore deL’Armée des Morts les rôdeurs de The Walking Dead ne sont pas plus dangereux que la situation dans laquelle évolue les personnages (maladies, faims, soifs et luttes mortelles contre d’autres humains, en somme : la survie). Ainsi les zombies de The Walking Dead, lents, cadavériques et décharnés, ressemblent plus aux figures emblématiques du zombie que l’on retrouve dans les jeux vidéo Resident Evil (les premiers du nom) ou d’Apocalypse sur Carson city, une très bonne bande dessinée française.

D’ailleurs les créateurs avouent d’eux-mêmes essayer de se rapprocher des films de George A. Romero (La Nuit des Morts-Vivantsde 1968, et bien d’autres), grand-père du film de zombie, en basant le récit sur les survivants et leur rapport à leur nouvel environnement. Une sorte d’intellectualisation du zombie, créature bien utile pour parler des Hommes et de leur nature profonde (qui se révèle alors au grand jour : lâcheté, courage, etc.), le zombie servant de miroir pour décrire, en théorie, la société humaine.

Mais est-ce le cas pour The Walking Dead ? En partie oui…

Land of the Dead

The Walking Dead c’est un peu Le Territoire des Morts (de George A. Romero), un pays dont a été dépossédé les Hommes par les zombies. La série (et le comics) pose la question suivante : comment réagirions-nous, survivrions-nous, dans un monde dévasté entièrement dominé par les zombies ? Ou : Que serions-nous prêt à faire pour survivre ?
La réponse selon TWD ? Reconstruire la civilisation humaine autour du thème adoré chez nos voisins états-uniens, la famille.
En effet, le groupe que nous suivons depuis le premier épisode devient progressivement une famille dont Rick Grimes, leader charismatique et emblématique, ex-adjoint du shérif et bon père de famille, est clairement le père. Un père que les survivants choisissent naturellement et qui est ainsi contraint de devenir leur chef. Si le personnage est l’image du bon américain, il est mis à mal par la situation qui l’oblige à ranger son costume et toute la symbolique qu’il représente (le gentil et bon gars, défenseur du citoyen). Comme la religion, très présente parce que nous sommes aux États-Unis, tout est remis en cause et chacun doit faire son travail pour accepter le nouveau monde dans lequel il vit. Et la série permet aux spectateurs de questionner chacune des actions, des paroles et des décisions des personnages. En cela la série est plutôt bien faite, et c’est un bon point.

Walkers or not Walkers, that is the question !

Qui sont les rôdeurs (Walkers en VO) ? Les morts-vivants, qui errent sans âme, ou les humains, qui cherchent désespérément un endroit où reconstruire la civilisation humaine ? Une question qui demeure sans réponse, comme une interrogation lancée à chacun. Mais la série occulte entièrement la possibilité de survivre sans forcément recréer un système de vie sédentaire. Les nomades existent dans la série, ils sont seuls et très souvent en danger de mort, et la vie à l’extérieur est clairement montrée comme éprouvante et terrible. Comme si la seule solution pour ces survivants était de retrouver une petite maison où se reposer avec leur famille.
Et pourtant, à chaque fois que le groupe trouve un nouvel endroit, il finit par être détruit. Et ainsi de suite ils se déplacent d’un campement dans la saison 1, à une ferme dans la saison 2, à une prison dans les saisons 3 et 4, jusqu’à un quartier résidentiel dans la saison 5 où enfin ils retrouvent une vie (trop) calme et (trop) paisible, avec à chaque fois l’idée que « cette fois, c’est la bonne ! » (personnellement la prison n’était pas si mal).
Dans les deux premières saisons, ce sont les zombies qui forcent les personnages à fuir leur campement. C’est à partir de la saison trois que l’on est introduit au vrai discours de TWD : ce ne sont pas les zombies les plus dangereux, mais bien les autres humains (ce qui revient à dire que l’homme est un loup pour l’homme, mais ça on le savait depuis longtemps !). Les personnages apprennent alors à lutter contre les rôdeurs tout comme les zombies deviennent, au fur et à mesure des saisons, plus faibles, comme des corps morts qui se désagrègent. Mais les autres survivants les remplacent, devenant la nouvelle menace et offrant un discours entre les relations entre différents groupes où chacun défend le peu qu’il a et lutte pour sa survie.

« I will survive! »

Malgré des thèmes que certains téléspectateurs peuvent trouver sous-exploités (le viol par exemple) et qui mériteraient pourtant toute leur place dans un univers post-apo (et qui sont plus exploités dans le comics, qui connaît certainement moins de censure que la série télé), la série se veut exhaustive et « réaliste » sur ce que serait la survie (LE thème central de la série) dans une telle situation. Et en ce sens, le contrat est remplit. Il y a dans la série toute une panoplie de personnages qui chacun représente une facette de la survie (lâcheté, cannibalisme, sacrifice, manipulation, mort idiote – stupidité ou malchance, LOL -, orgueil, suicide, etc.). Et la série apporte aussi quelques questionnements intéressants notamment sur la place des enfants dans un monde infesté de mangeurs de cerveaux, avec cette idée rémanente que ces pauvres petits chérubins n’auront jamais la vie qu’ils auraient pu avoir, pas de bol !
À ce sujet, les personnages sont souvent nostalgiques et cherchent à se remémorer le passé. Il est difficile de concevoir que cela puisse être différent, et cela apparaît comme un réflexe naturel : essayer de retrouver ce que l’on a perdu. Mais heureusement Rick (encore lui !) est là pour nous rappeler qu’il faut aller de l’avant et bâtir un nouveau monde de nos propres mains. America? FUCK YEAH!

Thérapie zombie

La série témoigne aussi de ses qualités dans les rapports entre les personnages et leur évolution (de leur transformation et changement autant physique que mental). D’ailleurs, en regardant la série, on ne peut s’empêcher de se demander ce que l’on ferait si on était à la place des protagonistes, quand bien même il est impossible d’y répondre.
Il est agréable également de voir grandir la proximité entre les personnages comme entre les acteurs. Une réelle complicité existe entre eux et on comprend bien cette notion de famille que la série a voulu développer autour de ses personnages. Heureusement chacun de nos survivants préférés connaît son propre développement. Avec parfois des déceptions (tel personnage aurait pu être bien s’il n’était pas mort… snif). Car c’est cela aussi The Walking Dead, beaucoup de morts.
Et oui, la survie en territoire zombie, ce n’est vraiment pas très drôle !

Du papier à l’écran

En tant que fan de (presque) la première heure je refusais de regarder la série, pensant qu’elle ne se basait pas suffisamment sur le comics et que le matériau original était d’une bien meilleure qualité. Heureusement les avis c’est comme les goûts, ça évolue.
Ainsi suis-je devenu un grand fan de cette série, et pourquoi ? Car elle propose un parcours différent de celui du comics, et un développement des personnages parfois original et très bien fait. Une sorte d’histoire alternative à celle du comics. D’ailleurs Robert Kirkman, le créateur, tient toujours les rennes de son affaire (et il a bien raison).

Ensuite parce que sans lire le comics, cela reste une série de bonne qualité, portée par de bonnes prestations, avec une bonne photographie et une bonne B.O. Et on notera l’intégration parfaite de personnages inexistants dans le matériau original, comme les frères Dixon, et notamment Darryl, personnage désormais culte interprété par Norman Reedus (il prête son visage et sa voix pour incarner le personnage principal du prochain jeu Silent Hill et un jeu The Walking Dead est basé sur son seul personnage, c’était la minute du fanboy ! J).
De plus chaque saison amène son lot de surprises et scènes haletantes (mention spéciale pour la saison 2 qui, malgré une présence d’action moindre comparativement aux saisons suivantes, prend le temps de poser et développer les personnages).

Et puis sinon, TWD est clairement une série qui vous tient en haleine !

Conclusion d’outre-tombe

Comme vous l’aurez compris la série est dense et se dévore (jeu de mot par-ci, jeu de mort par là ^^) goulument. Elle est haletante et on ne cesse de s’inquiéter du sort de nos personnages favoris (Glen va-t-il mourir ?!).
Elle pose des questions intéressantes dont elle semble apporter les réponses, cloisonnant quelque peu la discussion. Les « gentils », qui ne sont pas si gentils que ça, ont raison, pas les autres, qui ne sont là que pour justifier de la bonne démarche des héros. Le personnage de Shane était en cela intéressant. Il était un survivant et avait compris ce que la survie pouvait coûter. Cependant il y a le savoir et le faire, et il y a toujours plusieurs manières de le faire. Shane et Rick (tous deux coéquipiers dans leur ancienne vie) formaient un duo intéressant qui se contrebalançait, Shane jouant le rôle ingrat du rival de Rick. Et une fois que celui-ci disparaît de la série, le personnage de Rick devient incontournable, une sorte de char d’assaut.
Ce sont donc les personnages qui font la saveur de la série. On s’attache à eux (bien plus que dans le comics où ils meurent plus facilement) et on espère les voir vivre encore longtemps.
Ainsi le succès de The Walking Dead (la série) tient de la réussite du comics et de sa bonne adaptation. Et si ce n’est « pas comme dans le matériau original », ce n’est pas grave, car les ingrédients sont là : la vie et la mort réunies dans 45mn, l’aventure humaine (certes vue par un regard états-unien) en condensée.

Nous espérons juste que la série s’arrête au bon moment et ne se poursuive pas éternellement et inutilement, car le comics, lui, continue. En tout cas la bande annonce de la saison 6 promet du lourd, du très lourd ! Bref, nous attendons cela avec impatience !
Quant au spin-offFear The Walking Dead, qui se déroulera dans les premiers temps de l’épidémie, nous l’attendons évidemment de pieds fermes, et espérons qu’elle fasse son propre chemin.

 


avatar Roman le 04/08/2015  -  commentaires

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