Chronique série

Marvel’s Daredevil

Marvel’s Daredevil

Les séries de super-héros pour le moment, ça n’est pas trop ça. Vous avez peut-être pu le constater avec nos retours sur quelques-unes des séries citées ci-dessous.
La grosse critique que l’on peut adresser à ces adaptations (notamment dans le cas des séries DC), c’est le ton. Larmoyant, plein de bons sentiments, le héros et sa petite compagnie se blâment systématiquement, sont désolés pour un rien, et puis après un premier affrontement avec l’antagoniste de l’épisode, un baiser à la volée, repartent au quart de tour, et tout va bien. En gros, ça n’a rien de bien réaliste, ou de cohérent.

Le point faible de ces séries donc, ce sont les chaines qui les produisent : ABC dans le cas des séries Marvel (Agent Carter,Agents Of S.H.I.E.L.D.) et The CW pour les séries DC (The FlashArrow). En toute impunité, ces chaines tiennent des cahiers des charges, et les font tenir dans chaque épisode de chaque saison de chaque série : tel pourcentage de romance, de discours patriotique, de discours paternel, etc. etc.


Alors quand on a su que Marvel et Netflix s’étaient rencontré pour créer une série autour du personnage de Daredevil, une série qui serait un peu loin de tout ça, on a forcément tendu une oreille. Responsable de quelques-uns des meilleurs shows de ces derniers temps (House Of CardsBloodline), le résultat ne pouvait être QUE différent. Mais l’est-il vraiment ?

The Devil Of Hell’s Kitchen

Dardevil prend place en même temps qu’au début de la série Agents Of S.H.I.E.L.D., c’est-à-dire juste après le premier filmAvengers sorti en 2012, et plus particulièrement après ce qui est désormais appelé dans l’univers cinématographique Marvel (MCU) « la Bataille de New York).
Les Avengers sont parvenus à repousser l’invasion extra-terrestre organisée par Loki, à capturer celui-ci et à le laisser à la charge de Thor pour le ramener sur Asgard, et tout est bien.
Enfin à une exception prête : New York est démolie. L’un des quartiers les plus affectés par ce tragique évènement est celui de Hell’s Kitchen, laissé pratiquement à l’abandon par les autorités. Les crimes et délits se multiplient alors que les forces de l’ordre n’agissent pratiquement pas ou peu. C’est ainsi que progressivement, un individu vêtu de noir et portant un masque va apparaitre sur les toits et ruelles d’Hell’s Kitchen, sauvant la veuve et l’orphelin, et rouant de coups des plus sévères les criminels.
Cet homme s’appelle Matt Murdock, avocat le jour, justicier la nuit. Mais ce qui rend ce personnage si unique, ce n’est pas sa résistance, sa détermination, ou son abnégation, mais bien le fait que Matt est aveugle depuis l’enfance.
À la suite d’un accident, Matt a perdu la vue, mais ce vol de son innocence s’est vu compensé par ses autres sens, devenus hyper-sensibles. Matt peut donc « voir », et s’est entrainé depuis à se battre comme son père, ancien boxeur professionnel.
Au cours de ses nombreuses investigations (sous le costume d’avocat comme de justicier), Matt va découvrir qu’un acteur agit dans l’ombre et dans la plus grande impunité, afin d’acquérir le quartier d’Hell’s Kitchen, et ce en employant des moyens extrêmement violents. Matt va donc se mettre en tête de révéler cette conspiration et d’arrêter cette personne, qui qu’elle soit.

Plus gris que noir

C’est un fait. Si l’on compare toutes les séries citées dans notre introduction, Daredevil est à The Dark Knight ce qu’Agents Of S.H.I.E.L.D. est aux 4 Fantastiques (celui de 2005, pas celui qui sort Mercredi). C’est incontestablement plus noir, et très honnêtement, les premiers épisodes le sont. Le quartier d’Hell’s Kitchen est vraiment dépeint comme un lieu insalubre et délaissé du monde, comme une première étape vers l’enfer. Et même si cela est plus métaphorique qu’autre chose, on se laisse une chance d’y croire.
Mais plus noir ne veut pas dire noir.
La série commence sur un pilot plutôt sympa et embraye sur un deuxième épisode dont la conclusion a clairement un effet saisissant (un combat à mains nues des plus impressionnants pour la télévision, voire même le cinéma). Dès lors, on se dit que la série est partie pour être une micro révolution dans les adaptations de super-héros à la télévision.
Mais assez rapidement, on se met à constater que cela relève plus du faux-semblant que d’un fait avéré. Car le gros problème de la série, ce n’est pas sa réalisation, mais bien l’écriture de ses personnages, voués au statisme.
Ceux-ci se mettent à creuser leur propre tombe, cherchant à aider des personnages tout aussi creux et calibrés façon cahier des charges.
Nous avons donc Matt Murdock, le super-héros, animé par un désir de justice/vengeance intime pour et sur le monde, Foggy, son meilleur ami également avocat, le comique de service – qui ne fait pas tant rire que ça -, Karen, la blonde sauvée au début de la série qui après une rédemption de l’infâme monde de l’immobilier veut sauver le monde.
Ce petit triangle, qui fonctionne assez bien au démarrage, devient passé le premier quart de la série assez ennuyeux, car fonctionnant toujours les mêmes dynamiques. En gros, les personnages évoluent peu ou presque pas.
Un peu à côté nous avons nous avons Ben Ulrich, mauvais cliché du vieux journaliste qui a vu les pires horreurs mais a toujours une éthique. Que peut-on en dire de plus que ce que nous venons de dire ?
Toujours à côté, nous avons Elena Cardenas, un personnage dont on serait clairement passé. Vous voyez l’idée de la veuve et de l’orphelin ? Elena en est la synthèse. Vieille dame laissée à l’abandon dans un appartement délabré, Elena est le symbole de la cause de la « team Murdock ». Et sa disparition va en faire pleurer plus d’un.
Pour finir, nous avons l’exception : Claire, ou comment charcuter un personnage qui aurait pu être intéressant. Claire aurait pu être le sorte de side-kick de Daredevil. Infirmière le jour, elle soigne Matt dans ses pires moments. Mais on comprend rapidement que ce seul statut ne pouvait pas suffire à la production. Il fallait faire de Claire le love interest de Matt/Daredevil. Et le pire, c’est que cela arrive sans être véritablement construit et amené. Ils s’aiment, mais ne peuvent être ensemble. Faites avec. Personnage assez présent au début de la saison, il est en vérité assez éphémère, puisqu’on le reverra une fois un peu avant la fin après une disparition assez inexpliquée dont on se serait bien passé. DOMMAGE.

« Sauvée » elle-aussi par son antagoniste

À l’instar de The Flash, la série est sauvée par son antagoniste, joué par Vincent D’Onofrio (Jurassic World, Men In Black).
Un peu amoindri au fur et à mesure que la série avance (du fait du niveau général), son personnage – Wilson Fisk aka Le Caïd – est pourtant celui qui fait l’intérêt de la série, et plus d’être la meilleure performance. Derrière le personnage timide et maladroit – et en ce sens sincère – se cache un homme au bord de la rage permanente, déterminé à aller au bout de son idée, et ce quels qu’en soi les moyens.

En conclusion…

On attendait énormément de Daredevil, et ouais, on en a été un peu déçu. Il faut reconnaitre que dans la forme, on est loin de la totalité des séries citées précédemment, et en ce sens, la série fait office de mini-rupture avec celles-ci. Mais dans le fond, elle n’en est pas si loin.
Peut-être serait-il temps de laisser les super-héros au cinéma – et encore, quand on voit certaines productions, on peut se le demander -. C’est bien évidemment impossible.
Quoiqu’il en soi, Daredevil revient en 2016 avec une deuxième saison, et on espère que le niveau s’élèvera. Il serait VRAIMENT dommage que les choses aillent dans l’autre sens.

 


avatar Maxime le 31/07/2015  -  commentaires

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