Chronique série

Person Of Interest

Person Of Interest

On ne le dira jamais assez : la série Lost, créée par J.J. Abrams, a été probablement l’un des tournants majeurs dans l’histoire de la télévision. En plus de nourrir différents genres d’idées toujours plus folles (le fantastique, la science-fiction, etc.), la série a permis de révéler un grand nombre de talents qui ont plus ou moins, par la suite, réussi à tirer leur épingle du jeu (nous t’aimerons toujours Matthew Fox, même si tu n’es devenu qu’un pauvre bougre figurant dans World War Z).
L’un d’entre eux, celui qui a sans doute le mieux réussi, se nomme Michael Emerson. Vous avez probablement appris à l’aimer, puis à le détester – et puis c’est devenu la merde – sous les traits de Benjamin Linus, le leader des « Autres » (les habitants de l’Île).

À la fin de Lost, l’inépuisable J.J. Abrams et un certain Jonathan Nolan (le frère de Christopher) se concertent pour créer une nouvelle série qui très rapidement, attire l’œil de la chaine CBS. Avec deux beaux noms comme ceux-ci, Person Of Interest est quasi immédiatement commandée par la chaîne pour une saison qui commence à la rentrée 2011. Depuis, la série n’a de cesse de faire de très beaux scores en termes d’audiences (en règle générale, autour des 8 millions de téléspectateurs).
La raison de ce succès ? Voici quelques pistes d’explications…


New York, encore New York, toujours New York…

Harold Finch est un homme effacé, reclus de la société, vivant simultanément en plein dedans et le plus loin possible. Le genre de personne très secrète que l’on ignorerait sans même le vouloir dans la rue, ou que l’on prendrait en pitié à cause d’une blessure à la jambe qui le contraint à boiter. Pourtant, derrière cet individu sans la moindre prétention se cache un ingénieur de très haute volée. Un génie même qui, dans des circonstances peu claires, est parvenu à gagner des millions sans que personne ne le sache vraiment.
Sorte de fantôme moderne, Finch est à la recherche de John Reese, un individu qu’il sait à New York. Après des mois d’investigation, Finch va parvenir à le retrouver, vagabond errant dans le métro de la ville. Si Finch cherche cette personne en particulier, c’est parce qu’il sait que John n’est pas un vagabond « comme les autres », mais un ancien agent de terrain de la C.I.A., porté disparu depuis des années. Un autre fantôme en somme.
Si Harold s’est donné autant de mal, c’est dans l’intention de recruter John en tant qu’agent de terrain pour son compte, ou tout du moins, pour le compte de la ville.
En effet, Harold reçoit régulièrement des numéros de sécurité sociale des habitants de la ville qu’il a rapidement compris comme étant des individus en danger.
Disposant de grandes ressources, Harold s’est donc mis en quête d’empêcher ces crimes d’arriver, mais sa condition physique ne lui permettant guère d’y parvenir seul, il a besoin d’un partenaire sur le terrain. D’où John Reese, une ressource de grande valeur. CQFD.
Sombrant dans l’alcoolisme, John n’est ni un individu facile à pister ou à faire entendre raison Et pourtant Harold va parvenir à le convaincre de devenir « l’homme au costume », un autre fantôme, veillant sur les habitants de New York.
Mais à mesure que cette association va empêcher bien des crimes d’être commis, ils vont se mettre à dos des parties et des puissances, toutes intriguées (et inquiétées) par cette fâcheuse tendance qu’a John Reese à être toujours là au bon moment et au bon endroit.

COMBOS!

La raison pour laquelle Person Of Interest fonctionne aussi bien est on ne peut plus simple : elle se trouve à la croisée de plusieurs genres : le procédural, la série policière, de cyber-espionnage, d’action, des histoires de justiciers modernes etc. En mélangeant les genres, Jonathan Nolan est parvenu à créer une toile parfaitement cohérente où guerres de gangs et homicides involontaires ont des poids équivalents.
Globalement, chaque épisode donne une part égale à la narration et à l’action, ce qui fait que l’on s’ennuie rarement, contrairement à d’autres séries, pensées comme des séries d’action ou de science-fiction, et dans lesquelles il ne se passe absolument rien (Extant, on y reviendra dans quelques semaines).
En se frottant à divers acteurs de la ville, le combo Finch/Reese permet de mettre en évidence différentes facettes de la population de New York. Et c’est en ce sens, comme dans bien d’autres productions actuelles, que le personnage principal dePerson Of Interest est la ville elle-même. On la voit ainsi prendre forme à toutes les échelles : de l’individu isolé prêt à tout pour se venger par exemple, à une association de flics corrompus jusqu’à la multinationale maléfique. La série dresse alors un portrait organique de celle-ci, tout comme pour ses composants (nous, les individus) où la frontière entre le bien et le mal prend toute sa nuance.
Tous les secteurs, toutes les tranches de la population sont ainsi traitées, ce qui a pour effet de nous faire toujours découvrir quelque chose de nouveau. L’équipe de scénaristes a ainsi fait de la ville son matériau premier, se nourrissant de ses activités pour écrire des intrigues souvent différentes, mais qui parfois se recoupent pour créer un fil conducteur.

Welcome my son, welcome… to… the…

On va faire de notre mieux pour ne pas trop spoil, mais vous vous doutez bien qu’il y a un truc qui cloche dans notre résumé. « Harold reçoit régulièrement des numéros de sécurité sociale des habitants de la ville » ? COME ON!
Ce que l’on peut vous dire, c’est que ce fil conducteur s’inscrit dans les thématiques technologiques actuelles comme la cybernétique et la frontière digitale. Person Of Interest est une série d’une grande qualité, en termes d’apports sur les évolutions de notre époque, où la technologie prend une part de plus en plus grande dans nos vies. Elle permet une projection et une réflexion sur les grands changements que l’avenir va nous apporter, inévitablement.
En plus d’être une série sur des individus, la série propose une réflexion plus large sur LA thématique centrale des nouvelles technologies, celle de la surveillance. Pour ou contre ? Oui ou non. La série ne prend pas vraiment de partie, mais dresse simplement un portrait de ce futur qui est déjà là.

Frank The Tank

Tout ça est bien joli, mais si le casting ne suit pas… Heureusement, ici, il suit on ne peut mieux ! À commencer bien évidemment par cet individu frêle qu’est Harold Finch, incarné par le visage si particulier de Michael Emerson. Son jeu unique parvient à donner à ce personnage presque apeuré et miséricordieux toute la bonté et la candeur inhérentes à ce qu’il est. Il est alors cet homme qui ne pensait pas à mal et qui pourtant, par la causalité de ses actions, en a créer un bien réel et bien plus puissant qu’il ne pouvait l’imaginer – Frankestein un jour, Frankestein toujours -.
Mais la grosse surprise de la série, c’est Jim Caviezel, un acteur assez méconnu du grand public outre son passage chezTerrence Malick (La ligne rouge) ou Mel Gibson (La passion du Christ). Que peut-on dire de John Reese et de son acteur ? C’est un tank, un putain de Terminator qui tient parfois un peu difficilement la route – les balles n’ont pas vraiment d’effet sur lui -, mais qui dans sa quête de rédemption, dans son âme brisée, apporte quelque chose d’extrêmement beau à la série.
Le reste du casting quant à lui fait honneur à la série. Mention spéciale à Kevin Chapman, le détective Fusco, comic relief du show.

En conclusion…

Si vous cherchez une série d’action qui ne vous prend pas pour un idiot, vous avez votre candidate.

END OF LINE.

 

 

 


avatar Maxime le 15/05/2015  -  commentaires

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