Chronique série

Bloodline

Bloodline

Les séries Netflix cartonnent. C’est un fait indubitable. La « hype » de House Of Cards, l’adaptation apparemment remarquable de Dardevil, la sitcom à succès Unbreakable Kimmy Schmidt, sont autant d’exemples qui illustrent cette montée en puissance dunetwork américain dans le monde des séries.

Là où il y a une question sociale latente, une sorte de nœud collectif (la présidence, le système carcéral féminin), Netflix frappe. L’une de ses dernières appropriations, c’est la famille, avec la série Bloodline, diffusée en intégralité le 21 mars dernier.
Si cette série est parvenue à capter notre attention, ce n’est seulement parce qu’il s’agissait d’une production Netflix, ni même pour son sujet. Si Bloodline nous a originellement attiré, c’est pour sa capacité à réunir plusieurs pointures du cinéma et de la télévision. Kyle Chandler (Super 8), Ben Mendelsohn (Lost River), Linda Cardellini (Avengers – L’ère d’Ultron), ou encore l’éminentSam Shepard (Cold In July).


Avec un palmarès pareil, on s’est dit que ça valait peut-être le coup d’y jeter d’œil. Et que peut-on dire ? On a eu raison.

Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’…

Les Rayburn sont une famille réputée et admirée de leur petite bourgade des îles Keys. Robert et sa femme Sally sont un symbole de réussite, l’incarnation de l’american way of life et de l’american dream.
En 45 ans, ils parvenus à créer un petit empire touristique au travers d’un hôtel assiégé par les touristes, mais également à réussir dans leur vie personnelle, au travers de leurs quatre enfants, John, Meg, Kevin, tous trois restés proches d’eux et ayant réussi leurs vies. Le quatrième membre de cette fratrie – qui en est l’aîné -, Danny, a quant à lui décidé de partir le plus loin possible pour des raisons qui, au début de la série, sont très troubles.

Mais à l’approche de l’anniversaire des 45 ans de l’hôtel, Danny revient. Ce qui est un évènement de bonheur pour certains (Sally notamment) est pour d’autres un élément perturbateur (Kevin et Meg), une inquiétude (John), voire même de rejet (Robert surtout).
En effet, Danny est le genre d’homme qui ne sait jamais se tenir loin des problèmes, des petites magouilles en tout genre. Lui et son pote Eric O’Bannon, liés comme les doigts de la main, étaient même le genre de garçons qui, dans le temps, les cherchaient, histoire de défier l’autorité morale de la société. Et qui les cherchent encore. Par le passé, et à de nombreuses reprises, John, officier de police travaillant pour le bureau du shérif, a dû se salir les mains pour le sortir de ses emmerdes, et à essayer de calmer les choses dans la famille.
Mais si Danny est parti, ce n’est pas seulement pour ce tempérament à défier systématiquement l’ordre et la loi. La raison est plus profonde, et remonte à bien plus loin.

En dépit de son retour plein de repentance, cherchant à renouer avec ses liens avec la famille, Danny se retrouve rapidement mêlé à une lugubre histoire, impliquant trafiquants de drogue et d’immigrés avec des individus très dangereux. Une histoire dont personne dans la famille ne sera épargné.

Un drame familial. Correction : une tragédie familiale.

Bloodline est une série remarquable, et remarquablement bien construite. Le premier quart d’heure du show, très standard, présente de manière succincte les protagonistes. Mais passé cette introduction somme toute normée, le pilot nous projette à l’aide dans un flashforward à une énorme partie du dénouement de la saison, la voix-off de John (Kyle Chandler), narrant ses pensées concernant sa famille, et surtout lui-même, les conclusions auxquelles il est arrivé. Cette volonté scénaristique, cet effet de projection, est ce qui nous a viscéralement englouti dans l’histoire. Nous sommes directement insérés, et surtout pris dans ce récit qui, au fur et à mesure des épisodes, va se construire, prendre forme, et mener à ce même dénouement tragique que nous connaissons immédiatement.
On pourrait penser, dès lors, que tout est spoilé. Il n’en est rien, car ce que la construction narrative permet, c’est de voir un évènement, mais bien évidemment ni les tenants ni les aboutissants de ce même évènement. On voit quelque chose se passer, on appose des théories dessus, mais on ne peut être sûr de rien. C’est ainsi que le récit nous happe.
Ce flashforward passé, nous retournons à la trame principale. Et c’est là que s’appose un deuxième effet viscéral, celui de tension grandissante, un véritable crescendo émotionnel. Derrière ses airs d’ange, nous voyons surtout, successivement, la tension que provoque l’arrivée de Danny, sur les membres de sa famille. Les questionnements, les doutes, la nervosité voire même l’angoisse que son retour déclenche.
En étant l’espèce de vilain petit canard de la famille, et en agissant pourtant plus ou moins comme si de rien n’était, Danny révèle un grand nombre de palettes dans les émotions de chacun des protagonistes, des traits de caractère, et surtout le fonctionnement de cette famille « bien sous tous rapports ».

Casting 4 étoiles : coup de pub ou coup de force ?

La réponse est on ne peut plus évidente. Ce casting n’a rien d’un coup marketing de la part du network américain. Si lesshowrunners de la série (Todd A. KesslerDaniel Zelman et Glenn Kessler) l’ont voulu en particulier, c’est qu’il y avait une raison bien particulière.
Chacun des acteurs prouve son talent à des maintes reprises, et donne ainsi au show tout la puissance nécessaire au développement de son intrigue.
Ainsi, Kyle Chandler donne au personnage de John, sorte de pivot de la famille, toute la sensibilité nécessaire à son personnage pour à la fois tenter de sauver son frère de ses démons intérieurs – des démons qu’il a contribué à créer – et en même temps la force de faire ce qui doit être fait. En ce sens, son personnage est probablement l’un des plus intéressants à notre sens, car il est inlassablement tiraillé dans son devoir familial.
De la même manière, Ben Mendelsohn (révélé en grande partie pour son rôle dans Animal Kingdom de David Michôd (2011)) permet de donner au personnage de Danny une complexité profonde. Sous ses apparences de fils repenti, empruntant vaguement le retour du fils prodigue se cache en vérité un individu perdu, dont la souffrance a fait de lui un homme cruel que l’on ne peut pas détester en dépit de ce qu’il est clairement : un menteur insidieux, un manipulateur vicieux, et surtout un individu dangereux.
Pour autant, cette série n’est pas un simple face-à-face assez classique entre deux frères. Certes cette dynamique prend une certaine place dans la série, mais elle appartient à un grand ensemble, le portrait de cette famille déchirée par les non-dits et la puissance paternelle (et maternelle, ne vous leurrez pas).

En conclusion…

Netflix et les showrunners de la série dressent un portrait édifiant (et terrifiant) de la « famille parfaite américaine ». Tout en parvenant à insérer des problématiques actuelles (la lutte contre le trafic de drogues, l’immigration clandestine), le show arrive à faire émerger d’un sujet traité à maintes reprises, quelque chose de pertinent à l’heure où les structures familiales changent toutes les dix minutes.
Sa structure narrative permet ainsi d’explorer les différentes époques inhérentes à l’histoire, les différents âges des personnages, mais aussi leurs états, afin d’éclaircir le trauma collectif responsable de la situation dans laquelle se trouve les personnages.
On suit alors le déroulement des évènements en sachant comment les choses vont finir, et en découvrant avec stupeur les nombreux secrets propres à cette famille.

À peine sortie, Netflix a annoncé le renouvèlement de Bloodline pour une deuxième saison, une nouvelle qui ne nous a pas du tout surpris, tant la qualité était au rendez-vous. Un an à attendre, ça va être long !

 


avatar Maxime le 30/04/2015  -  commentaires

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