Chronique série

Girls

Girls

Les séries « girly » existent depuis aussi longtemps que la télé elle-même et les JT. Il y en a tellement qu’on ne saurait même pas par où commencer si l’on voulait se faire une vague idée du genre. Assez tristement, il est souvent malmené car régulièrement mal pensé (les ados sont connes, que voulez-vous). Alors ça devient « ringard », « niais », « niant niant », « suintant de bons sentiments dégueulasses » etc. etc.

Pourtant quand on est tombé sur l’affiche de Girls en 2012, rien de tout ça ne nous est venu à l’esprit. On s’est seulement dit « tiens, celle-ci a l’air différente ». Et puis la lecture du synopsis nous a clairement poussé à jeter un œil au pilot.
Trois ans plus tard, alors que la quatrième saison vient de s’achever, le constat reste toujours le même : Girls est certes une série girly, mais tellement plus que ça aussi !


« Femmes, je vous aime… »

Bien qu’on ne connaisse pas vraiment cette série (grands dieux, qu’on nous en garde), Girls est très probablement l’héritière directe de Sex & The City à l’ère des iPhone 72, des tatouages en stickers et de la norme du « homme = barbe ». En bref,Girls a clairement l’apparence d’une série de hipster, un peu comme Looking (dont on vous parlait hier ici), et joue majestueusement avec cette catégorisation. Mais on s’éloigne de l’objet de ce paragraphe.

Girls suit les pérégrinations de 4 new-yorkaises dans la vingtaine, tout juste sorties des études. Nous avons ainsi Hannah, personnage égocentrique et (dé)complexé par son corps, dont l’esprit analytique ronge ses interactions sociales, Jessa, la vagabonde haute en couleurs et hippie notoire, nihiliste en permanence dans la contestation (CHECK THAT ASS), Marnie, la Lolita cul cul en manque d’amour et en quête d’identité, et enfin Shoshanna, personnage complètement inondée par des pensées en tous genres, le cul coincé de la bande si on veut.
Cette petite quadrature du cercle féminine est entourée de personnages masculins, dont les plus marquants sont Elijah, le gay de la bande, Adam, le « plan cul » d’Hannah et Ray (sur lesquels on reviendra un peu plus loin).

Ce petit tour des personnages fait, que peut-on dire de l’intrigue, si ce n’est qu’il n’y en a pas ? Voilà, ça, c’est dit. Girls n’a pas d’histoire, ni même à vrai dire d’objectif autre que celui de suivre l’évolution de ses personnages, leurs choix, leurs questionnements, leurs doutes, leurs trébuchements, etc. etc. C’est un choix, un parti pris auquel on accroche ou pas. Deal with it.

New York, New York

En plus d’être toutes les deux produites par la même chaîne (HBO), il est clair que Looking (créée deux ans après) et Girlspartagent énormément de points communs : même thématiques, personnages dans les mêmes dispositions mentales de remise en question permanente de ce qu’ils font/sont, etc. Pour autant, il ne s’agit ni de plagiat, ni de redite. Les deux séries explorent effectivement les mêmes pistes de réflexion et temporalités (le passage à l’âge adulte), mais chacune à sa manière, avec des points de vue différents et nombreux : rebelle, désaxé, réaliste, adulte, anxieux, angoissé, joyeux, etc.

De la même manière que Looking a été pensée à San Francisco, Girls l’a été avec New York. C’est d’ailleurs très probablement un des éléments qui a séduit autant de monde dès la première saison. On voit New York à travers des yeux jeunes, contemporains, parfois innocents, parfois moins.
On regarde cette fourmilière géante vivre comme on pourrait écouter un “Last Night” de Moby en pleine nuit, tout en posant notre regard sur des personnages particuliers, des sortes de guide, et l’on comprend que l’objet de la série n’est pas seulement les états d’âmes d’une bande de filles, mais la place des individus dans la ville, et dans la vie. Il n’y a certes rien d’extraordinaire là-dedans, la thématique ayant été traitée maintes et maintes fois, mais il faut bien le dire, rarement cela a été fait de manière aussi proche de ce que l’on pense être la réalité.

Une affaire de bon sens

Si la ville prend une place énorme dans le discours général de Girls, ce sont avant tout les personnages eux-mêmes qui font la force de la série. Clinquants, honnêtes, droits, menteurs, et l’on en passe, Girls se tare d’un panel de caractères assez large.

On ne va pas vous refaire la présentation, mais simplement insister sur deux personnages, à savoir Adam (joué par Adam Driver, que l’on verra en décembre prochain dans le très attendu Star Wars VII) et Ray (interprété par Alex Karpovsky). Si l’on vous parle de ces deux personnages, c’est parce qu’ils sont à la fois les plus étranges dans la série, mais également les plus normaux. Paradoxe paradoxe… On s’explique.

Les pérégrinations intellectuelles et mentales de ces 4 nénettes sont tellement pleines de contradictions qu’elles en deviennent bordéliques à un point où la réalité devient complètement floue et immatérielle. Si bon nombre de spectateurs ont pu se retrouver dans cette manière de voir les choses du monde, on a été beaucoup plus séduits par le cartésianisme et le pragmatisme de ces deux personnages masculins, amochés certes, purs outsiders démolis par la vie, mais toujours en quête de ce qui juste.
Curieusement donc, ce ne sont pas les 4 personnages principaux qui, pour nous, ont fait le show, mais bien ces deux garçons, bons potes parfois en opposition, mais qui s’attachent à remettre un peu d’ordre dans le bordel de leurs potes, à soutenir les intrigues qui sont les leurs par leurs avis masculins.

En conclusion…

Girls n’est pas une série pour filles comme les autres. Ce n’est pas nécessairement un chef d’œuvre ou une révolution, mais elle a au moins le mérite de proposer plusieurs lectures possibles au spectateur. On peut très bien s’arrêter aux tribulations de 4 nénettes et à leurs histoires de fesse/d’amour. OU, on peut pousser un peu plus loin le truc, kiffer leur légèreté comme leur auto-apitoiement, voir un peu plus loin que ça.
Mine de rien, on s’en est tapé quelques séries de meufs : Awkward.Newport BeachDawson’s Creek ou même Smallville (oui non, qu’on ne vienne pas nous dire que c’est une série de super-héros), et jusqu’à présent, toutes dressaient le même portrait débile de l’adulte émergent en mal de sa vie.

Il était tant que ça cesse. Et pour ça, on ne peut qu’adresser un grand merci à Lena Dunham et à Judd Apatow. Merci, vraiment.

 


avatar Maxime le 16/04/2015  -  commentaires

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