Chronique série

Looking

Looking

En 2012, une inconnue d’à peine 25 ans parvient à proposer à un producteur reconnu une série axée autour de la vie de 4 jeunes new-yorkaises. Elle s’appelle Lena Dunham, et lui Judd Apatow. De leur collaboration naîtra Girls, un show produit par HBO (True DetectiveGame Of Thrones), qui dès la première saison, crève le plafond auprès des plus jeunes et est désormais connu de pas mal de monde. Elle est qualifiée de génie, lui de visionnaire. Ce que ce « pas de mal de monde » ignore pour sa plus grande partie, c’est que cette série a eu une petite sœur, Looking, créée par un certain Michael Lannan.

Contrairement à son aînée (qui a été renouvelée pour une cinquième saison), Looking n’aura eu le droit qu’à deux printemps. La deuxième saison s’est achevée le 23 mars dernier et, la faute à des audiences un peu faiblardes, n’a pas été recommandée par HBO.
Une nouvelle que l’on a appris récemment et que l’on considère ici à la rédac’ comme dramatique, tant cette série avait réussi à se détacher de l’étreinte fraternelle, et même à s’élever à un plus haut niveau.


« Quand San Fransisco se lève… »

Patrick, Dom et Augustin sont trois amis vivant à San Francisco. Ils sont tous les trois homosexuels, ont passé la trentaine, et passent le plus clair de leur temps ensemble, à faire la fête, à picoler, à rigoler. À profiter de la vie en somme, du mieux qu’ils peuvent. Et puis à se poser des questions en tout genre. Sur l’amour, le couple, l’identité, la vie, etc.
Augustin est artiste, et en couple avec Frank qui le soutient dans sa carrière. Patrick travaille dans une boîte de jeux vidéo, et cherche à rencontrer quelqu’un en dépit de son esprit un peu trop fermé parfois. Quant à Dom, le plus âgé, il cherche à monter un petit business, à rencontrer du monde, mais est dans les faits carrément paumé du haut de ses 40 balais.
Tous trois font un peu leur vie ensemble et chacun de leur côté. Ils se débattent, mais surtout cherchent quelque chose… L’amour, un but, une conviction.

Let’s cut the crap, shall we?

On va vous éviter un long résumé de la série qui, en plus d’être épuisant, n’aurait pas vraiment de sens (et ne serait tout simplement pas possible). Looking n’en a pas besoin, car elle n’a pas vraiment, de la même manière que Girls, de ligne directrice.
Ce n’est pas l’histoire de trois homosexuels qui vont se mettre à dealer de la méth’ ou qui vont déterrer une Porte des Étoiles, mais simplement l’histoire de trois hommes en construction.

La série s’attache à conter les (més)aventures, les moments de joie comme les moments de tristesse de ces trois amis, à montrer ces instants fatidiques, ces étapes qui les poussent à passer d’un état à un autre. À capter les moments de la vie dans toute leur beauté. Leur quête de l’amour, de l’identité, d’une vie qu’ils veulent vraiment. À les montrer la traverser, elle et son lot de merdes, les problématiques inhérentes à ce qu’elle est, etc.

Derrière ce postulat qui peut peut-être vous apparaître comme peu reluisant (voire rébarbatif) se cache dans les faits une série extrêmement bien menée, tant au niveau de la réalisation que de la narration, tout en étant juste, drôle et attachante.
Les interactions entre les personnages, tous bien différents les uns des autres, sont le sel de cette série. Chacun d’entre eux est le porteur d’une richesse folle, d’une psychologie profonde, et pourtant génèrent un sentiment étrange de légèreté, de candeur et de beauté de la vie.

Dit comme ça, ça ressemble clairement à un pétard que s’envoie un hippie, le genre de truc que l’on dégueulerait par la bouche aussitôt dit (aussitôt fait). Mais ça serait bien mal résumer cette série. Looking apporte un regard simple sur des individus complexes, sans pathos, sans dramaturgie, sans rien de plus que le réel en bandoulière.
L’exemple parfait de cela est le personnage d’Eddie, apparu dans la saison 2. Sorte d’animateur dans un centre social pour jeunes transsexuels, Eddie est le genre de hipster qu’on bafferait dès la première punchline. Pourtant, derrière ses airs de gros nounours bourru, Eddie est séropositif. On pourrait écrire « sad face », mais c’est précisément ce qu’évite la réalisation : elle ne laisse pas le personnage être définit par ça. On le voit tout le temps épanoui, intègre et sensible. Ce qui devait être auparavant un symbole de la décadence et de la dépravation est au sein de la série présenté comme un personnage bien plus profond et attachant, dont on peut voir émerger bien des facettes de la grande Humanité normée et coincée. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

En conclusion…

Ce qu’il y a d’amusant avec Looking, c’est que ce n’est pas vraiment une série sur l’homosexualité. Finalement, on se tape royalement du fait que ses trois personnages « principaux » soient gays. Certes le sexe est présent dans cette série, et certes on voit clairement des actes sexuels à l’écran, mais les choses sont tellement banalisées et dédiabolisées que l’on n’y accorde plus vraiment d’importance.

On ne va pas dire non plus Looking résonne comme une série hétérosexuelle, mais la série parvient créer intelligemment sa propre norme en faisant un petit fuck à LA norme. Elle n’est pas revendicative ou quoi que ce soit d’autre. Intelligemment donc, elle se contente simplement d’exister pour faire avancer sa pensée et son discours qui se veut beaucoup plus ouvert et moins nombriliste (à la « NOUS LES GAYS ») que bien d’autres séries.

On a été terriblement déçu d’apprendre l’annulation de cette série. Mais, merci Twitter, on appris une bonne nouvelle : Michael Lannan a annoncé qu’un film viendrait conclure proprement la série qui, pour le moment est un peu laissée pour compte.

HAPPY FACE!

 


avatar Maxime le 15/04/2015  -  commentaires

commentaires

Commentaire ajouté avec succès