Chronique série

The 100

The 100

Depuis 2006, The CW est un de ces networks américains qui se disputent la part de ce juteux gâteau des séries télévisées. Si HBO nous offre des séries d’une qualité proche du cinéma, que Showtime s’occupe des drames, le créneau de The CW est bien plus terre à terre : les 18-34 ans, c’est-à-dire nous, les nouveaux teenagers attardés des temps modernes.
Il est de notoriété publique que depuis 2004 et la diffusion du pilot de Lost, les séries tendent à occuper une plus grande part de notre temps libre (et de notre temps de travail, on vous connait bien bande de petits chenapans) !
Sans vraiment le savoir, notre génération est devenue le nouvel El Dorado, la somme de toutes les envies de ceux qui veulent capter notre attention.
Jusqu’alors, The CW occupait presque tous les créneaux en matière de genre : le fantastique (Supernatural), les vampires (Vampire Diaires), les romances (Heart Of Dixie), ou encore les super-héros (ArrowThe Flash). Mais il y en a un que le network avait jusqu’à présent laisser à d’autres : la science-fiction.
En mars 2014, la chaîne diffuse le pilot de The 100, une série post-apocalyptique résolument décidée à nous sauver du monopole de SyFy, un acte des plus altruistes à nos yeux.

Les aventuriers de l’Arche perdue


The 100 prend place après ce qui a été la Troisième Guerre mondiale. Les causes ne sont pas exactement connues, mais ce qui apparaît comme clair, c’est que les bombes atomiques ont fait de la Terre une planète inhabitable.
Lors de cet évènement terrible, 318 survivants sont parvenus à joindre de nombreuses stations spatiales afin d’en créer une gigantesque, appelée communément l’Arche.
97 ans plus tard, l’Arche est devenue une colonie humaine de 4 000 individus, orbitant autour de ce monde perdu. En dépit des efforts collectifs pour maintenir la station opérationnelle, l’Arche est condamnée. C’est une utopie qui n’a ni l’équipement, ni les ressources, ni la main d’œuvre compétente pour faire prospérer la société qu’elle abrite.
Devant l’inéluctabilité de la situation, le Chancelier Thelonious Jaha, qui se voit régulièrement contraint à laisser au vide spatial des individus devenus « inutiles », décide d’envoyer sur Terre 100 jeunes prisonniers, jugés eux aussi inutiles au bon fonctionnement de la station. En un mot, des ressources gaspillées. La mission est simple, mais suicidaire : vérifier si oui ou non la Terre est redevenue une planète habitable, et si possible rejoindre le Mont Weather, une base militaire souterraine supposément pleine de ressources et équipements.
Clarke, Finn, Bellamy, Octavia, Monty et Jasper comptent parmi ce détachement composé par la force à cette mission suicide.
Lors de la rentrée dans l’atmosphère, l’émetteur radio du module est endommagé, rendant tout contact entre l’Arche et les « 100 » impossible, mais dévie également de plusieurs kilomètres du Mont Weather.
Après un atterrissage mouvementé, les 100 survivants constatent, contre toute attente, que la Terre est tout à fait à même de soutenir la vie. Une petite société s’organise, sous le commandement de Bellamy, leader né et aîné de cette communauté.
Au cours d’une exploration joviale des environs, des animaux mutants sont vus (un cerf à deux têtes, un monstre dans les eaux d’une rivière). Mais alors que tout semble bien se passer, Jasper reçoit en plein thorax une lance.
Le rapatriant au plus vite au campement, Clarke, dont la mère Abby est l’un des meilleurs médecins de l’Arche, parvient à lui sauver la vie de justesse.
Face à cette attaque, Clarke et Bellamy comprennent qu’ils ne sont pas les seuls à vivre sur cette bonne vieille Terre, et que quelque chose les regarde attentivement, et dangereusement…

Comme dit l’adage : ne jugez pas un livre à sa couverture.

La promotion de The 100 nous avait laissé curieux mais méfiants, le pilot intrigués mais consternés. Petites explications.
The CW ayant grossièrement pour cible les adolescents, il ne faut pas trop compliquer les intrigues et les relations entre les personnages. Ceux-ci doivent être stéréotypés afin que l’ado lambda puisse rapidement s’identifier à l’un d’entre eux (l’ado lambda est con, qu’est-ce qu’on y peut). Il y a donc Bellamy, l’aîné, le roc autoritaire, Clarke, la blondasse bien plus intelligente qu’il n’y paraît, Octavia la bonnasse bourreau des cœurs, Finn le beau gosse Head’n’Shoulders, et le combo Jasper/Monty, les geeks. C’est si mal camouflé que ça en devient presque insultant pour le spectateur.
Ainsi s’ouvrait le pilot : des ados forniquant dès leurs premiers pas sur la Terre (sans sexe, une série n’est pas sexy), des balades dans les bois où tout le monde chante Kumbaya, des dialogues milieux à la « je t’aime, moi non plus », et puis de la peur, insipide au mieux. BREF. Les premiers épisodes furent pour nous difficiles à traverser.
Mais pourtant, il y avait quelque chose dans The 100 qui est parvenu à nous tenir en haleine le temps d’un changement d’état. Un ton, une atmosphère post-apocalyptique relativement bien mise en scène.
Car si nous vous parlons de cette série, ce n’est pas parce que l’on est sadique, et que de temps à autres, en enfoncer une nous fait franchement plaisir. Si l’on vous parle de The 100, c’est parce que cette série nous a complètement bluffé !

Tout d’abord, on assiste à la naissance d’une micro société, originellement organisée autour du pouvoir martial (la force (masculine), l’ordre), incarnée par Bellamy.
Mais rapidement, le pouvoir de la raison, du bon sens, émerge de ce totalitarisme, à travers le personnage de Clarke. Si ces deux personnages s’opposent de manière quasi permanente tout en se respectant pendant une large partie de la première saison, Clarke parvient à faire reculer, par la force de son caractère, Bellamy. Et même à prendre le dessus sur lui. C’est donc un double combat quasi éthique et moral auquel on assiste dans cette série faite, rappelons-le, pour des ados boutonneux ou en mal de selfies : la raison contre la bêtise, la femme contre l’homme. SCOTCHANT.
Passés ces premiers épisodes simplistes au possible, et la constitution de cette micro société, le groupe est confronté à des évènements, mais surtout à des choix auxquels on ne s’attendait absolument pas. Mieux, il se révèle capable de résoudre les situations auxquelles ils ont affaire par des alternatives tout aussi surprenantes et inattendues.
Des choix éthiques et moraux pertinents, posant vraiment la question de « et si j’étais dans cette situation, qu’est-ce que je ferais ? ».
Littéralement, la série redore le blason de l’ado con et stéréotypé, et en vient même à le transformer en jeune adulte intelligent. À tel point qu’une fois que certains adultes « matures » sont intégrés au récit, ils apparaissent comme dépossédés de la prétendue sagesse que l’âge leur offre. SURPRENANT.

En conclusion…

The 100 est une série très curieuse, et surtout étonnante ! Là où l’on s’attendait à un show axée soap grossier avec des romances interminables et débordantes à souhait, à des intrigues vaguement travaillées, elle offre tout autre chose. Presque à de la sociologie, de l’anthropologie voire même de la philosophie, appliquée au petit écran, et pour les jeunes (mais pas que). FOU FOU FOU !

Alors okay, peut-être qu’on pousse le bouchon un peu loin en disant tout ça, mais il n’empêche qu’à défaut d’être de la philosophie appliquée, The 100 est une très bonne série, servie par un casting certes standardisé, mais qui tire le meilleur partie de cette situation initiale.
C’est vraiment à croire que les séries sont en train de devenir un nouveau moyen pédagogique pour apprendre (regardez House Of Cards), et si c’est le cas, l’idée est loin d’être stupide !

En tout cas nous, on est en passe d’en être convaincu !

 


avatar Maxime le 02/04/2015  -  commentaires

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