Chronique série

Banshee

Banshee

Cela fait maintenant quelques années que le combo sexe + série forme un duo sulfureux. La preuve la plus tangible de cela, c’est bien évidemment Game Of Thrones, dont les lettres de noblesse se sont (en partie) forgées sur la mise en avant récurrente de scènes érotiques voire carrément obscènes (on se souvient tous, dans la première ou la deuxième saison, de cet épisode qui n’avait montré aucune image de cul, et qui avait enflammé la Toile, ou encore de Jaime culbutant sa sœur Cersei dans le pilot).
Ce créneau existait avant Game Of Thrones, et il lui survivra, il n’y a aucun doute possible à ce sujet. Le cul à la télé, ça plaît.

Certaines séries s’en sont fait une marque élégante (Masters Of Sex), d’autres l’utilisent à d’autres fins. C’est comme ça qu’on est tombé sur Banshee. Sur une scène de cul qui passait alors qu’on zappait sur Cinemax. La scène, très… directe, nous a vivement intrigué, et nous a poussé à regarder au moins le premier épisode. Un premier épisode haut en couleurs. Notamment le rouge.


Lucky Luke

Un homme sort de prison. Sa première action vertueuse, c’est de voler une bagnole, puis de mettre le cap sur New York. Là, il arrive dans un salon d’esthétique et y retrouve Job, un homme plein de surprises.
Ces deux personnages se connaissent. Ils remontent à loin. Le premier homme n’est là que pour une chose : une adresse, que Job se refuse au début de lui donner. Jusqu’à ce que le premier homme se mette à saccager son bureau. Cédant sous la pression « amicale », Job lui donne l’adresse. À son départ du salon, l’homme est suivit. Il le sait, il connait l’homme qui le suit. Instantanément, une course poursuite démarre et se solde par l’échange courtois d’une voiture volée avec une moto carjackée. Cap vers la Pennsylvanie.
Banshee est une petite ville, à la lisière des territoires amish et amérindiens. Une ville en apparence tranquille, bien sous tous rapports, mais qui en réalité, bien évidemment, cache de nombreux secrets.
À son arrivée, l’homme se rend à l’adresse donnée par Job pour y retrouver une femme. Cette femme, c’est celle qu’il a aimé, et la raison pour laquelle il a été à l’ombre pendant 15 longues années. Celle qui avait promis de l’attendre.
Mais la vie n’est pas une ligne droite. Carrie a refait sa vie. Mariée, deux enfants.
L’homme se rend alors dans le premier bar digne de ce nom pour encaisser le choc, et fait la connaissance de Sugar, le tenancier. Ils sympathisent. Boivent un verre ensemble. Et puis un autre homme arrive pour les mêmes raisons. Il se présente :Lucas Hood, futur shérif de Banshee. Les trois hommes discutent. Et puis deux autres hommes arrivent, avec des intentions bien différentes : voler la caisse de Sugar.
Hood, qui n’est pas encore shérif, leur fait clairement savoir que ce plan n’est pas très futé.
Une discussion comme celle-ci ne pouvant se faire autrement qu’avec un flingue braqué vers la tête de l’autre, les choses deviennent… tendues. C’est alors que l’homme s’interpose entre le représentant de l’ordre et le voleur, leur rappelant par la logique que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Mais Hood n’est pas de cet avis, et engage le combat. Il parvient à abattre l’un des deux malfaisants, mais se fait tuer par l’autre. L’homme neutralise le dernier, et avec l’aide de Sugar, enterre les corps. Tous deux ont suffisamment de casseroles au cul pour savoir que quand on a l’opportunité de s’en éviter une, il vaut mieux la saisir.
Et puis un plan émerge dans la tête de l’homme. Personne n’a vu Hood, personne ne sait à quoi il ressemble, à part Sugar, les deux hommes au sol, et lui-même. En soi, c’est un John Doe, un soldat inconnu.
Et quel meilleur pied de nez à l’ordre et à la justice que d’usurper l’identité d’un flic que personne n’a jamais vu ? Un plan risqué certes, mais audacieux. Un plan qui lui permet de rester à Banshee, près de Carrie.
Un plan qui fonctionnera un temps… plus ou moins… avec quelques meurtres dans le process.

Bad Son

En 2008, la série Sons Of Anarchy ouvrait un bal auquel peu de gens ont voulu participer : celui de ceux défiant l’ordre et la justice. Kurt Sutter, le créateur, a pris cette caméra tournée autrefois vers les gentils policiers de CSI ou NCIS, et l’a braqué sur les hors-la-loi, les taulards, les putes, les trafiquants etc. et a donné lieu à l’une des meilleures séries jamais diffusées sur le petit écran, au même titre que Breaking Bad.
Force est de constater que 7 ans plus tard, ces deux séries ont déblayer bien du terrain : Banshee est clairement l’héritière de ces deux géants. Violente, crue, sanglante, froide, directe. Bien qu’il ne s’agisse pas de la chose la plus intelligente à faire, il est très difficile de ne pas comparer ces trois séries les unes aux autres. Pour autant, Banshee ne plagie pas ses aînées, elle s’en inspire. Les mondes dépeints dans ces trois shows sont similaires en tous points, mais les enjeux sont tout à fait différents.
La série explore des thématiques déjà présentes dans ses pères, mais les approchent différemment. La question raciale (notamment via le personnage de Bunker, introduit très récemment), la difficulté à définir et à trouver la justice, celle à avoir un mode de vie différent dans une société normée (le personnage de Kai Proctor et la communauté Amish), la double identité, la triste importance de l’apparence (Bunker encore une fois), l’équilibre entre action et réflexion, etc. sont autant de lignes directrices que l’on peut trouver dans ce show qui se veut résolument BAD ASS.
Car oui, si le nouveau Lucas Hood enterre trois corps avec son copain Sugar (qu’il vient à peine de rencontrer) sans trop se poser de questions, c’est peut-être que ce mec est juste BAD ASS. Que l’idée de faire à nouveau face à la justice ne l’effraie pas particulièrement.
La série a cette force qu’elle immerge directement le spectateur dans son univers, et le ton qui est le sien, explore le passé à coups de flashbacks intelligemment distillés et rie d’elle-même. La plupart des personnages présents dans Banshee sont pratiquement impossibles, et pourtant, les scénaristes leur donnent une consistance et une cohérence convaincante. Leurs comportements sont souvent dans l’excès, mais toujours contrôlé. C’est cet équilibre qui donne à Banshee son originalité, et sa puissance.

Des inconnus, mais quels inconnus !

Côté casting, le show ne compte pratiquement que des inconnus du grand public. En établir la liste serait une tâche longue, mais ce que l’on peut vous dire, c’est que l’intégralité du casting gère la série avec brio. Tous sont détestables ET adorables à la fois.
Antony Starr, sorte de belle gueule conventionnelle, baiseur professionnel, donne à Hood tout la froideur et le silence nécessaire à son personnage pour s’exprimer. Ulrich Thomsen, dans le rôle de Kai Proctor, amish déchu et ennemi juré de Hood lui donne toute la politesse la plus infâme du monde. Hoon Lee dans le rôle de Job est à mourir de rire, tant dans sa gestuelle que dans ses tenues vestimentaires, et l’imposant Geno Segers dans le rôle de Chayton, un indien extrémiste toute la peur et la bestialité qu’il puisse être donné à un homme.
Mais la mention spéciale, elle revient à Tom Pelphrey. Ce personnage, introduit très récemment dans la saison 3, promet énormément. Il incarne Kurt Bunker, un ancien néo-nazi cherchant la pénitence de ses péchés en mettant ses compétences au service de l’ordre. L’émotion, dans Banshee, est assez rare. Mais quand elle est là, elle se sent, et le personnage de Kurt l’incarne à chaque plan.

En conclusion…

On va tenter d’être bref. Banshee est une série frontale et jouissive, parfois émouvante, touchante, mais terriblement sanglante et violente.
En ce sens, elle n’est pas à mettre entre toutes les mains. Si les « noces pourpres » de Game Of Thrones vous ont laissé sans voix, attendez de regarder Banshee.

On avait un peu peur que la saison 3 s’essouffle, mais il n’en est rien. La saison 3 est probablement la meilleure à ce jour, et annonce une quatrième saison redoutable.
Vous l’aurez compris : Banshee est une série à voir, pour peu que vous supportiez la vue du sang. Car il y en a. Beaucoup.

 


avatar Maxime le 20/03/2015  -  commentaires

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