Revue série

Utopia

Utopia

Dès les premières minutes, la série thriller britannique Utopia, créée en 2013 et diffusée sur Channel 4, met ce que l’on pourrait nommer un bon coup de pied dans la fourmilière. Cette claque que nous, spectateurs innocents, prenons, nous accroche direct et nous donne envie de creuser un peu plus profond dans les arcanes de cette série pas comme les autres. En effet, au-delà de cet aspect graphique pimpant et de cette bande-son magistrale dont nous parlerons par la suite, des questions – dont on veut connaître les réponses – s’offrent à nous.

Elle commence dans un magasin de comics, où deux hommes font irruption, a priori à la recherche d’un document particulier. L’un des deux pose alors cette question que les fans connaissent maintenant bien : Where is Jessica Hyde?. Les choses s’emballent alors très vite, et l’on comprend que ce sont les bad guys de l’histoire et qu’ils ne sont pas là pour rigoler. Bien que la série ait souvent recours à des scènes chocs, et parfois franchement dérangeantes, celles-ci sont toujours justifiées par le scénario, et il ne s’agit nullement de violence gratuite. Pour l’anecdote, il semblerait que certaines d’entre elles aient été censurées lors de la diffusion du show sur Canal +. Où sont passés les vrais hommes, pas vrai ?


Le projet Janus, ou quand la fin justifie les moyens

Le topo est le suivant : quatre personnes, qui n’ont rien à voir entre elles, se rencontrent car celles-ci sont toutes en possession d’un manuscrit de ce qui aurait pu être le tome deux d’un comics célèbre, « Utopia », créé par un auteur fou, ce qui se ressent dans les pages sombres et torturées de l’œuvre que nous pouvons parfois apercevoir. Les personnages vont apprendre très vite à leurs dépens que ce manuscrit renferme un secret capable de changer la face du monde, le projet Janus, et qu’une organisation secrète est prête à tout pour s’en emparer. Ainsi, les seules solutions qu’il leur reste sont la fuite et la lutte. C’est à travers ces éléments que la série tient en haleine jusqu’au dénouement, car l’on veut savoir comment les personnages vont, premièrement rester en vie, mais aussi quel est ce projet Janus et pourquoi tout le monde s’y intéresse tant. La seule personne qui semble connaître la vérité serait Jessica Hyde, et sa traque occupe une large partie de la série.

Et toi, tu ferais quoi ?

À notre sens, le principal point fort d’Utopia est que l’histoire, bien qu’abracadabrante au premier abord, peut très bien être réelle, car tout se joue finalement au niveau des hautes sphères du pouvoir, où secrets et conspirations s’enchainent sans cesse. Sans tomber dans la théorie du complot, qui peut dire aujourd’hui qu’il n’existe pas des gens dont nous ignorons l’existence, cherchant à développer et à mettre en œuvre des plans aussi terribles que le projet Janus, dont l’effet pervers semble moralement indéfendable au premier abord. Et ce, en dépit du fait qu’un tel projet pourrait bien être la solution à toutes les crises que traverse l’humanité en ce début de XXIème siècle.

Ce sont des questionnements que vont se poser certains personnages de la série mais aussi le spectateur, qui n’hésitera pas à en débattre avec ses amis (ils ne manqueront d’ailleurs pas de faire preuve de mauvaise foi, vous verrez). On en viendrait presque à poser un nouveau regard, presque paranoïaque, sur la société qui nous entoure, en se demandant « en fait, mais pourquoi pas ? », faisant ainsi d’Utopia quelque chose d’à part. En effet, c’est par sa faculté à aller plus loin que le simple divertissement que nous en ressortons différents. En 2013, il s’agissait d’une des seules séries de ce calibre…

Une équipe qui fait son taff

La série est portée par des acteurs très peu connus du grand public dans l’Hexagone, hormis Nathan Stewart Jarett, qui joue ici Ian, que l’on avait vus dans Misfits, où il tient le rôle de Curtis, personnage qui possède d’ailleurs la meilleure sortie. Mais là n’est pas le sujet !
Malgré cela, certains des acteurs réussissent des performances notables, en particulier l’actrice Fiona O’Shaughnessy, qui tient à merveille son rôle de fuyarde solitaire en campant Jessica Hyde. Sans oublier Neil Maskell, que certains auront pu voir dans l’étrange film Kill List, qui campe très bien le rôle de machine à tuer dénuée de sens moral. Certaines des scènes ont d’ailleurs créé une petite polémique de par leur sadisme rarement vu à la télévision ces dernières années.
Dans l’ensemble, tous savent donner un sens très humain et logique aux personnages qu’ils campent, dans la mesure où ceux-ci réagissent comme le ferait n’importe qui dans une situation qui le dépasse. De temps en temps pourtant, on remarque des éclats d’héroïsme dans leurs actes, ce qui fait que nous ne pouvons qu’admirer ces personnages, plutôt que de les prendre en pitié (vous comprendrez…).

À ceci s’ajoute sa somptueuse bande-son, réalisée par le compositeur Cristobal Tapia de Veer, qui signe un travail de toute beauté, et pour laquelle il a d’ailleurs remporté une récompense (prix de la meilleure bande sonore originale aux Craft Awards du Royal Television Society en 2013). Celle-ci se veut volontairement enivrante et dérangeante à la fois, très appropriée à cette course poursuite permanente. Ses musiques nous transportent dans un univers particulier, et vous vous sentirez vous aussi traqué quand l’une ou l’autre des pistes passera au hasard dans votre mp3.

La traque s’achève

La saison 2 d’Utopia s’est achevé en 2014, sur un cliffhanger tout à fait comme on les aime. Dans la continuité de la première, la fuite continue. Les zones d’ombres s’éclaircirent, les personnalités s’affinent et se confrontent. Les showrunners se sont par ailleurs lâchés, et il faut ainsi noter que cette seconde partie comporte plus de scènes émotionnellement dures, notamment via l’apparition de flashbacks, là où la première n’en comptait qu’une seule vraiment marquante.

Malheureusement, Channel 4, à la suite d’audiences trop mauvaises, a décidé d’annuler la série. Et comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, l’adaptation américaine, qui devait être réalisé par David Fincher, a été annulée par HBO elle aussi.
Une bien triste fin pour une série atypique, qui porte à la réflexion, et dont la touche graphique au style bien flashy, dont les grands angles rappellent les romans graphiques, est sans équivalent dans le paysage télévisuelle actuelle.

 


avatar Jeremy le 06/11/2015  -  commentaires

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