Revue série

The Affair

The Affair

Les histoires de fesses ont toujours été vendeuses. Regardez Game Of Thrones. Si la série fonctionne aussi bien, c’est en partie pour ces quelques minutes volées de nus, d’ébats sexuels et érotiques sur lesquels quelque part nous bavons tous intérieurement.
Inceste, prostitution, adultère. Le monde du sexe regorge d’histoires toutes plus « sympathiques », excitantes et singulières les unes que les autres.

C’est sur cette dernière que la chaîne Showtime (elle encore) s’est attardée en octobre de l’année dernière, avec The Affair. Tout comme Homeland, la série a été renouvelée pour une nouvelle saison (qui a débutée il y a quelques semaines), les audiences ayant été plus que satisfaisantes pour le network américain.


The Affair n’avait a priori rien d’une série particulière. « Encore une histoire d’adultère » s’était-on dit un peu désespérés d’avance en commençant à regarder la série, visant probablement à surfer sur la vague exhibitionniste des scènes de sexe assez crues et à faire rêver la ménagère. On s’est pourtant laisser prendre au jeu. A posteriori, on a bien fait.

Once upon a time…

Noah Solloway a la quarantaine. C’est un homme comblé, marié depuis 20 ans à Helen, une femme issue d’une famille aisée, et père de quatre enfants. Il vit dans un petit appartement à New York, se plaît dans son travail de professeur, et a publié un roman qui a plus ou moins bien marché, ce qui ne l’empêche pas de se lancer dans l’écriture du deuxième.
C’est sur la route des vacances un peu avant d’arriver chez les parents d’Helen que Noah rencontre Alison Lockhart, une serveuse qui travaille dans le petit snack dans lequel la famille s’est arrêtée pour un encas.
L’attirance est immédiate, partagée. Rapidement les regards sont gênés mais envieux.
Alison est une femme plutôt discrète, presque inanimée. Quelques années auparavant, son fils Gabriel s’est noyé, la laissant elle et son mari Cole dans un chagrin sans fond. Mais à la vue de Noah, les choses changent, et l’envie de véritablement vivre à nouveau la gagne rapidement. À de multiples occasions, Noah et Alison vont se croiser. Sur le port de la petite ville, à une réception organisée par le beau-père de Noah, etc. Sans cesse ils se tournent autour l’un de l’autre, échangeant quelques mots sans grande importance, se dévorant perpétuellement des yeux. Jusqu’à ce que…
Après s’être longuement séduits l’un l’autre, Alison et Noah entament une relation adultère, dans ce cadre idyllique du bord de mer, à l’insu de leurs familles. Une liaison qui aura des conséquences dramatiques en tous points de vue.

Quel synopsis nian nian !

On ne peut pas être plus d’accord avec vous. L’adultère a été traité tellement de fois, dans la littérature, les médias et les productions audiovisuelles (cinéma, séries) que ça en devient lassant (comme les zombies et les vampires, ET PAN !). Oui. Mais.

Les créateurs, Sarah Treem et Hagai Levi (qui ont travaillé sur la série En analyse avec l’éminent Gabriel Byrne ou encore House Of Cards avec le toujours au top Kevin Spacey), n’ont en effet pas cédé à une narration classique des évènements (début – milieu – fin, CQFD). Ils ont même pris le contre-pied de celle-ci en en proposant une originale, ou alors bien peu utilisée à l’écran. Le schéma, bête comme chou, est le même sur les dix épisodes de la première saison : nous suivons dans un premier temps les évènements à travers la version de Noah, puis celle d’Alison. Régulièrement, des flash forwards s’insèrent dans les épisodes, liés à l’intrigue secondaire de la série, sur laquelle nous ne nous épancherons pas plus, les spoils étant à éviter, vous en conviendrez.
Le principe est tellement con qu’il est surprenant a posteriori qu’il ait fallu attendre l’année 2014 pour le voir adapté à l’écran, la notion de subjectivité des points de vue étant connue depuis… Voilà. Non pas que nous en revendiquions la paternité, mais nous sommes juste heureux de voir que les scénaristes aient encore quelques idées originales à proposer et à exploiter.

De fait, c’est toute la série et l’intrigue principale qui est chamboulée par l’utilisation de ce principe. Si Noah se souvient d’avoir vu Alison un jour donné habillée d’un haut bleu, Alison elle peut s’en souvenir d’une manière toute autre.
Parfois, les choses sont assez similaires. Mais parfois, elles sont radicalement différentes. Cette sorte de « jeu des sept erreurs » rend tout de suite l’intrigue principale incroyablement passionnante (et la deuxième que nous avons tu renforce ce sentiment). Par conséquent, c’est à chacun de décider à qui se fier, et à quel moment. Ce choix n’est bien sûr absolument pas nécessaire, et on peut très bien se laisser porter par le déroulement des épisodes, mais il est toujours intéressant de se poser simplement la question de savoir qui peut avoir raison. Mais la tâche est difficile car les deux versions proposent des versions tout à fait probables. Il n’est alors pratiquement question que de sensibilité.
Quoiqu’il en soi, les deux versions convergent vers le même point, et c’est là où la première intrigue (la liaison) rejoint la deuxième (A MURDER!).

Ce principe de donner à une série une double subjectivité est, nous semble-t-il, relativement nouveau, et on espère vraiment qu’il ne sera pas exploité à outrance à l’avenir.

Percy’s Creek

Une des raisons pour lesquelles nous n’avions pas vraiment envie de nous lancer dans The Affair était son casting, ou plus particulièrement à son poster promotionnel à l’ambiance dérangeante, donnant une image terriblement troublante aux deux personnages principaux.
Noah est incarné par Dominic West (300The Wire), un acteur relativement méconnu en France mais qui pourtant mériterait de l’être tant son interprétation passionnée surprend.
Quant à Alison, c’est Ruth Wilson (LutherLocke) qui l’interprète de manière intelligente, lui donnant dans la version de Noah toute une fougue et dans sa propre version une certain discrétion parfaitement jaugée.
Ce qui frappe énormément dans cette série, c’est au final l’alchimie, à laquelle au départ on ne croit pas trop, et qui pourtant se dégage furieusement entre Alison et Noah. Une performance rendue possible par le talent de ses deux acteurs.
À noter également la présence de Joshua Jackson (DawsonFringe) au casting dans le rôle de Cole, le mari d’Alison, une sorte de cow-boy rongé par le décès de son fils. Le reste du casting, un peu comme d’habitude dans les bonnes séries, réalise un très bon travail.

En conclusion…

The Affair nous a littéralement surpris. C’est vraiment à reculons que nous avons commencé la série, et nous voilà bien bêtes devant la fin de cette première saison qui a été très bien travaillée et maîtrisée. L’ennui est complètement absent, il n’y a pas de personnage tâche comme ça a pu être le cas dans Homeland et l’on se rend vite compte que même si certains peuvent être agaçants, tous sont liés.

Dès lors, on attend chaque semaine l’épisode de la deuxième saison. C’est comme ça !

 


avatar Maxime le 05/10/2015  -  commentaires

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