Revue série

Manhattan

Manhattan

Des séries sur les deux Guerres mondiales, on commence à en avoir quelques-unes. Band of Brothers : L’Enfer du Pacifique,BirdsongFrères d’armes, ou encore Parade’s End pour ne citer que les plus connues. Toutes, d’une manière ou d’une autre, se sont attachées à raconter le quotidien, l’horreur frontale de ces guerres (en y ajoutant parfois quelque romance). Mais jusqu’à maintenant, aucune ne s’était attachée à raconter l’histoire des hommes et des femmes de l’ombre. Ceux à qui l’on doit, aussi, ce très relatif état de paix dans lequel nous avons vécu depuis 1945. Un fait imputable, assez tristement d’ailleurs, à la mise au point par l’homo sapiens de l’outil le plus puissant et dévastateur qu’il ait pu inventer : l’arme nucléaire.
Depuis, nous vivons plus ou moins tranquillement, dormons paisiblement, sans vraiment réaliser que nous avons à notre disposition le moyen de notre possible extinction immédiate et globale façon Skynet. Que, finalement, à l’instar du Docteur Manhattan dans le comics Watchmen, il y a une sorte de dieu parmi nous. Un géant tranquille, mais qui peut très bien se réveiller, comme ça, par une belle matinée de Printemps.

Inspirée de faits réels, Manhattan a été créée par en 2014 par Sam Shaw (officiant en tant que scénariste sur certains épisodes de la série Masters Of Sex) et produite par la chaine WGN America. La série retrace ainsi l’histoire de scientifiques qui, au nom de ce but supérieur qu’est la paix, ont construit cette arme, au péril de leurs vies, de leurs familles, et de leurs idéaux.


Sortons voulez-vous, nos livres d’Histoire, page 57…

Si en mai 1945 l’Allemagne nazie a capitulée à Berlin, le Japon, membre majeur des forces de l’Axe, reste encore déterminé à poursuivre la guerre. Après l’attaque surprise sur la base américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, ayant eu pour conséquence somme toute logique l’entrée en guerre des États-Unis, le Japon s’est lancé dans une campagne visant à anéantir le reste de la flotte du Pacifique (qui n’était pas entièrement présente à Pearl Harbor). Une campagne qui durera pratiquement 4 ans, et qui se soldera par l’anéantissement de deux des plus grandes villes du Japon : Hiroshima, puis Nagasaki, les 6 et 9 août 1945.

Mais « Little Boy » et « Fat Man », les deux engins atomiques employés afin de raser ces villes, n’étaient pas les premiers à exploser sur notre toute petite planète bleue. Ces deux bombes sont le résultat d’une initiative à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale : le projet Manhattan. Cette directive, assez simple, visait à mettre au point avant les nazis la première bombe atomique opérationnelle. Une décision qui fût prise après que des renseignements soient parvenus auprès du Président Roosevelt, renseignements selon lesquels les nazis travaillaient sur un programme similaire.

La course contre la montre venait alors de débuter, et c’est dans ce contexte que prend place la série.

Jeux de guerre

Le projet Manhattan a, dans la réalité comme dans la fiction, été installé dans une région reculée et déserte du Nouveau-Mexique, à Los Alamos. C’est sur « la colline » que Robert Oppenheimer (interprété ici Daniel London, et qui lui donne une dimension quasi surréaliste) et d’innombrables scientifiques ont contribué dans le plus grand secret à la création de la première bombe A.

Frank Winter est l’un d’entre eux. Sa femme Liza et leur fille Callie l’ont suivi sur la colline pour être auprès de lui, le soutenir dans un travail dont personne ne peut parler. En cette époque de terreur maladive et de paranoïa collective, un seul modèle de cosmologie nucléaire prévaut : une bombe atomique à explosion, appelée « Thin Man ». Un projet validé par l’armée et dirigé par un ancien élève de Winter, Reed Akley. Alors que la majeure partie des scientifiques travaille sur « Thin Man » sans avoir vraiment avoir conscience de ce sur quoi ils planchent (un protocole de compartimentation des informations est mis en place par l’armée et quelques sommités scientifiques afin d’éviter les fuites), Frank travaille sur une autre théorie en laquelle il croit implacablement : l’implosion. Comme tout scientifique allant dans une autre direction que ses contemporains, il est à la fois respecté et admiré pour son intelligence, mais aussi incompris et rejeté pour ses choix. Lui et son équipe, composée de Glen Babbit, son ami et mentor, Louis « Fritz » Fedowitz, Paul Crosley, Jim Meeks et l’une des seules femmes scientifiques de la base, Helen Prins, sont ainsi, quelque part, la risée de la colline. Personne ne croit en leurs travaux, l’implosion étant considérée comme une impasse.

Lorsque Charlie Isaacs, un jeune et brillant physicien recruté par Akley arrive lui et sa famille sur la colline, il se heurte à l’hostilité outrancière et désinvolte de Winter, apparent connard notoire. Devant une telle défiance malhonnête, Charlie tente tant bien que mal de communiquer avec Frank, un homme qu’il considère par ailleurs avec beaucoup d’admiration. Mais après quelques tentatives désespérées visant à apaiser une tension qu’il ne comprend pas, une guerre plus ou moins ouverte est déclarée entre les deux scientifiques. Ce conflit va pourtant prendre fin lorsque Charlie découvre que « Thin Man » ne peut pas, mathématiquement et physiquement, fonctionner, et que seul un travail conjoint avec Frank Winter peut résoudre cette périlleuse situation.

For HE is watching you

Manhattan est une fiction basée sur des faits historiques plaçant des individus aux caractères souvent forts dans des situations à très forte pression. Une pression qui s’exerce à de multiples niveaux et sur tous les personnages : la guerre en elle-même (Frank se tient informé quotidiennement des pertes humaines engendrées par le conflit), la nécessité de se conformer aux règles de la base (une problématique rémanente à la femme de Frank), la peur de voir les nazis arriver à créer une bombe A avant les américains, mais aussi, et surtout, la paranoïa quotidienne, le lot de secrets et de mensonges que le privilège scientifique de travailler sur la plus grande entreprise militaire oblige.

De fait, personne n’est à l’abri de la véritable inquisition du gouvernement dans les affaires privées des scientifiques de la colline. La peur de l’ennemi domestique, de l’espion, est totale pour le gouvernement américain qui prend bien évidemment très au sérieux l’application militaire de l’énergie nucléaire. C’est dans ce climat précurseur de chasse aux sorcières que vivent ainsi les familles modèles de l’American Way Of Life.
Nul n’est intouchable, tout le monde est suspecté, soit d’être un traitre, soit de ne pas s’investir assez, de ne pas réaliser la gravité de la situation générale comme particulière. Dans ce lieu coupé de tout, où la marge de liberté est infime, où celle-ci n’est presque qu’illusion, se joue pourtant des chapitres déterminants de la petite histoire, comme de la grande.

En conclusion…

Diffusée sur une chaine câblée, Manhattan a été bien accueillie aux États-Unis, à tel point qu’une deuxième saison a été commandée pour 2015 (elle commence dans 15 petits jours), et que la série a été vendue en France à la chaine OCS Max. À l’instar de Masters Of Sex, il s’agit d’une série prestigieuse et intelligente explorant l’Histoire post Seconde Guerre mondiale des États-Unis. Ses changements de mœurs, de normes, son système social.

En plus d’une réalisation impeccable et d’un effort particulier de documentation sur les conditions de vie au sein du projet, d’un véritable travail effectué sur la psychologie des personnages, on peut compter sur les performances remarquables de son casting qui reste pourtant, dans sa grande partie, assez méconnu. On remarquera ainsi la présence de Olivia Williams (Maps To The Stars), Rachel Brosnahan (The BlacklistHouse Of Cards), Daniel Stern (les Maman j’ai râté l’avion SI SI !), Harry Lloyd (Game Of Thrones), Peter Stormare (The Blacklist), ou encore Mark Moses (Homeland).
Mais c’est évidemment à travers les performances de John Benjamin Hickey (dans le rôle de Frank Winter, scientifique aguerri à la limite du connard averti), et d’Ashley Zukerman, (interprétant le jeune mais néanmoins déterminé Charlie Isaacs) que la série prend toute sa mesure. Une grande partie de la série tient à ce duel entre ces deux esprits, appartenant à deux générations bien distinctes, aux parcours de vie bien différents et qui pourtant, aspirent aux mêmes choses.

En quelques mots : une série à voir, autant pour les férus d’Histoire que pour les curieux.

 


avatar Maxime le 29/07/2015  -  commentaires

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