Revue série

Ascension

Ascension

SyFy est souvent considérée comme LA chaine américaine de science-fiction. C’est elle qui a marqué un grand nombre de sérivores, voire même des générations, avec des séries comme X-FilesStargate (SG-1, puis Atlantis et enfin Universe), ou encoreBattlestar Galactica (et ses spin-off Caprica et Blood & Chrome), remake de la série originelle de 1978, et qui reste sans doute le dernier gros coup de la chaine privée.

Depuis, celle-ci a ouvert son catalogue à d’autres genres, notamment le paranormal et le surnaturel ainsi que l’horreur. Une décision régulièrement critiquée par un public fidèle, mais qui constate assez clairement (et malheureusement) que la qualité des nouvelles propositions n’est plus ce qu’elle était.
Depuis la fin des séries citées ci-dessus, aucun des nouveaux shows n’a vraiment marquer les esprits avec la magnitude qui était le propre des agents spéciaux du FBI Mulder & Scully, du Colonel Jack O’Neil et de SG-1, ou de l’Amiral Adama et du Galactica.
À chaque nouvelle annonce de la chaine, on espère que, peut-être, cette nouvelle série va faire la différence (on pense notamment à Helix) et redonner à la science-fiction ses lettres de noblesse sur le petit écran. Mais non. Systématiquement, tout se casse la gueule. Casting souvent cheap, intrigues mollassonnes, univers tout sauf séduisants, clichés à tous les azimuts, bref. Rien n’y fait : pour le moment, SyFy n’arrive pas à retrouver sa grandeur d’antan, ce qui ne veut pas pour autant dire que nous nous détournons d’elle.


C’est ainsi qu’un peu avant la rentrée 2014, SyFy dévoilait à un travers un teaser foutrement bien foutu et à l’esthétique alléchante les premières images de ce qui s’annonçait comme un véritable espoir, une série uchronique du nom de Ascension.

« More than meets the eye »

En 1963, le gouvernement américain redoute de voir une guerre nucléaire éclater avec l’Union Soviétique. Une guerre qui, évidemment, plongerait le monde dans le chaos, et pourrait même le porter au bord de l’extinction. Dans ce climat de peur de la menace rouge, un programme confidentiel est constitué afin de sauver la civilisation humaine (enfin américaine). Son objectif ? Atteindre l’étoile Proxima Centauri, où une exoplanète aurait été détectée. Ce voyage, qui devrait durer une centaine d’années, nécessite ainsi un vaisseau suffisamment grand pour accueillir plusieurs générations à son bord.
C’est ainsi que dans le plus grand secret est construit un immense vaisseau spatial, l’Ascension. A son bord, 350 américains, civils, scientifiques, militaires, l’élite américaine, unie dans ce voyage interstellaire d’un siècle.

Pendant 50 ans, cette communauté isolée dans l’espace ne connait aucun incident, à part un grave incendie qui a coûté la vie à de nombreux passagers, et traumatise l’ensemble de la population. Mais à l’approche du point de non-retour, une jeune femme est assassinée. La victime, Lorelei, était pourtant appréciée et même enviée de tous. Si ce meurtre est en soi un acte inconcevable pour l’équipage, le fait qu’il ait été perpétré à l’aide d’un revolver est encore plus inquiétant. En effet, aucune arme n’a été enregistrée au départ de l’Ascension. Aucun militaire, pas même le Capitaine William Denninger, n’en dispose.

Dans cette petite société où tout devait se passer sans accroc, l’absence d’un officier de Police se fait clairement ressentir. C’est ainsi que le Second, Aaron Gault, est mandaté par le Capitaine pour faire la lumière sur cette sordide affaire. Une enquête qui mettra en évidence bien plus que le sommet de l’iceberg, et qui pourrait clairement mettre en péril le projet Ascension.

L’arnaque

Si le synopsis et l’univers dans lequel prend place Ascension sont assez intrigants, il s’agit définitivement de la seule qualité dont peut se targuer la série.

Tout d’abord, cette première saison ne comporte que trois épisodes d’une heure chacun. En ce sens, et jusqu’à l’annonce éventuelle d’une deuxième saison, Ascension n’est pas véritablement une série, mais plus une mini-série, voire un téléfilm divisé en trois parties. Ce choix, à la fois de format et de durée, est en ce sens un premier élément qui nuit considérablement à la série.
En effet, en tant qu’objet de science-fiction, une mythologie développée est un élément quasiment incontournable. Mais ici, celle-ci est pratiquement réduite au silence. Peu d’informations transitent quant au pourquoi, au comment du projet Ascension, etc. autant d’éléments nécessaires à l’entrée dans le récit. La situation est confuse, et bien qu’il puisse s’agir d’une technique traditionnelle de captation (Lost), ici, le mystère dérange, et à terme ennuie. Les objets uchroniques ont ceci de captivant qu’ils interrogent assez brutalement notre époque. On se demande rapidement ce qu’il y a de différent, s’il y a quelque chose que nous aurions pu faire différemment, etc.
Mais ici, l’origine du projet Ascension et ce vers quoi il tend sont entourés d’un mysticisme mal mené, quasi prévisible. Il en va de même pour les personnages, plus proches de clichés vulgaires à la psychologie survolée que de retranscriptions viables d’individus mis dans une situation comme celle-ci. À notre gauche, le Capitaine Denniger, grand, blond, à la voix rauque, incarnation imaginaire de la droiture américaine, à notre droite, sa femme, Viondra, blonde, grande, fatale, et au centre Aaron, le Second un peu naïf mais plein de bonne volonté. De purs clichés en somme, dominés par une prise de non-risque presque ostentatoire. Cette petite trinité principale est sans compter une batterie de stéréotypes tous déjà vus : le politicien véreux et adversaire du capitaine, la petite fille pas comme les autres, le gentil docteur du vaisseau, la romance impossible entre deuxteenagers de classes différents, etc. etc.
Bien évidemment, si tout tournait autour de ces images, le show n’aurait jamais vu le jour. La solution, plus que désespérante à cet obstacle, c’est évidemment le sexe. Tout ce petit monde fornique sans arrêt à droite à gauche. Dès lors, tomber dans cette facilité perd immanquablement Ascension.
Et puis il y a l’intrigue et son déroulement. Lente, celle-ci rentre sans cesse dans des déjà-vus, des lieux communs, en tentant de les masquer par un excès maladroit d’opacité et de mystères.

La tentative est un tel échec que le simple fait de regarder un épisode ressemble à une heure chez le dentiste : on ne peut que grincer des dents, et avoir envie d’être ailleurs.

Le souvenir de Numéro 6 et les autres

Ce qui se voulait comme la grande force d’Ascension est devenu un de ses nombreux défauts. Nous parlons bien évidemment deTricia Helfer, alias le Cylon Numéro 6 dans Battlestar Galactica (la femme en rouge). Si en 2004 elle était l’incarnation suprême et redoutable de la sensualité, à 40 ans les choses sont nettement différentes. L’âge a clairement changé la femme, qui est maintenant une ombre de ce qu’elle fût. C’est méchant, certes, mais hélas vrai.
Sa performance n’est malheureusement pas la seule à être mauvaise. L’intégralité du casting, à l’exception peut-être de Brad Carter en boucher des bas niveaux réalise un travail médiocre, au mieux franchement moyen.

En conclusion…

Ascension fait hélas partie de ces mauvaises séries, ces ratés que l’on attendait pourtant impatiemment (comme pour l’instarHelix d’ailleurs, qui pourtant commençait assez bien).

Tout d’abord, le teaser ne correspond pas du tout à la série, il n’en est qu’une vague évocation, une sorte de démonstrateur. L’ambiance, le casting, le vaisseau lui-même n’ont rien à voir avec ce qui est présent dans la série. Nous devons donc nous ajuster à autre chose, et cet autre chose ne va pas. Il n’y a pas vraiment d’élément positif qui puisse relever le niveau général de la série. Quelques réflexions par ci par là ponctuent le récit (et encore), mais c’est un véritable faux semblant qu’offreAscension.

SyFy pensait sans doute avoir trouvé la série de science-fiction qui allait la remettre en selle. Un pari perdu, sans l’ombre d’un doute.

 


avatar Maxime le 13/07/2015  -  commentaires

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