Revue série

Sherlock

Sherlock

Sherlock Holmes est à la Grande-Bretagne ce que Moby Dick est à Melville (ou Chuck Norris aux trolls). Une figure emblématique, que disons-nous, quasi divine. C’est une légende, un mythe fondateur des XIXième et XXième siècles.

Imaginé par Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes est un personnage de fiction connu de tous, sujet de quatre romans, d’une cinquantaine de nouvelles, et d’un grand nombre d’adaptations télévisées et cinématographiques. En 2009, l’illustre détective privé se voit adapté au cinéma par Guy Richie. Succès critique, les aventures du célèbre londonien captent, à nouveau, les regards curieux du grand public. Une suite sortira deux ans plus tard, ainsi que deux séries télévisées : la très libre (et américaine)Elementary (2012) ainsi que Sherlock (2010), créée par Steven Moffat et Mark Gatiss et produite par la BBC.


Des anglais, la Reine est sauve.

Élémentaire

Sherlock est donc une adaptation contemporaine des travaux de Conan Doyle. Elle place ainsi ses deux protagonistes principaux, Sherlock Holmes et son ami, le Docteur John H. Watson, au cœur d’une Londres en proie à des affaires, crimes ou énigmes, toutes plus étranges et déconcertantes les unes que les autres.
Sherlock est toujours présenté en tant que détective privé (private consultant) mais également dépeint comme un high functioning sociopath (un sociopathe fonctionnant à haut niveau), spécialiste dans l’art de l’observation et de l’induction. John quant à lui est ici un ancien médecin militaire, ayant perdu l’usage complet de sa jambe suite à une campagne en Afghanistan.
De retour à la vie civile, John constate la difficulté de vivre confortablement dans la capitale. À la recherche d’un colocataire, John va rencontrer Sherlock Holmes, homme mystérieux et arrogant. Celui-ci va, d’une manière déconcertante et sans une once d’hésitation, l’inviter à visiter un appartement, le très célèbre 221b Baker Street, tenu par Mrs Hudson, après une conversation des plus courtes.
Et c’est ainsi que les joyeusetés vont commencer ! Meurtres, complots, disparitions, manipulations, vols, Sherlock Holmes et John Watson vont tout connaître. Un péril permanent, pour notre plus grand plaisir !

Ni loupe, ni pipe à fumer, à peine un deerstalker, mais quel trench coat !

En tant qu’adaptation, Sherlock était forcément confrontée à un problème, et pas le moindre : comment utiliser le matériau original ? Fallait-il en être le plus proche, ou au contraire s’en éloigner ?

Moffat et Gatiss, connus pour avoir insuffler une dynamique nouvelle à la série Doctor Who, se sont lancé le défi de trouver un équilibre parfait, la distance intelligente entre reproduction et recréation. Un défi de taille quand on connaît le matériau de départ, et qu’ils ont pourtant relevé avec brio.

Car ce qui frappe en premier lieu avec Sherlock, c’est sa capacité à utiliser et à jouer habilement avec les codes du canonholmésien (l’ensemble des romans et nouvelles relatives à Sherlock Holmes). Par exemple en faisant du roman « A Study in Scarlet » un épisode intitulé « A Study in Pink », pilot d’une grande qualité de la série. Ou en glorifiant Sherlock Holmes et son chapeau typique (le deerstalker) dans la saison 2, en faisant de lui un drogué que l’on ne voit pourtant rarement fumer (dans les travaux de Conan Doyle, Holmes est un grand fumeur). Ou tout simplement en introduisant lentement et brillamment le personnage de Moriarty, le « Napoléon du crime », une expression qui sera d’ailleurs transformée pour le personnage de Magnussen, autre antagoniste de Holmes, qu’il qualifiera ici de « Napélon du chantage ».
Et puis il y a le fameux trench coat de Sherlock, pure adaptation contemporaine du légendaire manteau à rotonde de la vision classique de Holmes, auquel le personnage attache une importance presque surréaliste.
Il s’agit peut-être de détails, mais ceux-ci ont leur importance quant à l’intégration de son personnage dans l’époque qui est la nôtre.

Il n’y a sans nul doute qu’à se baisser pour ramasser des références au canon holmésien. Pour autant, Moffat et Gatiss n’en abusent pas, rendant le déroulement d’un épisode tout à fait digeste pour les novices que nous pouvons être (si l’on fait abstraction qu’un épisode dure une heure et demie).

Dual Core

Si la série est de si bonne qualité, ce n’est pas seulement grâce à cette juste mesure entre adaptation et reproduction, sa dose savamment distillée d’humour anglais, pour la qualité de ses intrigues ou de la réalisation, de la narration ou de la mise en scène.
C’est avant tout le fait de son casting. À commencer, bien entendu, par Benedict Cumberbatch (Star Trek: Into Darkness) etMartin Freeman (Le Hobbit : un voyage inattendu).

Le personnage de Sherlock est tout ici ce qu’il y a de plus… inédit, d’hors normes. Il représente ainsi quelque chose à atteindre, à suivre (que l’on peine à suivre plutôt). C’est pourquoi d’ailleurs la série commence sur des plans et scènes liées à Watson, un individu tout ce qu’il y a de plus normal, en dépit de son statut de militaire, et qui va servir de référent, quelque part de conteur (une mise en abîme est d’ailleurs faite lorsque Watson commence à tenir un blog sur ses péripéties avec Sherlock) à la série.
Asocial, misanthrope, Sherlock Holmes est probablement l’un des personnages les plus ingrats, moqueurs, voire irrespectueux que l’on aura eu le privilège de voir dans une série. Et en ce sens l’un des plus délicieux jamais vu !
Chacune de ses apparitions est l’occasion soit de faire preuve d’une admiration hébétée quant à son talent, soit d’une fausse offuscation bourgeoise (« mais quel goujat ! » se surprendra-t-on à penser tout en adorant sa manière d’être).

Construit de cette manière, Sherlock éclipsait une partie de l’aura de John, ce qui est assez dérangeant bien que la série s’appelle Sherlock et non pas « Sherlock & John ». Cependant, son personnage qui, au début, faisait figure d’assistant tout aussi hébété que nous, va parvenir à se hisser au niveau de Sherlock sur un tout autre registre, celui de l’émotif, notamment sur les dernières saisons. On vous laissera en juger, nous, on a été pris aux tripes (on lui aurait d’ailleurs donné un Emmy Award pour ça).

Le reste du casting réalise un travail formidable, notamment Una Stubbs en Mrs Hudson, Gatiss lui-même dans le rôle du frère dédaigneux de Sherlock, Mycroft, Rupert Graves dans celui du Commissaire Lestrade ou encore Lars Mikkelsen (le frère de Mads Mikkelsen (Hannibal)) dans le rôle du magnat de la presse Charles Augustus Magnussen.
Mais la palme revient immanquablement à Andrew Scott dans le rôle de Jim Moriarty. Vous comprendrez pourquoi.

En conclusion…

Il nous a été difficile, non pas de regarder Sherlock, mais de suivre la série, la « faute » à son format (3 saisons de 3 épisodes d’une heure et demie chacun). Regarder un épisode revient à regarder un film, il faut rentrer dedans, et tenir la distance, ce qui est en théorie l’opposé de ce que doit accomplir une série.

Néanmoins, force est de constater que Sherlock est l’une des meilleures séries (britanniques et outre mesure) de ces dernières années. Elle reviendra pour une quatrième saison (qui n’était pas vraiment prévue de ce que l’on en a compris) courant 2016.
Mais d’ici là, nous aurons droit à un épisode spécial d’ici la fin de l’année. Et il n’y a qu’un seul mot pour ça : VIVEMENT !

P.S. : We miss you Jim!

 


avatar Maxime le 02/07/2015  -  commentaires

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