Revue série

The Fall

The Fall

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C’est un fait : ces dernières années, les séries anglaises ont le vent en poupe. C’est à se demander si, tôt au tard, elles n’en viendraient pas à devenir l’espèce dominante de nos disques durs. Après tout, « L’Angleterre prévaut » n’est-ce pas ?
Que ce soit ici ou à Hollywood (on pense notamment à Broadchurch, qui a sera adaptée outre-Atlantique et en métropole), les rosbifs ont la cote.
À cette liste non exhaustive vient s’ajouter une série parmi d’autres, mais qui a su retenir toute notre attention : The Fall.


La chasse et la proie

Belfast, de nos jours. La capitale de l’Irlande du Nord est une ville régie par des tensions urbaines devenus monnaie courante auxquelles les forces de l’ordre font face de leur mieux. C’est sur cette toile de fond qu’une série de meurtres sont commis, desquels rapidement, un schéma émerge. Ces actes atroces semblent tous se produire dans la quiétude de la nuit, dans l’intimité des victimes. Celles-ci sont toutes de belles jeunes femmes, brunes, et portent toutes des marques de strangulation. Elles sont toujours retrouvées presque nues dans leurs chambres, étendues sur leurs lits, inanimées.
La grande difficulté de cette affaire, c’est qu’il n’y a absolument aucun indice exploitable. Les portes ne sont pas forcées, il n’y a pas d’effusions de sang, pas d’empreintes digitales, pas de trace de relations sexuelles, pas de mobiles envers les victimes.

En clair, ce peut être n’importe qui. En somme, un individu rôde la nuit, et tue des victimes qui se ressemblent fortement avec le même mode opératoire. En définitive, un tueur en série sévit à Belfast. La ville est au bord de la panique.

Cette situation extrêmement délicate laisse les autorités crédules. Après presque un mois d’absence de résultats concrets et des médias de plus en plus pressants, la PSNI (Police Service of Northem Ireland) sollicite l’aide de la MET (Metropolitan Police Service, la force territoriale de police responsable du Grand Londres, à l’exception de Londres elle-même, merci Wikipédia) afin de trouver cet individu. C’est ainsi qu’est détachée la superintendent Stella Gibson, désormais en charge de l’enquête.
Arrivée à Belfast, Stella est accueillie peu chaleureusement par Jim Burns, un ancien collègue devenu chef de la PSNI. Un homme avec lequel les choses ont été jadis… intimes, mais laissées sur leur fin. Ambiance quoi.

Le prédateur et l’art

Si la série s’arrêtait à cette simple situation de départ, The Fall n’aurait qu’un intérêt limité. Une autre série policière, clairement. Fort heureusement, il n’en est rien.
Car le grand tour de force de la série est de révéler d’emblée au spectateur l’identité du tueur, et surtout de le suivre dans sa « démarche » au même titre que Stella. Paul Spector est un homme marié, père de deux enfants, psychiatre de profession. Un homme en apparence bienveillant, discret et peu bavard, mais aussi redoutablement éduqué et ouvert d’esprit (grandement, forcément). Il n’est autre que ce n’importe qui, un individu dans la foule, ce Monsieur Toutlemonde qu’il advient à Stella de débusquer.

Ainsi, nous suivons Spector dans ses meurtres comme nous suivons Stella dans ses déboires moraux (seule le visionnage de la série vous permettra d’élucider cette phrase quasi mystique). Dans la volonté de l’un à échapper à l’autre comme dans la volonté de l’autre à attraper l’un. Et puis dans leur passion mutuelle l’un pour l’autre…
Car rapidement, Stella va se faire connaître de Spector par le biais des médias qui, exposant en toute logique les accomplissements du tueur, soulignent les efforts de la police pour y mettre un terme. Et c’est sur le visage de cette femme que son regard et son obsession vont être attirés.

C’est alors un véritable face à face inéquitable (car à visages masqués) qui va se mettre en place entre ces deux individus. Un jeu du chat et de la souris sans cesse renversé, à la fois intellectuel et psychologique, sexuel et surtout érotique, de fascination et de désir qui va lier ces deux personnages, à la fois garants et représentants de la norme et pourtant véritables déviants de celle-ci. De domination et d’ascendance aussi.
La dynamique « sexe fort »/« sexe faible » est à la fois composante et absente de la relation, la rendant de fait incroyablement forte.

La seconde force

Si ce duel est naturellement intense, il n’est en que démultiplié par le ton et l’atmosphère dans lesquels baigne la série, à la fois terriblement glacial, noir, et pourtant réaliste. On n’est pas dans Les experts : Miami si vous voyez le truc.
Par cette maîtrise, Belfast apparait comme une ville en proie à la terreur alors que rien ne le montre vraiment. C’est à peine si quelques plans larges ou de rue parsèment les deux saisons, ou qu’un rayon de Soleil passe au travers de la grisaille traditionnelle de l’Irlande. Le huis clos est à la fois intime et physique.

En plus de cette atmosphère pesante et anxiogène, c’est tout un rythme qui dirige la série. Celui-ci, lent, contribue largement à l’appréciation des évènements et des enjeux, à leur poids et à leur profondeur, à leur implication dans la trame.
Cette élégance de la mise en scène donne tout de suite un ton beaucoup plus sérieux que ce que l’on peut trouver chez bon nombre de nombres de productions actuelles, où l’extravagance est souvent de mise (un jour, vous verrez, une série relatera les péripéties d’une tondeuse dealeuse de nounours en chocolat, et vous serez accro bande de junkies !).

Un trait de caractère qui semble inhérent à bien des séries britanniques…

Dana Scully & Christian Grey

La dernière force de la série réside bien évidemment dans son casting. Pour incarner Stella, la production a choisie Gillian Anderson, mondialement connue grâce à X-Files. À 46 ans, elle donne à son personnage la toute puissante féminité qui la caractérise, l’ambiguïté morale qui la définit, le calme qui la temporise, et la grâce de la désinvolture qui l’habite. Un choix des plus avisés.
Pour interprété Spector, c’est sur Jamie Dornan que la production a jeté son dévolu. Un choix qui fait sens lorsque l’on sait qu’il fût l’égérie de la marque Calvin Klein, et que le personnage de Paul nous apparaît comme particulièrement fasciné par les corps (le sien en tête de liste, presque façon American Psycho). Il est apparu dernièrement à l’écran dans 50 nuances de Grey, adaptation de ce bouquin dont pas mal de monde a parlé. N’en reste pas moins que dans le personnage de Paul, l’acteur irlandais fait littéralement froid dans le dos, incarnant avec une facilité déconcertante un prédateur humain.
Tous deux abattent ainsi des performances incroyables. Ni plus, ni moins. Tout comme le « reste » du casting.

En conclusion…

La saison 2 s’est achevée le 18 décembre dernier, et déjà nous attendons pieusement l’annonce d’une saison 3 qui, espérons-le, clora magistralement la série. « Ni trop, ni trop peu », tel devrait être à la fois l’adage et le gage de qualité des séries britanniques.
Créée en 2013 par un certain Allan CubbittThe Fall est une série noire et intense (putain, comme le café…), ne manquant pas de faire redouter (encore plus) les psy comme les pères de famille aux plus téméraires.

Une série à voir. Définitivement. Pour les plus tenaces d’entre vous.

 


avatar Maxime le 21/06/2015  -  commentaires

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