Revue série

Homeland

Homeland

Adaptation américaine de la série israélienne HatufimHomeland est apparue sur les écrans de la chaîne américaine Showtime presque dix après le tristement célèbre nine eleven.
Il ne fait aucun doute que cet évènement restera comme l’un des plus marquants de l’Histoire, et en particulier de celle des États-Unis. La magnitude de ces attentats, perpétrés sur le sol américain, a constitué le terreau à une peur phobique de l’ennemi domestique, de l’ennemi venu de l’intérieur. C’est sur ce climat de terreur, de paranoïa collective constituée par la peur et le rejet de l’altérité, que la série s’appuie, présentant une série d’évènements qui auraient pu parfaitement s’imbriquer dans l’Histoire qui est la nôtre.

Homeland est donc une fiction, une uchronie de notre monde et de notre temps. Elle se veut fidèle au contexte qui est le nôtre, mais change bon nombre de choses, tout en tentant d’être le plus proche possible de notre réalité. Depuis le début de la série, de nombreuses critiques ont été adressées à la production de la part de nations utilisées dans la trame narrative, vitupérant quant à l’image qui leur est attribuée au sein du show. Une polémique légitime, mais néanmoins surprenante. Le monde n’a pas tant changé que ça au final…


Au bout de la troisième saison, la série se sépare de l’un de ses personnages principaux dans un final subjuguant. Cette disparition supposait en tout logique la fin du show. Il n’en fût heureusement rien…

La fable du carburant…

Bagdad, avril 2003. Tom Walker et Nicholas Brody, deux soldats américains, disparaissent lors de l’invasion de la ville par les forces américaines, sans laisser de traces. Tous deux sont alors portés disparus. Les familles sont averties et entament tant bien que mal leur deuil et un nouveau chapitre de leurs vies. Quelques années plus tard, une analyste de la CIA, Carrie Mathison, alors stationnée en Afghanistan, obtient d’une source non vérifiable un renseignement capital : un Marine qui aurait été fait prisonnier lors de l’invasion aurait rejoint Al-Qaïda.
Ce renseignement est pour Carrie la pire manifestation d’une crainte de laisser à nouveau l’ennemi passer à travers le filet. Lorsque quelques mois après Nicholas Brody est retrouvé en Afghanistan, Carrie n’a aucun doute : le renseignement est authentique, et le soldat en question ne peut-être que cet homme. Contrairement à sa hiérarchie qui accueille Nicholas en héros, Carrie ne peut s’empêcher de douter de la sincérité et de la candeur de Brody lors de son débriefing, et va mettre en place une surveillance plus ou moins autorisée par son ami et mentor Saul Berenson. Une surveillance qui va se transformer pour Carrie en une véritable obsession. Une obsession amplifiée par l’accès de Brody à de nombreuses personnalités influentes, grâce à son statut de héros national. Cette même obsession poussera Carrie jusqu’à séduire Brody et à entamer une relation amoureuse afin de déterminer ses motivations.
Carrie est en effet une femme radicale et instable, qui cache à ses supérieurs une maladie mentale influençant considérablement sur sa tenue et son attitude sociale.
Toute la première saison va ainsi se concentrer autour de la question de savoir si oui ou non Brody est un agent d’Al-Quaïda, mais aussi des conséquences de la réponse.

… et du moteur.

À la surprise générale, et en dépit d’un season finale très émouvant, la troisième saison d’Homeland ne fût pas la dernière de la série. En effet, rapidement après la fin de celle-ci, les producteurs annoncèrent une quatrième saison, supposée elle clôturer la série. Une saison qui s’est achevée le 22 décembre dernier et qui, de notre point de vue, est sans l’ombre d’un doute la meilleure de Homeland.

Les dernières images de la saison 3 étant d’une rare poésie, la décision de prolonger le show en fît sourciller plus d’un, nous y compris. Les trois premières saisons avaient réalisé un travail solide qu’une saison 4 risquait d’entacher. A priori, il s’agissait de la saison de trop. Tout semblait avoir été raconté, l’essentiel était là, le carburant de la série avait été épuisé, et il n’y avait plus rien à en faire. Nous étions jeunes alors…

Le grand tour de force de la série est d’avoir cachée sa véritable nature pendant trois saisons, à travers l’illusion que le personnage principal dont s’est séparé la série en était le moteur. Homeland n’est pas l’histoire de Carrie Mathison et de Nicholas Brody, c’est avant tout une histoire sur la lutte anti-terroriste, l’espionnage, sur la CIA, sur la guerre, les relations diplomatiques, les jeux de pouvoirs et de manipulation, la politique, les influences, l’analyse des renseignements, l’éthique, les erreurs, etc. C’est une histoire sur ce « petit monde » qui joue sur l’échiquier géopolitique du monde, vue à travers les yeux du personnage de Carrie.
L’erreur aurait donc été de croire que tout reposait sur la situation initiale, sur le synopsis en somme. Mais en se séparant de ce mystérieux personnage (lol), la série s’est comme libérée d’un poids qui la bornait à un état donné.
L’impression que donne cette saison 4 est que ça y est, Homeland commence, et que les saisons précédentes étaient une sorte de Homeland: Origins prévu en avance. Il n’est évidemment rien, mais il est de mise de saluer le travail des scénaristes qui ont pratiquement réinventé la série comme Gatiss et Moffat ont pu et su le faire avec Sherlock et Doctor Who.
Pour autant, on ne reniera pas les trois premières saisons et le personnage en question, qui font de Homeland la série qu’elle est. On a simplement l’impression à présent que la série est à un niveau largement supérieur que sur les saisons précédentes qui s’embourbaient de plus en plus dans des intrigues futiles et inintéressantes (la famille de Brody et notamment sa fille, Dana). Que la série a gagnée en maturité et en complexité dans cette vaste entreprise de rendre compte d’une réalité dont on ignore en vérité tout.

Homeland change également dans sa manière d’appréhender son propre univers puisque la saison 4 se déroule en grande partie à Islamabad, la capitale du Pakistan, et non plus quasi exclusivement aux États-Unis, et suit un seul cadre d’action, le démantèlement du réseau taliban mené par Haissam Haqqani. Les fioritures sont rares, et seule cette action compte dans cette saison, menée de bout à bout d’une main de maître à l’exception peut-être d’un final peu marquant car non compréhensible directement, mais pourtant ô combien capital.

Une absence élégamment comblée…

Au rayon des performances, on retrouve Claire Danes (Roméo + Juliette) le rôle de Carrie Mathison, creusant toujours plus loin la psychologie instable de son personnage, maniant toujours avec justesse l’extrémisme et la détermination autant que la fragilité de Carrie.
Véritable figure charismatique proche du père ou du grand-père que tout le monde voudrait avoir, Mandy Patinkin (vu dans Le rôle de ma vie de Zach Braff) dans le rôle de Saul Berenson continue à nous épater (la scène de l’aérodrome est juste époustouflante). Mais c’est surtout Rupert Friend (l’agent et ami de Carrie Peter Quinn) et Numan Acar (le chef taliban Haissam Haqqani) qui, au cours de cette saison, prennent une puissance insoupçonnée. Quinn, déjà présent dans la saison précédent, gagne en consistance, alors que le personnage d’Haqqani, successeur antagonique d’Abu-Nazir, le leader d’Al-Quaïda dans les premières saisons d’Homeland, inspire quelque chose de l’ordre de l’indicible.
Les autres membres de la production font un travail tout aussi admirable (mention spéciale à Maury Sterling dans le rôle de Max qui se révèle à la fin de la saison incroyablement touchant).

En conclusion…

Homeland est loin d’être parfaite. Attaquée régulièrement pour des soucis de réalisme ou quant à l’image qu’elle donne de certains pays, elle n’en reste pas moins un show de très grande qualité, notamment grâce à son excellent casting, à sa réalisation intelligente, à un équilibrage fin entre le cadre de l’action et les séquences dramatiques.

La série n’est pas pro-américaine, elle en est même un contrepoids mais surtout une illustration des bavures qu’un pays (en l’occurrence les États-Unis) peut commettre (et croyez-nous, ils n’en font pas qu’une) en temps de guerre. De plus, les antagonistes jouissent véritablement d’un traitement particulièrement abouti de la part des scénaristes, les rendant à la fois monstrueux mais profondément humains. Tout cela sans compter les manœuvres politiques de certains individus, effaçant inexorablement la belle et lisse ligne ennemi/allié.

La saison 4 restera dans les annales, rien n’est moins sûr. Espérons qu’il en sera de même pour la saison 5 !

 


avatar Maxime le 02/06/2015  -  commentaires

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