Revue série

Sons Of Anarchy

Sons Of Anarchy

Le 10 décembre dernier s’achevait, dixit Marilyn Manson, « ce qui restera comme le show le plus incroyable de la télévision » :Sons Of Anarchy. Impossible pour nous de dire non à ça. C’est sur une septième saison forte en rebondissements de tous calibres, et les dernières minutes d’une poésie sans nom de son serie finale, que s’est terminée la « balade » de Jackson Teller.

La sainte trinité « sexe, sang et violence » ne date pas d’hier, et si Game Of Thrones a su en tirer grand profit grâce à un public initié au genre heroic fantasy (merci Peter Jackson), les choses ont été un peu différentes pour Sons Of Anarchy. En effet, la seule production véritablement connue du grand public traitant de bikers remonte à 1969 avec Easy Rider de et avec Dennis Hopper et Jack Nicholson. Et puis il y a les Grand Theft Auto, mais c’est une autre histoire…
Il n’était donc pas facile pour la chaine FX et le créateur de la série Kurt Sutter de tenir la distance en dépit d’une communauté de bikers aux US prête à regarder chaque épisode. Alors en France.


Et pourtant…

Une (brève) histoire de famille

Sons Of Anarchy suit l’évolution de Jackson « Jax » Teller, Vice-Président puis Président d’un club de bikers installé dans la petite ville fictive de Charming, en Californie. Derrière cette appellation somme toute très officielle se cache en réalité un groupe de hors-la-loi que seule la mort unit et peut séparer. Traffic d’armes et de drogues, proxénétisme, pornographie, guerres de territoires, chantages, etc. Le C.V. est long, et les limites sont rares.
Au début de la série, et pendant un certain temps, SAMCRO (pour Sons of Anarchy Motorcycle Club Redwood Original) est dirigé d’une main de fer par Clay Morrow, l’ancien meilleur ami de John « JT » Teller, le fondateur du club. Ce dernier, mort depuis des années dans un accident de moto, a ainsi laissé sa femme Gemma élever Jax. Entre temps, Clay et Gemma se sont mariés, et ont préparé Jax à prendre la place de son père.
Mais en triant des affaires, Jax va déterrer ce qui est sans doute l’élément clé de la série, un manuscrit rédigé par son père un peu avant sa mort. À travers ces pages, Jax va découvrir un homme en proie au doute, aux remords et regrets, à sa conscience. Dans ces mémoires, Jax va réaliser que JT avait peur de ce que le club était devenu et qu’il avait pour intention de le sortir de ses activités illégales et de son train de vie meurtrier.
Cette découverte va refaçonner la vision du jeune homme qu’est Jax, le poussant à accomplir la dernière volonté de son père, à faire agir le club dans l’ambiguïté (voire le viol) morale certes, mais dans la légalité.
Malheureusement comme le dit l’adage, « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ».

De l’autre côté de la ligne

Avant de se lancer dans la mise en chantier du show, Kurt Sutter avait signé bon nombre d’épisodes de The Shield, série centrée sur les méthodes expéditives d’une unité spéciale de la police de Los Angeles. Une pièce étant constituée de deux côté, il s’est ainsi attaqué à l’autre, avec Sons Of Anarchy. Autant dire qu’il n’était pas à son coup d’essai dans le milieu des flics et des gangsters, et on aurait très bien pu l’imaginer avoir créé la série Banshee (dont on vous parlait ici).

Si Sons Of Anarchy n’était pas autant romancée, on pourrait presque croire qu’il s’agit d’un documentaire sur le milieu criminel, ou une étude sociologique à multiples niveaux sur le monde des bikers tant le niveau de vraisemblance semble élevé.
La série s’attache en effet à détailler à différents objectifs cet univers beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, à travers notamment une mythologie et une immersion viscérale. Au niveau nanoscopique tout d’abord, avec la famille de sang de Jax, puis au niveau microscopique avec le MC et la famille qu’il constitue, et enfin macroscopique avec la place qu’occupe le MC sur l’échiquier géopolitique des guerres de gangs et des parties prenantes.

Là où bon nombre de séries ne prennent guère de risques en glorifiant le travail des forces de l’ordre, Sons Of Anarchy a littéralement pris le contre-pied de cette norme, déboussolant le compas de l’ordre moral. Il n’y a pas d’éthique ou de jugement, juste des individus faisant des choix. Jax est un véritable hors-la-loi, de même que tous ses compagnons d’armes, ses frères, mais il n’en reste pas moins le personnage principal, le héros de cette histoire. SAMCRO n’est pas qu’un club ou business, c’est une entreprise famille, l’histoire d’une famille, unie par le sang, par l’amitié et l’amour, par des valeurs fortes comme la haine de l’autorité, la liberté, le respect, l’honneur, la famille, la loi du plus fort, et qui est prête à tout pour survivre. Les Sons sont un mal qui gangrène la ville de Charming, et en même temps le rempart contre de nombreuses volontés criminelles. Un moindre mal en somme.

Si les Sons représentent le cœur de la série, Sutter parvient à analyser les nombreuses instances et acteurs qui occupent leur paysage quotidien : le système carcéral, les forces de l’ordre et leur marge très limitée de manœuvre dans leur rôle de maintien de l’ordre, les relations entre les différentes ethnies (blancs, irlandais, mexicains, noirs, chinois) et instances (les suprématistes nazis, l’IRA, les cartels, les autres gangs et MC), etc. La série parvient ainsi à faire ressortir toute la dualité de l’être humain, sa capacité à résister ou à céder. Et à quel point sa vie ne tient qu’à un fil.
Un sacré travail qui a été permis par l’immersion de Sutter au sein d’un véritable MC.

In Da Club

L’une des particularités de Sons Of Anarchy est l’importance accordée à chacun des personnages, le moment de gloire, l’attachement que l’on peut éprouver pour certains d’entre eux (qui sont pourtant des salauds notoires au regard de la morale). On pense à « Juice » pour ce dernier point (Theo Rossi)
Là où Game Of Thrones se joue de tout le monde en tuant de manière plus ou moins arbitraire ses personnages, Kutter investit le spectateur de chacun d’entre eux. Bien que Jax (interprété par Charlie Hunnam) soit l’élément sur lequel la série s’appuie, tous les membres du MC sont indispensables. À commencer par « Chibs », notre préféré (interprété par Tommy Flanagan), qui est une sorte de repère inébranlable auquel on se vouerait sans hésiter. Clay, joué par Ron Perlman, auquel on ne tourne pas le dos, « Happy », tueur au sang-froid et qui pourtant pleure assez souvent, « Tig », l’obsédé sexuel, Tara, la femme de Jax (Maggie Siff) et bien évidemment Gemma (Katey Sagal), la pire sa**pe que le monde des séries ait pu porter. Et puis il y a les guest stars, comme Danny Trejo en membre pas très sympa d’un cartel, Robert Patrick en vieux de la vieille de SAMCRO, sa partenaire dans X-Files Annabeth Gish en flic ripou, ou encore Marilyn Manson dans la dernière saison en suprématiste nazi. Hallucinant.

En conclusion…

Sons Of Anarchy retrace la vie d’un homme, d’un hors-la-loi tentant de faire ce qu’il y a de mieux, en tant que leader d’une organisation criminelle, en tant que père de famille. Une vie pleine de violence et de moments tragiques, et de rares moments de bonheur.

Sur 7 saisons, toutes plus folles les unes que les autres, repoussant sans arrêt les limites du pensable et du bien-pensant, on assistera à l’apogée de cet homme résolu à changer, à se délester de ses racines, à les honorer. Et à sa chute.
On se souvient encore des 4/5 premiers épisodes de la série, où la violence était telle qu’elle avait presque eue raison de notre tolérance à la vulgarité. Heureusement que l’on est parvenu à dépasser ça. Violente, lugubre, crue, difficile à aborder tant le sujet initial (une bande de bikers hors-la-loi) peut rebuter, Sons Of Anarchy n’en reste pas moins l’une des meilleures séries jamais réalisées. Son serie finale clôture sobrement, et assez logiquement le chemin emprunté par Jax 7 saisons plus tôt. Du grand art.

Riding through this world all alone…

Le trailer de la saison 7 (attention aux spoilers !) :

 


avatar Maxime le 07/04/2015  -  commentaires

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