Revue série

The Leftovers

The Leftovers

Le season finale de The Leftovers a été diffusé le 7 septembre dernier sur HBO (Game Of Thrones et True Detective, pour ne citer que ces deux-là). Et encore maintenant, on s’en souvient…

Fi des séries sympas de l’été comme Under The Dome et Falling Skies (dont les dernières saisons ont été catastrophiques) faites pour vous détendre, entre le retour de la plage et l’heure d’aller faire à manger ou avant d’aller vous coucher. The Leftovers, c’est autre chose. D’ailleurs, autant vous le dire tout de suite : à notre connaissance, et de tout ce que l’on a pu voir, il n’y a rien d’approchant. Rien.


Un scénario qui devait tenir sur une serviette de table

The Leftovers, c’est pourtant un synopsis qui, au lancement de la série en tout cas, tenait sur une ligne : 2% de la population mondiale a, un jour, comme ça, sans crier gare, disparu, sans que personne ne puisse le voir. Personne ne l’explique, pas même les autorités, pas même la science, pas même les religions. Ils ont juste disparu, sans laisser de traces. Et le monde continue à tourner… Pendant 3 ans. Action !

C’est sous ce très court résumé que le pilot a été diffusé début juillet. Alors on vous voit venir ! Et comment pourrait-on vous blâmer, puisqu’on a pensé exactement la même chose en lisant ces quelques lignes : « Pourquoi nous parler de cette série, ça doit être un peu comme Les 4 400 ou Lost ! ». PERDU !

Histoire de vous couper l’herbe sous le pied, le pourquoi, le comment, ici, il n’en est pas question. C’est à peine si un personnage, que l’on voit apparaître pendant 30 secondes dans toute la série, évoque une piste de réflexion un tant soit peu sérieuse quant à cet évènement. C’est un choix, un parti pris, un risque. Un énorme risque même, mais qui marche du feu de Dieu !

Comme passer au travers du triangle des Bermudes

Nous sommes ici en terre inconnue, tant en termes de scénario que de mise en scène et de réalisation. Nous sommes quelque part, dans un triangle dont les vagues et lointains angles sont la Science-fiction, la Théologie et l’Ésotérisme. Les hypothèses, les explications de causes à effet, les raisons, tout ceci est purement et simplement absent, et laisse ainsi toute la place nécessaire au nœud de la série : le drame humain.

On suit ainsi une petite quinzaine de personnages, certains liés aux autres, d’autres non. Tous sont humains (et encore, parfois, on se le demande), tous ont leurs motivations à faire ce qu’ils font, à agir de la manière dont ils agissent. Tous sont faillibles, fragiles, parfois blessés, brisés. Tous ont vécu l’apocalypse, et y ont survécu. Ou tout du moins, tous la vivent. Car ici, l’apocalypse n’est pas un évènement fini, passé. Elle ne prend pas la forme de destructions physiques, mais bien celle d’une destruction mentale de tous les repères qui font que, tous les matins, nous nous levons, vaquons à nos vies, et allons nous recoucher pour mieux recommencer le lendemain. Si tous les matins, et tous les soirs, nous faisons face tacitement à l’inexplicable, à ces questions existentielles que sont la vie, nos origines en tant qu’espèce, et que nous essayons inexorablement de nous en détourner pour avancer, à défaut de faire autre chose, The Leftovers se tare de nous le foutre à la gueule, et comme il se doit ! Oui Monsieur !

Emotion 98.3

Les deux seules fois où on a été ému devant une série du genre « oui, nous sommes des hommes et oui nous avons pleuré », ça a été devant les deux season finales des saisons 2 et 6 de Lost. Quand Desmond tourne la clé en criant son amour pour Penny et lorsque Jack retourne à l’endroit où le pilot commençait. La boucle était bouclée.
Avant, rien. Depuis, rien. Jusqu’à The Leftovers (bon, okay, il y a peut-être eu Dawson’s Creek depuis ! Et puis… quand Joffrey dans Game Of Thrones, vous savez… mais là c’était plus de bonheur !).

S’il est en règle générale difficile d’être ému tant nous sommes littéralement spectateurs de ce qui se passe sous nos yeux, et non pas acteurs, ici, il n’en est rien. Les créateurs que sont Damon Lindelof et Tom Perrotta sont parvenus à manier le pathos sans jamais tomber dans le mielleux, sans jamais tirer sur la corde, sans en faire un schéma redondant. Les émotions sont brutes, et nos gorges sont, à la fin de chaque épisode, nouées, prêtes à éclater en sanglots.

Que ce soit lorsque Kevin Garvey, le shérif de Mapelton, supposé être le roc qui tient la ville, cède à la violence en larmes face à une meute de chiens, ou quand Nora Durst dont toute la famille a disparue tombe en pleurs dans les bras de Wayne, personnage mystique tout au long de la série, l’émotion est totale, sans raccourcis, sans compromis.

Il arrive parfois même qu’elle se manifeste à nous sans élément déclenchant, tant l’empathie avec les personnages et la situation, le désarroi et l’incompréhension qui les saisissent nous happent au même moment. Nous vivons clairement la série, et ressentons l’atmosphère suffocante de l’époque qui nous est présentée… en priant pour que ça n’arrive pas.

En conclusion…

Pour bien des raisons, The Leftovers a été LA série WHAT THE F**K de l’été ! Et on s’attend à ce qu’elle réitère l’essai à l’été prochain.

Elle a ceci de dérangeant qu’elle dépeint la confusion qui plane sur ce monde contemporain, complexe et différent, où tout est remis en question, et qui nous est familier tout en nous étant étranger, et effrayant. Peut-être est-ce parce que, à l’instar d’une série comme True Detective, nous avons enfin affaire à des personnages profondément humains…

Elle ne fait pas partie de ces productions sympas toutes jolies de l’été où la famille c’est cool et l’amour c’est bien, ça c’est sûr (il y a Extant pour ça) ! Non pas que la mort et la désolation règnent ici en maîtres incontestés, mais disons que pendant une petite heure, on est un peu… en apnée.

Alors si vous avez prévu d’aller en boîte, danser, tout ça, et que vous pensez qu’un petit épisode peut vous mettre le smile avant d’y aller, oubliez cette folle idée, car vous n’allez pas certainement danser à la fin d’un épisode, mais peut-être juste boire !

Parole de scout !

 


avatar Maxime le 10/03/2015  -  commentaires

commentaires

Commentaire ajouté avec succès