Chronique série

The Leftovers (Saison 2)

The Leftovers (Saison 2)

Sortie entre le 4 octobre et le 6 décembre 2015 aux États-Unis et comptant dix épisodes d'une bonne heure chacun, The Leftovers nous a une fois encore emporté dans sa tourmente. Ou plutôt dans la tourmente de ses personnages désœuvrés, désespérés, ou encore violents.

Réalisée par Damon Lindelof et Tom Perrotta, et diffusée par le network que l'on ne présente plus, c'est-à-dire HBO, cette nouvelle saison prend la suite directe de la première, mais cette fois-ci dans un tout autre lieu que la ville de Mapleton dans l’État de New York : Jarden, Texas.


 

Welcome to Jarden!

 

Le parc national de Miracle où se trouve la ville de Jarden, porte bien son nom puisqu’il est l’unique endroit à ne pas avoir été atteint par le 14 octobre, le Grand Départ (The Departure). Pour rappel, en ce jour funeste d’octobre, 2% de la population mondiale s’est littéralement volatilisée, laissant les 98% « survivants » dans l’incompréhension la plus totale et une détresse alarmante.

On est donc introduit dans cette nouvelle saison à la communauté de Jarden, à ses habitants ainsi qu’à leurs pratiques lucratives, la ville étant devenue LE lieu de pèlerinage mondial. Les affaires ont l’air d’y être florissantes mais Jarden – comme un petit paradis terrestre - fait des envieux. Toute une communauté s’est en effet construite à ses abords, essayant parfois de forcer l’entrée de la ville car, paraît-il, c’est l’endroit le plus sûr pour se protéger d’une possible réplique du 14 octobre.

Il y a donc une tension permanente entre les heureux élus habitants de Jarden et les exclus qui forment un méli-mélo de personnes qui, disons-le de manière triviale, sont tous un peu plus tarés les uns que les autres. Et pourtant, tout n’est pas rose à Jarden. En réalité, ses propres habitants n’ont pas réchappés au 14 octobre, bien au contraire…

 

Des anciens et des nouveaux

 

Si la série nous présente la ville Jarden au travers de personnages clés, elle n’en tourne pas moins autour des personnages de sa première saison. On retrouve donc Kevin Garvey, ex-flic (enfin on ne sait pas trop), Nora Durst, etc.

De Mapleton à Jarden, ceux qui ont vécu le 14 octobre rencontrent ceux qui ne l’ont pas connu frontalement. S’en suit un choc plutôt âpre entre les deux groupes.

Des anciens et des nouveaux, on ne peut constater qu’une chose : le casting est bon, et la direction des acteurs très bonne. L’émotion que chacun arrive à transmettre est poignante et ne nous laisse pas de marbre. J’ai, à titre personnel, un fort pour Kevin Garvey, interprété par Justin Theroux qui, encore une fois, est épatant.

Des nouveaux on peut évidemment parler des acteurs qui interprètent Erika et Jon, alias "les voisins", avec beaucoup de talent, une grande sincérité et qui arrivent à donner beaucoup de corps à des personnages à la fois complexes et francs (pour ne pas dire sanguins et impulsifs).

La relation entre les uns et les autres qui sont amenés à la fois à s’aimer et à se détester est très bien retranscrite à travers la saison, le travail des acteurs y contribuant pour beaucoup.

 

Amplitude

 

Si la série aborde évidemment la vie de ses protagonistes dans cet univers où l’impensable semble pouvoir se concrétiser à chaque scène, elle ne manque pas non plus de taper sur des sujets d’actualité et bien ancrés dans le réel, et notamment la réalité des États-Unis. Il est en effet question du communautarisme, des citoyens "ripoux" qui font leur loi (sur fond de chasse aux sorcières), de l’exclusion aux portes de la ville de toute une population rejetée car ne correspondant pas à certains critères spécifiques, au commerce et merchandising dont les habitants profitent (profitant par là de la détresse d’autrui), etc.

Tout cela donne une âme à cette saison qui n'est pas juste une suite ni même une redite. Et c'est tant mieux !

À côté de cela on retrouve la même profondeur psychologico-philosophico-étrange de la première saison avec une approche nouvelle souvent portée par les nouveaux personnages.

Parmi tous ces sujets récurrents entre les deux saisons, on trouvera l’un des sentiments les plus présents dans la série qu’est l’abandon. À l’image de ceux qui ont physiquement et concrètement disparus, le restant de l’humanité semble elle aussi – par conséquent – avoir perdu quelque chose, mais cela du point de vue du strictement psychologique et émotionnel. Ce vide laissé par les disparus a créé un vide chez les individus restants, qui ne peuvent que se tourmenter de cette terrible question : pourquoi ?

De fait, la religion n’est jamais bien loin, surtout lorsqu’on est aux États-Unis. Ainsi, si certains se radicalisent, d’autres décident d’entrer carrément dans une secte (les « Coupables Silencieux » ou Guilty Remnant). D’autres encore, ni croyants ni spécialement attentifs à une réponse scientifique, tentent de continuer de vivre dans ce monde où, répétons-le, l’impensable et l’inexplicable s’est produit. À tel point que les gourous et les superstitions sont monnaies courantes et qu’il est toujours difficile de savoir si pour les gourous ce sont des charlatans, et si pour les superstitions (du genre si j’enterre un oiseau dans une boîte et que je le déterre trois jours plus tard il sera toujours vivant…) elles se réalisent vraiment ou non.

Ainsi, nous sommes mis à contribution, ou plutôt nous sommes « contraints » de subir les errances et déboires psychologiques des protagonistes qui, eux comme nous, se posent cette même réflexion : maintenant qu’il y a eu le 14 octobre, que l’impensable s’est réalisé, comment savoir si les miracles et autres phénomènes paranormaux peuvent se concrétiser ou non ?

 

Caverne de Platon

 

Cela fait directement écho à la Caverne de Platon, évoquée par l’un des personnages de la série, et qui renvoie à la première scène du premier épisode. Rapidement : sur un mur de la caverne où habitent les Hommes sont projetés leurs ombres et des ombres d'objets dont ils sont persuadés de la véracité et réalité. De fait, la série pourrait être comprise comme une expression concrète de la théorie de Platon où encore une fois la question est de savoir ce que l’on voit et vit : les ombres projetées sur les murs sont-elles réelles ou non ?

Jouant de la sorte et de manière très efficace avec cette frontière de la réalité/irréalité, la série ne cesse de nous torturer et de nous faire nous demander : est-ce que tous ces gens que je regarde sont psychologiquement perturbés ou vivent-ils réellement dans un univers où miracles et surnaturel ont leur place ?

Questionnement qui s’accompagne d’un certain malaise chez le spectateur et qui pourrait causer pour bon nombre un réflexe de repli voire même de rejet brutal de la série. Cet effet est accentué par l’incompréhension de certaines réactions de personnages et d’une mise en scène et d'une écriture perturbantes qui, jusqu’au dénouement final, au dixième épisode, ne laisse que peu de répit et d’indices sur le sort des protagonistes et de « l’univers Leftovers ». La série se révèle parfois en effet frustrante et âpre. D’autant que les clins d’œil bibliques et religieux sont nombreux ce qui, pour nos esprits cartésiens de français (de merde ? pardon, ça m’a échappé), peuvent parfois nous brusquer.

Les éléments naturels - l'insistance sur l’eau et la forte présence des tremblements de terre - soulignent le côté mystique qui entoure cette saison. Les secousses qui jouissent d’une explication scientifique sont rappelées régulièrement dans la série et prennent inéluctablement part aux mésaventures des protagonistes. Elles offrent à cette saison une part de chaos et mettent en relief l’attachement de l’Homme au sol avec notamment la résurrection de Kevin qui sort de terre pendant vraisemblablement une secousse (masturbation intellectuelle, quand tu nous tiens !).

Une saison donc dense en réflexions, tout comme sa prédécesseur, et qui, heureusement, trace son propre chemin sans trop faire de ctrl+c/ctrl+v. Et pourtant...

 

Récurrence

 

Des points communs et d'accroches entre les deux saisons existent. Cela créé une continuité, une habitude, et correspond bien à cette idée de récurrence transmise dans cette nouvelle saison.

En effet, la saison 2 se termine d'une manière quasi identique à la première, une sorte d’instant en suspens. Ainsi, Kevin Garvey rentre chez les siens dans le chaos (provoqué par les « Coupables Silencieux ») après une longue errance, tel un Ulysse qui est passé par un grand nombre de périples et initiations plus qu’ésotériques.

Ce happy end peu original, parce qu’identique à la première saison, n’est pas sans nous mettre du baume au cœur tellement la saison est riche en émotions et en situations tendues, voir critiques. C’est pardonné !

Malgré ce point, les deux saisons sont bien distinctes et sont toutes deux d’une haute qualité de mise en scène, d’écriture et de jeu d’acteur (on ne le répétera jamais assez !).

Mais alors, faire une suite ou non ?

 

Prêt pour une saison 3 ?

 

Si une saison 2 n’apparaissait pas comme fondamentalement nécessaire, il s’avère que cette suite plus que respectable apporte suffisamment d’éléments nouveaux pour élargir et compléter l’univers de cette série atypique. Ainsi, une suite ne semble pas être une mauvaise idée bien que l'on puisse prendre cette nouvelle avec autant d'engouement et de méfiance qu'à l'annonce d'une saison 2. L'important étant de ne pas se perdre dans le propos, ce qui va souvent avec la multiplication du nombre de saisons. Reconnaissons-le, les séries trop longues deviennent souvent ennuyeuses voire décevantes au bout d’un certain temps.

Concernent The Leftovers  HBO a annoncé que la saison 3 serait la saison finale. Elle jouira très certainement d'une qualité quasi-identique à ses deux sœurs aînées et, de fait, on se doute que cette ultime saison ne manquera pas elle-aussi de caractère. Croisons les doigts !

Trailer de la saison 2 :

 


avatar Roman le 01/02/2016  -  commentaires

commentaires

Commentaire ajouté avec succès