Chronique film

Le garçon et la bête

Le garçon et la bête

En bref, un très bon film

 


Ren est un enfant fugueur qui, perdu au milieu de la foule tokyoïte, ne tardera pas à faire une rencontre des plus inattendue et extraordinaire : une bête nommée Kumatetsu.

Ren, qui n'a rien à obtenir du monde des humains - pour le moment du moins - décide de suivre la créature à travers d'étranges ruelles jusqu'à Jotungei, le pays des bêtes.

À 9 ans Ren, baptisé Kyuta (kyu signifiant neuf en japonais) par Kumatetsu, va devenir l'élève de la bête et, par la suite, un fils de substitution. Ou plutôt il va prendre Kumatetsu comme père de remplacement et lui enseigner à être un adulte responsable. L'un et l'autre vont s'enrichir mutuellement jusqu'à ce que Kyuta se décide à retrouver le monde des humains. Monde dans lequel il va rencontrer Kaede, une étudiante, qui à son tour va devenir le maître de Ren. En effet, Kaede va lui apprendre à lire, et à redécouvrir le monde des hommes.

 

Un film assez lisible et intéressant

 

Le film se déroule sans encombres, et ses dialogues bien écrits, ses mises en scènes amusantes parfois très inspirées de Hayao Miyazaki (Le voyage de Chihiro (2002)), ses combats survoltés, nous ravissent plus qu’amplement. La relation entre les deux protagonistes est montrée de manière intelligente et les personnages (hormis Kaede) sont bien dépeints, chacun ayant leur propre personnalité et leur rôle à jouer dans cette grande aventure. L'animation est fluide, et Hosoda n'a aucun mal à nous transporter dans son univers.

La narration est simple, archétypale mais pas lourdingue, et sert efficacement le propos du film. Par exemple, Kumatetsu va perdre son premier combat contre Iozen pour ensuite remporter la victoire décisive au cours de leur second affrontement. À savoir que Iozen est le rival de Kumatetsu et que contrairement à ce dernier, il est un leader charismatique, un champion d'art martial exemplaire et respecté de tous. Kumatetsu, lui, est un grand enfant peu discipliné. Il est en cela l'archétype du chien galeux que tout le monde craint pour pas grand-chose et qui se doit de se surpasser pour prouver qu'il est une personne respectable. C'est une combinaison de personnages assez courants mais toujours efficaces. Kumatetsu est également le maître en mode brute de décoffrage qui se prend d'amitié pour Kyuta/Ren. Ce dernier va finalement décider de le prendre comme exemple, comprenant qu'il y a un cœur tendre derrière cette carcasse d'ours.... Et ça tombe bien car Kumatetsu est un ours ! Et Iozen un phacochère. Mais on s'en fout !

 

Une fin difficilement convaincante

 

Si le film est véritablement très bon, il apparaît néanmoins que son final en mode combat épique shonen (grandiloquent à la Dragon Ball, One Piece ou Fairy Tale par exemple) est lourdingue et peu intéressant. Surtout que Ren, censé être le meilleur épéiste de Jotungei, ne donne aucun coup de sabre. Enfin, si, mais un seul, cherchez l’erreur !

Si le twist final impliquant Kumatetsu et la complétion de Ren est intéressant et puissant, force est de constater que cette fin est assez froide. Le combat final manque de conviction. Enfin... il manque de quelque chose quoi !, et la chute avec Kaede est assez dérangeante. Surtout que le personnage de Kaede est peu intéressant et mal exploité. Ren est en fait atteint du syndrome Son Gohan (Dragon Ball), à savoir : “je suis trop puissant. Mais en fait, au lieu de continuer à être balaise et hyper classe, je vais tout plaquer pour faire des études. Parce qu'étudier, c'est la vie !”.

C’est vrai, étudier, c'est cool, mais Ren aurait pu continuer à vivre en pratiquant le maniement du sabre. Surtout s'il est censé être le meilleur épéiste et qu'en fait... on ne le voit jamais se battre réellement avec un katana ! Frustrant... mais compréhensible si l'objectif du film est bien de montrer qu'à un moment donné on ne peut plus se comporter comme un gosse et qu'on doit grandir. Ce qui signifie au Japon étudier pour aller dans une bonne fac et espérer faire le boulot que l'on désire. La chose est très bien expliquée par Kaede qui espère par-là se sortir du carcan familial austère et contraignant. Et cela en faisant exactement comme les autres. Quitte à devenir, très certainement, comme les autres...

 

Une question d'éducation

 

Le film traite de manière forte et omniprésente de l'éducation d'un enfant et du rapport parent/enfant, un sujet cher à Hosoda puisque déjà évoqué avec force dans tous ses films.

Sans son père (absent) et sans sa mère (décédée), Ren est complètement déboussolé. On lui impose une famille à laquelle il ne veut pas appartenir et préfère fuguer plutôt qu'autre chose. Il manque clairement de repères, qu'il va trouver ailleurs, dans la figure de Kumatetsu. L'enfant est abandonné et en recherche d'un père. L'adulte Kumatetsu est en recherche d'un élève-apprenti et va commencer à se sentir responsable envers l'enfant. L'apport de Kumatetsu dans la vie Ren est primordial, en témoigne l'une des scènes finales du film où Kumatetsu, devenu le nouveau Seigneur de Jotungei, se métamorphose en katana pour fusionner avec Ren. Il remplit dès lors le vide laissé par la mort de la mère de Ren et l'absence de son père. Une complétion qui permet au protagoniste d'écraser son adversaire. Ce dernier (se prénommant Ichirohiko) est également un enfant humain élevé par une bête. Et plus particulièrement élevé par Iozen, le rival de Kumatetsu. Cependant, si Iozen apparaît comme un maître d'arme exemplaire, un homme de droiture et de valeur, la manière dont il a élevé Ichirohiko est un échec. Ichirohiko n'a cessé d'essayer d'imiter un père qu'il lui était littéralement impossible de copier. Et son père n'a cessé d'essayer de lui faire comprendre que son fils était son fils, et qu'il finirait bien par lui ressembler. Des mensonges qui ont plongé l'enfant dans le chaos et la violence quand celui-ci s'est rendu compte que ce ne serait jamais le cas. De fait, on pourrait se dire en regardant le film que les parents sont comme des bêtes qui font du mal à leurs enfants. Et qu'en réalité la relation maître-élève/parent-enfant est que chacun apprend de l'autre et il faut oser se parler quitte à se fâcher plutôt que de feindre le bonheur (critique de la société japonaise ?).

 

Voyage initiatique

 

Ainsi, l'aventure de Ren/Kyuta à Jotungei lui sert de voyage initiatique pour devenir vraisemblablement un adulte accompli. Son périple chez les bêtes lui a permis de découvrir son humanité. Ce que craignaient les bêtes, à savoir le vide dans le cœur des hommes et leur tentation de céder aux ténèbres, devient le point fort de Ren. Cela grâce à sa relation saine avec Kumatetsu. L'image de la bête et de l'enfant est assez puissante et renvoie à une conception antique de l'enfant où celui-ci, considéré comme un adulte en devenir, était également considéré comme un animal sauvage. Un animal à dresser. Sortir du monde des bêtes revient dès lors à sortir de cet âge "sauvage" pour devenir quelqu'un de responsable. Cela revient à quitter le monde du rêve et de l'enfance pour quelque chose de concret et de tout de suite moins foufou mais tout aussi important. En effet, l'appartenance au monde des hommes ne peut se faire sans être passé par l'expérience de l'enfance. Une enfance pleinement accomplie et vécue, sans barrière et en toute honnêteté. Kaede sert en cela de contre-exemple à Ren puisque sa relation avec ses parents est clairement glaciale (voir même polaire !).

 

Le nouveaux Miyazaki ?

 

Kumatetsu et le monde de Jotungei, que Ren découvre enfant, fonctionne un peu comme la forêt et Totoro dans le film Mon voisin Totoro (1988) de Miyazaki. Le principe est le même : un enfant découvre un endroit merveilleux afin de fuir la dure réalité. S'en suit la rencontre avec une créature mystique qui va prendre l'enfant sous son aile pour le faire grandir et mûrir.

Comme dans un Miyazaki, il s'agit bien d'un voyage initiatique et cela se déroule toujours dans un univers mystique ou fantasmagorique. La plupart du temps, c'est en lien avec la nature. Dans Les enfants loups, Ame et Yuki se découvrent et s'apprivoisent auprès d'une nature sauvage. Dans Le garçon et la bête, l'effet est le même, même si ce n'est pas une forêt mais un monde fantastique peuplé de bêtes, ce qui renvoie tout de même à un élément naturel.

Donc oui, d'une certaine manière, Mamoru Hosoda est le nouveau Miyazaki. Si ce n'est dans la forme, cela l'est au moins dans la démarche, même si cela manque encore d'aboutissement. De ce point de vue, Les enfants loups est bien plus fini.

Pour toutes les raisons expliquées ici, Le garçon et la bête est un film à voir. Peut-être pas le meilleur d’Hosoda (La traversée du temps et Les enfants loups étant d’excellents films) mais certainement honorable et qui amène à réfléchir sur l'enfance et ses frontières.

 


avatar Roman le 09/02/2016  -  commentaires

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