Revue livre

Apocalypse Z

Apocalypse Z

« Que disait Roosevelt, déjà ? « La seule chose dont on doit avoir peur, c'est de la peur elle-même » ? Ce brave homme ne s'est jamais retrouvé enfermé dans une boutique sombre, en pleine descente d'adrénaline, couvert d'huile de moteur, à la merci de dizaines de monstres furieux à six mètres de lui, frappant contre un rideau de fer, bien décidés à le dévorer. Je pense qu'il aurait eu peur. Diablement peur. »

Voilà un extrait du premier tome, histoire de vous mettre dans le bain. Avant de parler de cette trilogie « zombesque », revenons un peu sur la façon dont je l’ai découverte. Ainsi, je flânais dans une librairie pendant mes vacances en Nouvelle-Calédonie l’an passé, et je regardais les romans du rayon « fantasy / fantastique / horreur » (le rayon cool donc), histoire de trouver un bouquin pour m’occuper à la plage. C’est à ce moment là que mon œil fut attiré par une couverture représentant un homme maculé de sang, hurlant, devant les ruines encore fumantes d’une ville en arrière-plan. En grosses lettres était inscrit APOCALYPSE Z (*insérer des explosions ici*). Je suis plutôt fan des histoires de zombies, mais j’ai eu de mauvaises expériences par le passé avec des livres qui au final ne valaient pas le coup. Je suis donc parti me renseigner sur le net avant de claquer mon biff à propos de cette série. Il s’avéra alors que les forums spécialisés étaient remplis de « It’s da bomb dude! ». Ni une ni deux, je me procurai donc la bête en e-book. Pourquoi en e-book ? Car à l’époque, ma fidèle bande de sherpas népalais m’ayant fait faux bond, je me voyais mal me trimballer toute la trilogie en papier tout autour de la Calédonie. Et puis c’était (gratuit) moins cher.

Zombies want braaaaiiiins!!!

Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps. L’œuvre de Manuel Loureiro, c’est de la bonne mon frère ! Trois énormes bouquins qui se lisent comme du petit lait, du genre pile ce que je voulais, à savoir l’histoire d’un gars lambda qui doit survivre dans l’horreur, et attention, racontée de la meilleure des manières pour ce genre de récits : à la plume du quotidien ! Enfin j’imagine que oui ça existe, mais je ne suis jamais tombé sur un « journal intime horrifique », donc pour moi c’est original. T’as compris, ô lecteur ?
Comme souvent dans ce genre de thème, nous suivons les aventures d’une personne puis d’un petit groupe au sein d’un monde dévasté, où règnent milles dangers. Le personnage principal est un avocat espagnol qui se fraie un chemin tant bien que mal au travers des hordes de monstres (vivants ou non), pour atteindre un havre de paix aussi espéré qu’hypothétique. Oui, vous avez bien lu, pour une fois, ce n’est ni un américain, ni un soldat / vétéran / expert en survie, ce qui mérite d’être souligné. Le théâtre des opérations prend place dans la région où vit l’auteur : au fin fond de la Galice (ce qui par ailleurs nous permet d’apprendre des choses sur le coin, sait-on jamais). Notre héros n’est accompagné pendant un bon moment que de son fidele félin Lucullus, pour qui il représente bien plus qu’un simple animal de compagnie (une aide bien peu utile en cas d’apocalypse zombie pourtant, car le chat ne bougera pas pendant que vous vous ferez dévorer, contrairement à nos amis les chiens). Il sera très vite rejoint par d’autres compères, notamment un ukrainien qui ressemble à Astérix et qui manie bien le couteau. Leur recherche de sécurité les plongera dans les pires situations, et ensemble, ils traverseront les océans et les ruines pleines de cadavres ambulants. Sans faire dans le spoil, tout finit plutôt par mal tourner à chaque fois, mais bon, nous ne sommes pas là pour les voir se mettre bien pas vrai ? Même si cela permet régulièrement de vivre des ascenseurs émotionnels, ce schéma est en réalité répétable à l’infini : problème, résolution du problème (souvent en y laissant des plumes), nouveau problème etc. L’histoire de la vie portée à son paroxysme finalement. Le récit prend peu à peu une portée internationale, impliquant de plus en plus d’acteurs, de lieux et d’intrigues, pour finir dans une grande apothéose à la fin du troisième tome.

Cher journal, aujourd’hui, je vais mourir dévoré.

Si l’histoire est réellement captivante, la forme de la construction du récit l’est tout autant, voire plus. À la base, Loureiro a commencé son récit sous la forme d’un blog, qu’il tenait plus ou moins au quotidien. Ainsi, le personnage principal partage beaucoup des aspects de sa vie avec son créateur : tous deux sont avocats, vivent en Galice et « connaissent » une femme, Lucia (SUSPENSE !), pour ne citer que ceux-ci. Sur internet, les fanfictions du style « moi contre des zombies » pullulent, littéralement. Alors pourquoi celle-ci est-elle sortie du lot ? Et bien lors d’une bonne partie du premier tome, ce sont les écrits du blog qui nous sont relatés, et nous voyons notre héros assister via internet et la télévision à l’effondrement de notre monde, et son angoisse, son incompréhension coulent jusqu’à nous à travers les pages. Par ailleurs, l’auteur a placé les faits dans un contexte réaliste, avec lieux et personnages politiques à la clé. En résumé, c’est hyper réaliste, et pendant une fraction de seconde, tu hésites même à check la section « actu » de Google (déjà que d’habitude ce n’est pas glorieux…). Par ailleurs, comme l’a si bien souligné mon redac’ chef, nous autres êtres humains avons ce petit plaisir coupable de toujours vouloir en savoir un peu plus sur la vie privée de nos concitoyens. Ce format blog répond parfaitement à ce besoin, et c’est peut-être en cela que cette partie est aussi addictive. L’auteur a-t-il volontairement joué sur cette corde ? Mystère.
Par la suite, notre avocat finit par sortir de sa tanière, et ses propos sont relatés via une sorte de journal intime, dans un style plus libre et plus « commun ». Nous assistons donc au moment où le blog a laissé la place au format papier dans la vie réelle, ce qui n’est là encore pas très commun. Cela est quelque peu dommage car le concept des articles écrits au jour le jour apportait quelque chose de frais, et c’est probablement cette idée qui a lancé l’auteur dans la cour des grands mais passons. En contre partie, le nombre de points de vue se multiplie, et on s’éloigne de plus en plus souvent du point de vue interne de notre personnage principal pour adopter celui d’autres protagonistes (alliés, ennemis et autres..). Cela rajoute une richesse bienvenue. Le style d’écriture reste très approprié pour ce genre de récit et fait le travail, pas de grandes envolées lyriques mais un rythme soutenu à point : on ne s’ennuie pas durant les trois tomes, tant les actions s’enchaînent bien. Les réactions, les personnalités sont plutôt crédibles, bien qu’un peu exacerbées pour rajouter du spectacle, et les descriptions retranscrivent bien l’état d’un monde en ruines, avec en plus une évolution temporelle (plus l’apocalypse a eu lieu il y a longtemps, plus la poussière s’accumule par exemple). Au travers des yeux de nos aventuriers, on assiste à de vraies scènes d’horreurs, qui nous prouve que ouais, ça ne rigole pas !
Nous ne pouvons bien sûr pas conclure cette revue sans parler des grands acteurs de ce récit, qui ont eu la part belle des films d’épouvantes durant la dernière décennie, même si la mode semble s’être un peu tassée : les zombies. Leurs origines sont connues ici à peu près dès le début. Dans les livres, ils sont très bien décrits, et on en apprend de plus en plus à leur sujet au fil des pages : quels sont leurs point faibles et leur forces notamment. Contrairement à certaines œuvres – Walking Dead, Dead Rising ou Shaun of the Dead – ils représentent une vraie menace (moins que les autres humains cependant, l’homme étant un loup pour l’homme, c’est bien connu). Les créatures sont en effet rapides, tenaces et pourvues d’une certaine intelligence, ce qui en fait des tueurs redoutables, tout autant que le virus originel. Leur apparition a enfin redistribuée les cartes sur la planète, permettant l’émergence de nouvelles puissances. Par ailleurs, disons-le, ils sont dégueus !

La Conquista del mundo.

En bref, une trilogie qui conviendra très bien tant aux amateurs du genre qu’à ceux qui cherchent du sang, de la sueur et des larmes ! Pour ma part, j’ai une nette préférence pour le premier tome, mais le troisième recèle de bonnes idées. Le deuxième est un peu plus en retrait niveau oufissime je trouve, mais apporte aussi son lot de scènes complètement barrées.
La parution espagnole originelle d’Apocalipsis Z (sous-titré en français Le Début de la Fin) est parue dans la péninsule ibérique en 2007, les deux autres Los Dios Oscuras (Les Jours Obscurs) et La Ira des Los Justos (La Colère des Justes) sont parus respectivement en 2010 et 2011, et sont sortis en France en 2014 (à partir de la traduction anglaise d’ailleurs…). Manuel Loubeiro a par ailleurs été le premier auteur non anglophone a figurer parmi les 100 livres les plus lus aux Etats-Unis en 2014 d’une part, et a été pendant une semaine au top des ventes d’Amazon tous styles confondus d’autre part. Beau gosse donc. Ah, et a priori, une adaptation cinéma serait dans les tiroirs. CQFD.

Allez, et n’oubliez pas : visez la tête !


avatar Jeremy le 18/02/2016  -  commentaires

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