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La dystopie : retour vers le futur.

La dystopie : retour vers le futur.

Avant que vous ne commenciez à lire cet article, j'aimerais préciser plusieurs points. Ce qui suit, les avis que je donne, les analyses que je véhicule, ne représentent pas une vérité absolue. Cet ensemble est même complètement subjectif. Comme tout un chacun, je peux tout à fait me planter, et si c'est le cas, merci de me le faire savoir dans les commentaires. De plus, il est bien évident que je n'ai pas posé la main sur toutes les œuvres dystopiques du monde. De fait, je ne me baserais que sur celles dont je connais les enjeux.

Bref, il est temps aujourd'hui de me lancer dans mon premier dossier littéraire, travail que j'ai promis au rédac’ chef depuis un moment. Quoi de mieux pour cela que de parler d'un des quelques genres, avec notamment la Fantasy, qui me passionne : la Dystopie.


 

La direction s'excuse pour le mal de tête occasionné

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient d'éclairer quelques lanternes, tel un phare dans votre nuit intérieure (okay, le mec commence direct avec des envolées pompeuses) : une Dystopie qu'est-ce que c'est ? Derrière ce nom de maladie grave se cache en réalité un sous-genre artistique, populaire en littérature mais aussi en audiovisuel. Branchez votre cerveau et accrochez vos ceintures, ça va être un peu chaud.

Une Dystopie représente le contraire d'une utopie, un monde, souvent dans un futur proche, où l'ambiance n'est pas au beau fixe et où ça craint pour la populace. Ainsi, un large pan de ces œuvres peut être aussi catégorisé dans le genre science-fiction, de par leur place dans le futur, ou à l'emploi de technologies utilisées de manière néfaste, servant à contrôler la situation. Cependant, la distinction est simple à faire dans la mesure où le fait que le récit se passe dans le futur n'est pas le point central de l'histoire mais plutôt le contexte. Le système représenté est souvent dur pour la plupart des gens (sauf en général une minorité, les élites), et sans forcément que ceux-ci ne s'en rendent compte. En somme, la Dystopie est un système créé, souvent politiquement, visant à empêcher ses membres d'atteindre le bonheur, tel que nous pouvons le concevoir.

La Dystopie est un genre qui reste apprécié du public, même par ceux qui n'ont pas conscience que l’œuvre en est une. Ce genre permet une source inépuisable de combats entre le bien et le mal, entre l'individu et la société. Les choix moraux, les questionnements pèsent souvent dans les décisions, ce qui permet de créer des personnages convaincants et attendrissants. On les soutient, on les aime, parce qu'ils souffrent, mais restent dignes et courageux. Aussi, je pense que l'attrait à tout ce qui est morbide, cette fascination à la souffrance, jouent un grand rôle dans l'attrait de ce genre pour le public.

Souvent, mais pas toujours, le genre dystopique se veut comme une mise en garde de ce que pourrait être un futur où le système tournerait au désavantage des peuples. Où les États seraient soit totalitaires à outrance, soit inexistants devant des multinationales toutes puissantes. Un monde où les libertés fondamentales seraient bafouées, et des concepts comme la religion, l'accès à la culture ou encore le droit d'aimer seraient tout bonnement interdits. Mais ça, c'était plutôt avant, quand les auteurs étaient impliqués politiquement. De nos jours, les œuvres tendent à produire des œuvres dystopiques visant plutôt à faire vendre de l'émotion brute, sans réelles réflexion derrière, mais nous reviendrons sur ce point.

Maintenant que vous avez compris le principe, il est temps de passer à la présentation de certaines des œuvres qui m'ont le plus marqué.

 

 

Attention, mourir tue

 

Ma première expérience avec ce genre remonte au collège. À l'époque, j'étais tombé sur une œuvre qui me marqua profondément, et qui me toucha, car elle aurait pu me concerner, j'ai nommé le bien aimé Battle Royale (le film), tiré d'un ouvrage originellement parut en 1999 de Koushun Takami, qui alors n'était pas encore traduit, non plus que le manga (qui comporte son lot de wtf et de boobs à foison d'ailleurs). Rendez-vous compte, les personnages avaient alors à peu près mon âge, comment ne pas se plonger tout entier dans cet univers ? Une bande d'adolescents forcée à s’entre-tuer jusqu'à qu'il n'en reste qu'un, tout ça à cause de la toute-puissance d'un régime ressemblant à la Corée du Nord sur bien des aspects. Le point dystopique de l’œuvre est surtout ce jeu morbide ayant lieu une fois par an, dont les résultats sont retranscris dans les médias, conçut en réalité pour distiller la peur dans la population et étouffer toutes envies de révoltes. L’œuvre se concentre autour d'un protagoniste qui refuse de participer à ce jeu morbide, et qui essaye avec sa petite bande de larrons d'y mettre un terme. Le film, le manga et le livre sont trois œuvres complémentaires, qui se ressemblent pas mal dans l'ensemble. Le film s’intéresse moins au contexte, au contraire du manga, qui rajoute son lot de scène « mangesque » digne d'un shonen.

 

Compliqué de parler de Battle Royal sans évoquer une œuvre plus récente, qui fut accusée de trop y ressembler, je parle, je parle, je parle deeeeee... et oui, de la saga The Hunger Games. La trilogie parut entre 2008 et 2010, écrite par Suzanne Collins, a pour fond une histoire relativement ressemblante : un jeu télévisé géant est organisé tous les ans avec pour but de voir des gens se tuer entre eux dans une arène. Cependant, si le principe ici est le même, Collins va plus loin dans le développement de son monde. Évidemment, il s'agit ici de trois livres et non d'un seul, et l'action se passe aussi en dehors du jeu, ce qui n'est pas le cas dans Battle Royal, mais l'auteur à quand même fait un effort de construction. Ici, la Dystopie est poussée plus loin : douze districts sont soumis au Capitole, la ville centrale, où la populace vit bien mieux que le reste du peuple, prospérant sur les biens produits par les districts. Si dans Battle Royal, la sélection se fait au hasard, peu importe sa place dans la société, les sélections pour le « Hunger Game » se font ici aussi au hasard, mais seulement au sein de la population des districts. Ceci a deux buts : distraire les habitants du Capitole, mais aussi là encore empêcher tout risque de révoltes, en montrant la toute-puissance du gouvernement. Les jeux ont ici été établis après une révolte 75 ans en arrière, en tant que punition pour les districts, lesquels n'ont d'autres choix que de s'y soumettre. La société est donc divisée socialement, mais aussi, dans une moindre mesure, géographiquement : plus on vit proche du Capitole, plus on vit bien. Les livres, et surtout les films, ont très bien marché auprès des adolescents et des jeunes adultes : il y a de la romance, du courage, du sacrifice à foison, des jeunes gens qui se rebellent contre le pouvoir mis en place. Dans les deux cas, les victimes, au sens propre, du système, sont des jeunes, ceci pour accentuer l'horreur dans la société dans laquelle ils se trouvent : une société qui n’hésite pas à sacrifier sa jeunesse pour assurer sa stabilité morbide.

 

Même l’un des maîtres de l'horreur en touche deux mots

 

Les livres de Stephen King jouent beaucoup sur cet aspect eux aussi. L’un des maîtres de l'horreur américain a pondu quelques œuvres qui se réclament du genre dystopique il y a quelques années, dont deux particulièrement me viennent à l'esprit : The Long Walk (Marche ou Crève) parut en 1979 et The Running Man, parut en 1982.

Le premier m'a fortement marqué, je l'ai découvert à peu près en même temps que Battle Royal il y a plus de dix ans maintenant, et reste pour moi un classique, l'un de ces livres qui vous marque à vie. C'est de plus le premier livre jamais écrit par Stephen King, même si non le premier publié. Tout un symbole je vous dit. Le roman suit l'histoire de jeunes hommes participant à un jeu national organisé aux États-Unis, devenu un état plutôt totalitaire, une fois par an, « la Longue Marche ». Le principe est simple, les « marcheurs » doivent marcher jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. S’ils s'arrêtent pendant trop longtemps, s’ils ralentissent trop souvent, ils sont fusillés sur place par les soldats qui les suivent. Pas d'échappatoire, c'est la victoire ou la mort. Le gagnant reçoit pour prix tout ce qu'il veut pour le reste de sa vie. L'auteur tourne cette histoire de manière convaincante, alors que le principe reste pourtant très simple. Les relations entre les participants évoluent, eux qui sont à la fois amis et concurrents. Le personnage principal nous décrit au fur et à mesure l'évolution de son état physique, de son point de vue par rapport au jeu, au système dans lequel il vit, aux relations sociales, bref, tout un portrait moral est dressé dans l'enfer du jeu. Ce qui m'interpelle ici est la relation de la « Foule » par rapport au jeu. Celle-ci, masse indistincte de visages, adore assister au jeu, qui brasse des milliards de dollars chaque année. Le rapport à la mort est détaché de ce qu'elle signifie vraiment, elle n'est vue par le peuple que comme une défaite, et ce dernier ne lui attribue pas le caractère tragique qu'elle mérite. Pire, les effets personnels de ceux qui tombent sont avidement collectés, sans respect ni émotions.

« Du pain et des jeux » comme l’on disait dans la Rome Antique.

 

Le deuxième livre de King, The Running Man, a pour récit l'histoire d'un homme qui participe à un jeu du même nom. Les États-Unis sont devenus en 2025 (dans pas si longtemps donc) une société ruinée et hyper violente, dans laquelle l'ensemble de la population est maintenue dans la pauvreté, et là encore, de manière totalitaire. Le jeu est simple, un homme doit survivre pendant trente jours pour gagner la somme d'un milliard de dollars. Cependant, il devient l'objet d'une chasse à l'homme, et est pourchassé par des « Hunters », qui le traquent sur l'ensemble de la planète. Chaque jour, il doit envoyer deux vidéos à la chaîne sur laquelle est diffusé le jeu, sinon, il perd le jeu mais continue d'être traqué jusqu'à sa mort. L'argent ici est utilisé pour récompenser la violence (ce qui, dans certains cas, est valable dans notre vrai monde, selon les formes que celle-ci prend) : il touche de l'argent à chaque fois qu'il tue l'un de ses poursuivants ou un membre des forces de l'ordre, de même, ceux qui le dénoncent reçoivent eux aussi de l'argent. Il est étonnant que Stephen King ait pensé à de tels concepts, avant même l’invention, ou plutôt la démocratisation de la télé réalité.

Qu'ont ces œuvres en commun ? Elles présentent un système dans lequel la population est muselée, mais gardée sous contrôle via l'invention de jeux morbides qui évacuent leurs sentiments jugés néfastes par les gouvernements, tels la haine ou la colère, et qui permettent de détourner les esprits des vrais enjeux. Un parallèle peut être facilement établi avec les jeux du Colisée de Rome, ou encore certaines émissions que nous pouvons voir de nos jours dans notre sacrosaint petit écran.

 

 

Ils sont frais mes classiques, ils sont frais !

 

Pour finir ce dossier, j'aimerais revenir sur trois œuvres majeures du genre dystopique, qui sont devenus cultes et qui se ressemblent sur nombres d'aspects.

 

Premièrement bien évidemment, 1984, écrit par Georges Orwell en 1949. Si vous n'en avait jamais entendu parler, vous connaissez sûrement la légendaire expression « Big Brother is watching you », souvent usée à tort et à travers ces dernières années, pour qualifier une entité qui met son nez impunément dans la vie privée des gens. Initialement écrit pour critiquer la Russie stalinienne et communiste de l'époque, le livre est rentré dans les mœurs pour sa vision d'un monde où l'État a réduit le peuple en une masse informe et soumise, mais qui n'en a même pas conscience. La société est dirigée par le « Parti », dont le leader est prétendument Big Brother lui-même, représenté sur des affiches par un visage ressemblant à Staline. Le Parti lui-même est subdivisé en deux, le Parti Intérieur et le Parti Extérieur. Le Parti Intérieur possède la mainmise sur la société, le Parti Extérieur, dont le personnage principale fait partie (oui, ça fait beaucoup de fois le mot « parti(e) »), fait ce qu'il faut pour contrôler le reste des 80% de la population. Dans ce système, la vie privée n'existe plus, chaque habitation étant muni d'un « télécran », qui crache de la propagande à longueur de journée tout en observant vos faits et gestes. Bien évidemment, tous les droits fondamentaux n'existent plus : seul le Parti est vrai. Les relations amoureuses sont prohibées et le sexe n'a pour but que celui de la reproduction. Les arts et la culture ont disparus et ont été remplacés par des travaux dénués de fond. Les informations sont contrôlées et remaniées pour correspondre à ce que le Partie désire. Par ailleurs, un nouveau langage est inventé, le « novlangue » qui efface peu à peu les mots subversifs pour à terme empêcher toutes pensée rebelle. Ceci a résulté un peuple docile, qui est heureux de sa condition, et ne se rend même pas compte qu'il est soumis. L'ancien système est oublié depuis longtemps : un nouveau calendrier et une nouvelle histoire sont apparus. J'en passe et des meilleures sur le système représenté dans le livre, mais par rapport à ce que j'ai lu, c'est le pire système existant qui est décrit ici. Aucune échappatoire n'est possible. Même les rares qui osent se rebeller sont rééduqués avant d'être exécutés, pour ne pas créer de martyre.

 

Deuxièmement, Brave New World (Le Meilleur des Mondes), de Aldous Huxley parut en 1931, possède une tournure presque similaire. La société est divisée en classes, des Alphas aux Epsilons, dont les membres sont conditionnés dès avant la naissance. Les fœtus sont produits artificiellement et manipulés pour répondre aux besoins de la société. L'ensemble de la population n'a pas conscience qu'elle pourrait être autre chose que ce pourquoi elle a été créé, mis à part de rares membres dont les caractéristiques physiques ou morales leurs ont fait prendre conscience de leur propre individualité, ce qui arrive d'ailleurs au personnage principal, un Alpha moche et gros. De toute façon, mis à part les Alphas et les Bêtas, tous les membres des autres classes sont des clones, dont le but est de produire des biens. Tous les individus sont conditionnés dès l'enfance pour aimer son propre sort. Tout a été mis en place pour que l'individu se sente bien dans sa classe, et soit convaincu que celle-ci est la meilleure. Toute forme de propriété personnelle n'existe plus, y compris avec son propre corps, et chacun appartient à tout le monde. Les ressources sont disponibles en abondances, les religions ont été remplacées par un culte unique, et la haute culture a disparu. L'argent a été remplacé par le « soma », une drogue qui fait planer et qui n'a aucun effets secondaires (la drogue ultime donc). Ceci pour créer la société la plus stable possible : plus de jalousies, plus de guerres, plus de conflits. Cependant, vous l'aurez compris, il s'agit ici d'une véritable société aseptisée, qui n'avance plus, qui n'a plus aucunes saveurs, hormis pour les dix « Gouverneurs mondiaux », tranquillement installés sur leur fauteuils, à contempler ce monde de paix malsaine. Les derniers humains normaux existant sont conditionnés dans des réserves, et vivent comme les amérindiens d’aujourd’hui.

 

Dernière œuvre d'envergure et je vous laisse tranquille : Fahrenheit 451 de Ray Bradbury parut en 1953. Le principe sociétal ressemble ici pas mal à celles vues précédemment, le point particulier étant ici que les livres sont déclarés interdits, et que les pompiers ont pour missions de les trouver et de les brûler. Dans ce système, des notions telles que là encore l'amour, l'intelligence ou la communication n'existent plus. Les individus portent en permanence des oreillettes qui agissent comme des radios, cette absence de silence empêche toute introspection et ne permet donc pas la remise en question. Les médias sont omniprésents et détiennent la vérité. Les livres sont considérés comme des objets inutiles et favorisant l'agitation sociale. Une telle société a été possible par l'absence de mobilisations des intellectuels d'une part, et d'autre part par le nivellement par le bas de l'éducation et des médias. Contrairement au monde présenté par Brave New World, les gens ne sont pas vraiment heureux, et c'est ce dont se rend compte le personnage principal de l'ouvrage. Cependant, contrairement aux autres œuvres précitées, le gouvernement est ici plein de failles, et son propre manque d'intelligence finit par l'handicaper par sa lutte contre le savoir.

 

Message à caractère informatif

 

Voilà pour ce brassage d’œuvres dystopiques dans la littérature. Il existe encore bien évidemment un grand nombre de classiques, mais je ne suis qu'un simple mortel et le but ici n'est de toute façon pas de tous les citer. Le genre a aussi de beaux jours devant lui au cinéma avec des titres célèbres tels que The Matrix, Bienvenue à Gattaca ou encore Metropolis pour les classiques, et du grand spectacle tel que Divergente en ce moment.

L’intérêt principal de ce genre reste pour moi, au-delà des émotions qu'il procure, de mettre en relief l'importance de faire marcher ses méninges. Ces systèmes présentés sont à chaque fois le résultat d'une paresse intellectuelle, d'une acceptation des choses telles qu'elles sont, de la non remise en question de ce qu'on vous dit. Alors, mes amis, lisez, réfléchissez, faites-vous vos propres avis, et n'ayez jamais peur d'élever votre voix si vous estimez être dans votre bon droit.

 

Allez, et ne vous laissez pas faire !

 


avatar Jeremy le 03/03/2016  -  commentaires

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