Chronique film

10 Cloverfield Lane : et non pas Cloverfield 2.

10 Cloverfield Lane : et non pas Cloverfield 2.

En septembre 2007, un teaser, dévoilé par la société Bad Robot, fît fureur sur le net. Dans ces images filmées caméra à l’épaule, on pouvait un groupe de jeunes new-yorkais célébrant le départ de l’un de leurs amis. Le genre de soirée plutôt sympa, que l’une des personnes s’amuse à filmer. Et puis soudain, un bruit assourdissant, les lampes qui vacillent. Tout le monde monte sur le toit pour voir ce qu’il se passe. Les gens discutent, s’inquiètent, tentent de rassurer. Ce n’était rien. Jusqu’à l’explosion dans le downtown de Manhattan. « Ça y est, ça recommence ». Tout le monde se précipite dans la rue, affolé. Lorsque d’un coup, sans prévenir, la tête de la statue de la Liberté atterrisse en plein milieu dans la rue.

Il n’en fallu pas plus pour que tous les « geeks » et autres cinéphiles avides de sensations fortes se ruent sur le net, afin de discuter et de percer le secret de ce mystérieux teaser.


Et voilà, le tour était joué. Le talentueux J.J. Abrams venait d’accrocher une énorme partie du web à son projet énigmatique : Cloverfield.

 

Champ de trèfles

 

Sorti le 6 février 2008, Cloverfield a reçu un excellent accueil, autant de la part du public que de la critique. Suivant, caméra à l’épaule, la tentative désespérée d’un groupe d’individus cherchant à retrouver l’un des leurs lors d’une attaque sur la ville de New York, Cloverfield est parvenu, en l’espace d’une heure 20, à fasciner, à interroger, mais aussi, et surtout, à réinventer le genre « film de monstre » (enfin ça, c’est moi qui le dit), délaissé depuis pas mal d’années à ce moment-là (le Godzilla de Roland Emmerich faisant office de dernière occurrence forte dans le genre).

En bref, Cloverfield est devenu l’étalon-maître, la référence instantanée d’un genre qui semblait destiné à l’oubli.

Depuis, nous avons eu de quoi faire. L’extraordinaire Monsters et le mitigé Godzilla de Gareth Edwards, le très sympathique Super 8 de J.J. Abrams lui-même (Cloverfield est réalisé par Matt Reeves, mais c’est Abrams qui en prend bien souvent le crédit alors qu’il n’est « que » producteur), ou bien encore le très très moyen Pacific Rim de Guillermo Del Toro. Et puis prochainement, de nouvelles itérations de Godzilla et de King Kong.

Bref. Cloverfield a marqué. Il a à vrai dire tellement marqué qu’un énorme pan de son public guette la moindre information sur le sujet.

Alors il n’y a pas même deux mois, quand la Paramount et Bad Robot ont dévoilé le teaser de 10 Cloverfield Lane (objet de la présente chronique à titre de rappel personnel, car je m’étends beaucoup trop sur le film originel que, vous vous en doutez, J’ADORE), tout le monde est resté un peu bouche bée.

Pour ma part, j’ai cru à un canular, quelque chose de complètement autre. Je l’ai pris pour un film n’ayant rien à voir (et en ce sens, j’ai eu raison), de la même manière qu’un mot peut apparaître dans deux films différents (Deadpool / Dead Man si vous voyez l’idée).

Et puis constant que la toile s’affolait, je me suis moi-même affolé ! Allions-nous avoir enfin une suite à ce spectaculaire film ? OUI !

 

Enfin…

 

Non. Vous vous en doutiez (vu que je vous ai spoilé un peu plus haut bande de petits malins), 10 Cloverfield Lane n’a RIEN en commun avec son prédécesseur si ce n’est le nom. Argument marketing ? Sans doute. Ceci étant, cela n’enlève en rien à la qualité du film, qui repose avant tout sur son casting et les performances de celui-ci, et sur l’atmosphère claustrophobique et horrible qui s’en dégage.

Jusqu’aux dernières 20 minutes du film, on pourrait vraiment croire que nous sommes dans l’univers dépeint par Cloverfield.

Michelle, jeune femme un peu perdue, quitte son fiancé en catimini. Elle se lance sur la route, sans objectif, sans rien. Et puis un accident la fait sortir de la route. Lorsqu’elle se réveille, Michelle n’est pas à l’hôpital. Elle est dans une pièce insalubre, seule, mais surtout attachée au mur.

C’est alors qu’un homme se présente à elle. Gigantesque, bien avancé dans l’âge, Howard l’a sauvé. Pas seulement de l’accident, mais bien de l’attaque massive que vient de subir le pays, et, a priori, le monde.

Mais une question se pose : comment croire Howard, cet homme rustre et presque violent, au bord perpétuel de l’explosion, alors que celui-ci n’a aucune preuve de ce qu’il avance, et qu’il la retient prisonnière de ce bunker qu’il a passé sa vie à construire.

Michelle va alors, avec l’aide de Emmett, employé de Howard que celui-ci a accueilli dans son abri, tenter de s’échapper de cet infernale situation.

 

Better Call Saul? I… I’m not sure.

 

Avant de passer au gros du film, attardons-nous sur les deux acteurs « héroïques » de ce triptyque. D’un côté, nous avons Mary Elizabeth Winstead (que vous avez peut-être vu dans l’amusant Scott Pilgrim), incarnant une jeune femme au début du film psychologiquement instable, qui va au fur et à mesure devenir une femme forte (peut-être même trop). De l’autre, John Gallagher Jr. (States Of Grace), un jeune homme un peu simplet mais tout à fait lucide sur les rapports de force qu’imposent cette situation.

Sans être des performances à couper le souffle, ces deux acteurs-là font très bien leur travail. Mais la palme revient bien sûr au troisième personnage, l’antagoniste, le non moins éminent que John Goodman (sérieusement, ce gars-là a fait beaucoup trop de films pour en citer un en particulier, mais je garderais toujours en mémoire son excellent passage dans O’Brother des frères Coen), dans le rôle de Howard.

Poli, strict, dangereux, angoissant, FLIPPANT COMME ÇA N’EST PAS PERMIS, John Goodman incarne à la perfection cet individu en apparence bourru, mais qui se trouve être véritablement monstrueux. Ceci étant, ce qu’il y a de très intéressant outre la psychologie de ce personnage, ce qu’il s’avère que c’est lui, l’antagoniste, qui détient la vérité. GROS GROS POUCE pour ça !

 

The end.

 

Et c’est là tout le problème. 10 Cloverfield Lane est un très très bon film, un excellent huis-clos sachant très bien jouer sur tous les plans (psychologie, mystère, angoisse etc.), mais qui se voit, non pas gâché, mais discutable par sa fin.

Posé autrement, et sans en dire trop, il y a, clairement, un moment où le film AURAIT DÛ s’arrêter. C’est assez fréquent dans le monde du cinéma, mais ici, c’est limpide comme de l’eau de roche. Le film saccage son héroïne, en la faisant passer d’une femme faible à une femme forte (« jusqu’ici tout va bien… ») pour la faire devenir une femme OVER BAD ASS - en un rien de temps -.
Dommage, car on sait très bien que la chose que l’on retient le mieux, c’est bien souvent la fin.

 

 


avatar Maxime le 21/03/2016  -  commentaires

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