Chronique film

Batman v. Superman : les hommes sous le masque.

Batman v. Superman : les hommes sous le masque.

Assassiné par la critique, le blockbuster de Zack Snyder, sorti le 23 mars 2016 dans les salles obscures, porté par Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Jesse Eseinberg, Amy Adams, Jeremy Irons ou encore Laurence Fishburne, défraye la chronique et les foules. Cela faisait longtemps qu'une telle déferlante de déception et de rejet ne s’était pas faite ressentir à l'encontre d'un film et de son réalisateur. Une déception qui semble à la hauteur de l'attente qu'il y avait autour de ce film. Trop grande.

Vraisemblablement, Snyder, tout comme Josh Whedon pour Avengers: Age of Ultron, résiste – plutôt sereinement - à l'assaut en évoquant une director's cut qui étendra la durée du film à plus de 3 heures.


Malheureusement, les informations qu'il apporte ne vont pas satisfaire les déçus. Pire, cela ne fait que renforcer la position de certains à l'encontre de ce long-métrage. Ce qu’il y a de dérangeant, c'est qu'il y a dans les critiques (à la fois du public et des observateurs du milieu), une sorte d'unanimité sur le sort que l'on devrait réserver à ce film. À ScreenBreak, nous avons été plusieurs à avoir été grandement déçu d'Avengers: Age of Ultron - et à juste titre ! -. Pour autant, si pas mal de gens critiquaient négativement et violemment le film, il s'avérait qu'il était fermement défendu par beaucoup d'autres. Pour le cas présent, on assiste à un véritable consensus quant à lapidation nécessaire de ce film, une sentence sans procès équitable. Mais cessons la comparaison Age of Ultron/Dawn of Justice, ça ne mènera nulle part. Nous sommes ici pour parler du combat du siècle entre deux légendes super-héroïques bon sang de bon soir ! Une tâche loin d'être aisée à laquelle s'est attaquée Zack Snyder, et non sans réussite.

Ce film était un vrai challenge, un défi incroyable. Faire s'affronter deux icones majeures de la pop culture, lancer un nouveau Batman, réaliser une suite à Man of Steel, le tout en étant un pré-quel à la Justice League (l’équivalent aux Avengers chez DC Comics)... la chose était loin d'être du domaine de la facilité.

Et j'ai bien du mal à croire que le film soit tant attaqué, et cela avec une telle hostilité, au vu du résultat final. Et je déplore l'intérêt de cette vidéo où l'on voit Ben Affleck et Henry Cavill se défendre, devant un journaliste, des nombreuses critiques acerbes lancées contre le film. On y voit un Ben Affleck soit disant attristé sur fond de « Sound of Silence » de Simon & Garfunkel. Même si en soit la chose peut être amusante, c'est puéril...

Mais après tout, si je suis déçu par toutes ces réactions, c'est bien évidemment parce que j'ai apprécié ce film - non sans reproches -.

 

En bref (en genre très très bref) !

 

18 mois après les évènements de Man Of Steel, la figure de Superman s'effondre. De son côté Batman cherche un moyen de replacer l'Homme au centre du jeu. Entre les deux, Lex Luthor tire les ficelles.

 

Commençons par le commencement !

 

Ce film est d'une densité telle qu'il est difficile de savoir par où commencer. Le sujet est vaste et l'on pourrait en discuter pendant des heures – ce que nous faisons ici à la rédaction -.

Alors commençons par le commencement. Le film s'ouvre, non sans surprise, sur le chevalier noir. Ou plutôt sur une énième version de la mort de ses parents, de sa course effrénée au cimetière familiale, de sa chute dans un puit et de sa rencontre avec ce qui va devenir son symbole dans sa croisade contre le crime (la chauve-souris). Une redite qui m'a rappelé le premier film Batman de Tim Burton (sorti en 1989) et qui était au final inévitable. On ne peut reprocher à Snyder d'avoir eu envie à son tour d'évoquer cet évènement tragique et fondateur dans la construction du chevalier noir. Cet élément est primordial étant donné que la lutte entre le « Bat de Gotham » et le « fils de Krypton » se joue avant tout sur un plan psychologique – et idéologique -. Bien cerner la psychologie de Bruce Wayne est plus que nécessaire pour comprendre pourquoi et comment il mûrit son aversion envers le kryptonien. Et cela tout du long du film. Mais nous y reviendrons quand nous évoquerons l'affrontement entre les deux super-héros.

Le film se lance donc sur Bruce Wayne et cela via un rêve où on le voit, enfant, en train de voler au milieu des chauves-souris. La chose a de quoi être déconcertante, jusqu'à ce que l'on comprenne que la psychologie de Bruce Wayne est construite en partie dans ce film autour de ses angoisses qui se révèlent à travers ses rêves. Le procédé n'est d'ailleurs pas différent que dans un Iron Man 3. Pas différent mais mieux fait, plus approfondi.

 

11 septembre ?

 

Bruce Wayne est à l'honneur en ce début de film puisqu'on le voit longuement dans une scène apocalyptique, pris au milieu du duel Superman/Zod. En bon patron, il vient secourir ses employés situés dans la tour Wayne de Metropolis. Contrairement à un Lex Luthor en patron manipulateur, Bruce Wayne fait figure de patron modèle - contraste évident avec son double masqué violent -.

La séquence n'a pas manqué de rappeler à bon nombre de spectateurs les attentats du 11 septembre 2001. Le film est d'ailleurs sur certains aspects "très américain". Les références bibliques, ou les hommages militaires rendus à Superman à la fin du film (ce patriotisme bien états-unien) ne nous parlent peu, tellement l'écart entre nos cultures peut être  grand. Et puis, cela n'est pas sans nous rappeler cette citation tirée de l’extraordinaire Watchmen (de Snyder d’ailleurs) : « Dieu existe, et il est américain ! ».

Cette scène, qu'elle rappelle ou non le 11 septembre, permet une fois encore de commencer à installer la démarche de Bruce Wayne vis-à-vis de la menace que peut potentiellement être Superman. Laquelle est : on ne peut tolérer l'existence d'un être d'une telle puissance et capable d'engendrer une telle destruction sans être certain de pouvoir le maîtriser, sans avoir la garantie de pouvoir arrêter ses agissements s’ils venaient à aller à l’encontre de l’intérêt général. Grosso modo, son objectif est identique à celui de Lex Luthor. Tous deux sont des humains frappés dans leur fragilité d'être humain face à une puissance extra-terrestre démesurée. Cette impuissance, comme le dit très justement Alfred, provoque des réactions violentes que sont celles de Lex Luthor et de Bruce Wayne. Le premier en vient à manipuler Superman qu'il considère comme un Dieu devant mourir, le second, en justicier, veut rendre son jugement en se débarrassant lui-même de la menace potentielle qu'est l'homme d’acier.

En soit donc, cette scène "11 septembre" est là pour replacer l'action de Man Of Steel du point de vue d'un être humain, et pas de n’importe lequel !

 

Le pouvoir de la manipulation

 

On en vient à cette fameuse scène en Afrique, véritable point de départ à l’histoire, où Superman déboule pour secourir Lois Lane. Ce n'est que plus tard dans le film que l'on comprendra que tout cela n'était que manipulation pour piéger le dernier fils de Krypton. Malheureusement tout ce qui se trame autour de cette histoire n'est pas très clair dans le film. Et puis il y a cette balle inconnue - créée par Lex Luthor et utilisée par ses hommes de mains - ramenée par Lois Lane d'Afrique. Sacré Lex ! Tout ce qui tourne autour de cette balle est long et fastidieux. Il aurait mieux valu que le lien soit fait plus rapidement entre Lex Luthor et la belle. Un suspense inutile, une enquête trop longue.

Ce manipulateur fou de Lex planifiait depuis longtemps la chute du super-héros quasi divin. Mais surtout, on se demande comment celui-ci est au de la véritable identité de certains personnages. Là, réponse : GROSSE. ZONE. D’OMBRE.

 

Gods among us

 

« Dieu existe, et il est américain ». Cette phrase citée plus haut fonctionne très bien quand on veut parler du Superman de Batman v. Superman: Dawn of Justice. Comment, et sous quelles conditions, un être doté d'une telle force peut-il cohabiter avec les êtres humains ? Le fait qu'il soit comparé à un Dieu et qu'il y ait de la part de la population ou d'un personnage comme Lex Luthor, une telle fixation sur la figure de Superman est purement américain. Dieu est partout, et la présence de Superman ressemble à celle d'un messie. L'humanité est, intensément, à la fois attachée autant qu’elle craint cette icone venue des cieux. Qui plus est, de par son éducation, Superman ne veut agir qu'en étant un symbole pour l'humanité, le héros de l'humanité. Une posture difficile à assumer, justement retranscrite à travers le film – il ne s’exprime pas autant qu’on pourrait le penser -.

À contrario, Batman, en position de faiblesse dans ce monde qu'il découvre habité par des êtres dotés de pouvoirs surhumains (les méta-humains), a sa propre vision du monde qui lui vient également de son éducation. Il ne peut accepter l'existence de Superman aussi facilement. Et le plus intéressant est que Superman non plus ne peut tolérer l'existence d'un justicier agissant en toute impunité, contrairement à lui qui doit rendre des comptes et subir le courroux de nombreuses personnes. On le ressent bien lors de la soirée de gala organisée par Lex Luthor où Clark Kent et Bruce Wayne se confrontent via un dialogue bien pesé. Le premier juge le bat-justicier de se croire au dessus des lois et le second rétorque que celui-ci  encense un être surhumain aux pouvoirs dévastateurs, un danger véritable.

Plus que d'un combat entre deux super-héros, il s'agit d'une lutte entre deux idéologies. Le film prend bien le temps de montrer cela et de mûrir la chose jusqu'à l'affrontement physique, qui devait être établi et expliqué au risque d'être totalement dénué de sens. Batman, surtout, et Superman, devaient avoir une bonne raison de s'affronter. Un tel duel au sommet devait avoir un sens. Dans le cas contraire, cela aurait été parfaitement ridicule et décevant. Ce qui n'est pas le cas ici !

 

Trinité

 

L'intrigue du film tourne autour des personnages de Clark Kent/Superman, Bruce Wayne/Batman et de Lex Luthor. Ces trois individus ont un point commun : ils ont perdu au moins un parent. Une disparition qui a laissé une trace profonde chez ces trois individus. On perçoit bien la chose dans le film et on comprend qu'un super-héros / « super-vilain » est certes un individu extraordinaire, mais aussi, sous le masque, quelqu’un de parfaitement ordinaire. Au-delà des pouvoirs et du masque, il y a une personne, avec sa psychologie, son idéologie et ses travers moraux. Il faut en effet une bonne raison pour qu'une personne embrasse cette vie de justicier ou d'antagoniste. Il faut un évènement tragique qui le pousse à emprunter cette voie périlleuse.

Tous se complètent et font progresser l'intrigue. Lex Luthor tient sa revanche sur Superman, ce dieu kryptonien qui fait passer les humains pour des êtres fragiles, en le manipulant. Et cela de la plus traditionnelle mais efficace des manières : en s'en prenant à sa famille. Ainsi manipulé, l'homme d’acier s'en va affronter son adversaire qui l'attend de pied ferme et qui, peu importe la situation, est plus que prêt à en découdre, muni de l'arme qui lui permettra de vaincre son super-adversaire. Une arme dérobée à Lex Luthor.

Zack Snyder leur donne ainsi une raison pour faire ce qu'ils font. Ce sont des personnages qui sont investis dans leur soif de justice et qui ont une réelle dualité avec leur "masque". De fait, seul Lex Luthor est en réalité égal à lui-même et ne se cache pas derrière une double identité.

On remarquera que cette réflexion sur la double identité d'un super-héros n'existe pas aussi intensément chez Marvel – voire pas du tout -. Peut-être cela sera le cas avec Captain America: Civil War dont, normalement, c'est la question fondamental : les héros doivent dévoiler leur identité. Le fait est que, pour Marvel, on connaît déjà l'identité du héros ou du moins celle-ci dévoilée, n'importe et n'affecte que peu leur vie ou les aventures qu'ils connaissent.

Au moins, Batman v. Superman: L’Aube de la Justice a le mérite de nous proposer un autre discours sur le super-héros. Discours que l'on retrouvait dans Watchmen et dont il est inutile de faire la comparaison avec le présent film. On ne compare pas Pulp Fiction et Jackie Brown...

 

LET THEM FIGHT!

 

On en vient au duo principal du film. Le chevalier noir contre l'homme d’acier, le cœur de ce film et ce que tout le monde attendait. Et comment vendre la chose autrement qu'en parlant de combat du siècle ?! Quel défi que de faire s’affronter deux personnages aussi importants de la culture pop et de l'univers des super-héros. C'était loin d'être une tâche facile et le film s'en tire plus que bien. Le combat est justifié, équilibré et la victoire, si elle devait revenir à quelqu’un, revient à un Batman conquérant, sombre, atteint dans ses valeurs et assoiffé de justice. Le film prend le temps de développer la haine de Bruce envers Superman. Une haine alimentée par Lex Luthor. Mais également par Superman lorsque ce dernier vient le trouver pour lui mettre la pression. S'en suit une interrogation en forme de promesse à l'impact retentissant et terriblement classe que dit Batman : « Tell me. Do you bleed ? You will » (Dis-moi. Est-ce que tu saignes ? Tu vas saigner ».

Le dénouement du combat est peut-être le seul bémol à cet affrontement plus qu'épique. Et en même temps le fait d'avoir joué sur le nom de Martha est plutôt intelligent. En effet, les mères des deux héros s'appelant ainsi, Bruce Wayne ne peut rester inerte face à la mention de ce prénom. Aussi, quand il promet à son nouvel ami Superman que Martha ne mourra pas, on ne sait s'il veut parler de sa mère ou de celle de Clark. C'est simple, peut-être trop simple, mais assez malin et efficace. Jouer sur l'aspect psychologique est une fois encore une bonne chose. On est loin, très loin, d'une fin de combat à la Hulkbuster v. Hulk (Avengers: Age of Ultron) absolument ridicule.

Ce nom seul permet en fait de créer un lien entre ces deux êtres. C'est certes bancal et un peu mince, mais il fallait bien quelque chose pour arrêter ce combat. C’est un pari risqué, quoique réussit.

 

Le plus grand combat de gladiateurs de l’Histoire du monde

 

Loin d'être la course à la baston, le film nous délivre tout de même son lot de scènes denses et intenses d'affrontements physiques digne des super-héros dont il est question. La grandiloquence du combat contre Doomsday (où il s'agit clairement d'un affrontement entre des êtres surpuissants dans lequel Batman n'a pas vraiment sa place) ou l'intervention de Batman pour délivrer Martha Kent sont épiques et frappants. Concernant le Bat, il est étonnant de voir à quel point son combat pour délivrer Martha semble tout droit sorti d'un jeu de la saga Arkham. S'inspirer des jeux vidéo est une tendance qui se répand assez bien dans le cinéma actuel. Et ici, ça fonctionne plus que bien. Cette séquence est horriblement bien foutue. On se rend bien compte qu'à son échelle de simple mortel, Batman est d'une efficacité redoutable. Il n'hésite pas à tuer (énorme débat dans la communauté des fans que cette question) ce qui correspond bien à ce "vieux" Batman qui a roulé sa bosse et qui n'a plus à faire dans la dentelle. Il utilise des armes à feux ? Peu importe. Zack Snyder en a fait un monstre d'efficacité, un justicier qui se bat pour vaincre ses adversaires. Effectivement, cela nous éloigne du Batman habituel qui ne tue pas forcément (comme celui dépeint dans la trilogie de Christopher Nolan) ou qui utiliserait d'avantages ses bat-gadgets. Que ça plaise ou non, c'est une adaptation du personnage, une autre manière de le percevoir. En ce sens, il ne ressemble à aucun autre Batman présenté au cinéma. Encore une prise de risque qui ne manque pas de mordant !

Concernant Doomsday, l’antagoniste ultime du film, il faut bien avouer que s'il est assez moche dans sa première forme, il est vraiment terrifiant sous sa seconde. Et bon sang, il ne fait pas rire les mouettes ! Le combat entre lui et ses trois adversaires, bien que parfois filmé de trop près, est dantesque. Le son de guitare sur cette scène de combat donne même un côté Robert Rodriguez à ce passage. Wonder Woman est une guerrière redoutable - même si sa présence dans le film n'apporte pas grand , elle est très bien amenée - et Doomsday une machine de guerre dévastatrice. La conclusion de ce combat n'a rien de décevante. Ce n'est pas une mort décevante pour Doosmday.

L’implication de Superman par contre, fait très "héros américain", comme le "sacrifice" de Batman à la fin du décevant The Dark Knight Rises (2012), et a bien failli me faire criser.

Mais bon, c’est l’jeu ma pauv’ Lucette.

 

Ligue des Justiciers

 

Du point de vue technique, on peut ne pas être d'accord avec la méthode Snyder. À vrai dire, on peut reprocher pas mal de choses au film et même moi qui l'ait beaucoup aimé, je reconnais ses torts. Et notamment de sa hasardeuse présentation des futurs membres de la Ligue des Justiciers. Lex Luthor, qui a ressemblé des dossiers sur les méta-humains, se fait pirater par Bruce Wayne qui accède à ces données. Il y a ainsi une photo de Wonder Woman et trois vidéos chacune présentant The Flash, Aquaman et Cyborg. Encore une fois, la question s'est posée de savoir comment présenter la Justice League sans le faire via les scènes post-génériques, et donc en évitant de copier la concurrence. Faire autrement, décidemment, ça a l'air d'être le crédo pour DC Comics.

La clé USB n'était pas la meilleure idée, c'est certain. Et les trois vidéos de présentation ne sont pas excellentes non plus. Celle d'Aquaman est notamment trop longue - j'aurais préféré que ce ne soit qu'une ombre, un mystère caché dans l'océan -. Encore une fois, c'est pour simplifier le scénario et éviter de rallonger le film que ce procédé a dû être choisit. Après tout, le nœud du film c'est bien la construction du combat entre Batman et Superman, leur affrontement, et pour finir, leur union. Ainsi, transformer Bruce Wayne en recruteur pour former la Ligue des Justiciers est plutôt bien pensé. On comprend bien qu'une menace extra-terrestre peut menacer la Terre et qu'il ne peut l'affronter seul. Il y a par contre une scène parfaitement dérangeante et peu utile dans ce long-métrage super-héroïque. En effet, à la suite d'un rêve/hallucination où Batman se prend pour le dernier rempart de l'humanité dans un univers post-apo, un mec dans une combinaison étrange et qui semble venir du futur vient lui parler dans une lumière blanche. C'est déconcertant, trop brutal, et peu utile. On ne sait même pas si cela a un quelconque impact sur Bruce Wayne et cela notamment dans sa décision de former une équipe de méta-humains pour défendre la Terre.

Cette partie préquel à la Justice League est bien dosée dans le film. Et même si on peut critiquer le procédé (la clé USB, vraiment...), ça n'en demeure pas moins cohérent et Batman ne fait pas différemment d'un S.H.I.E.L.D. (de l’univers Marvel) qui a des données sur des êtres surpuissants et qui espère les réunir pour défendre la Terre contre une menace extra-terrestre.

Que le film semble ouvrir sur une dizaine de long-métrages super-héroïques n'a rien de gênant non plus et n'est pas un argument valable que l'on peut utiliser pour descendre le blockbuster de Zack Snyder. Que ce soit Marvel ou DC Comics, il a toujours été question de porter au cinéma un vaste univers remplis de super-héros qui, de temps en temps s'unissent pour lutter contre une menace extraordinaire. Marvel a attendu patiemment de voir la réaction du public pour dérouler eux-aussi une cohorte de films super-héroïques parfois sur des personnages parfaitement inconnus pour nous autres français (en dehors des gros fans de Comics, évidemment). Les Gardiens de la Galaxie en est un bon exemple. Que DC Comics annonce, via le blockbuster de Zack Snyder, ses futurs films est tout à faire légitime, et la plupart d'entre nous étions au courant de ce que préparait la Distinguée Concurrence.

 

Un film lourd ?

 

Le film se lit et se déroule bien, et tout est bien amené et expliqué. Il est loin d'être lourdingue. Ou alors c'est qu'on n'apprécie pas la patte Snyderienne. Ce dernier a toujours fait dans le grandiloquent, le muscle, le numérique et un "certains mauvais goût", dirait ceux qui savent ce qu'est le bon goût... C'est un réalisateur qui a son approche, son esthétique et on peut ne pas adhérer. Mais quand on va voir un film de Snyder, on sait à quoi s'attendre et je ne crois pas qu'on ait été trahit sur la marchandise – certains, pourtant, le pensent -. Déçu à la rigueur, je peux l'admettre.

Plus que lourdingue, le film est d'une densité folle – là est la nuance -. Et pourtant tout est finalement assez clair. Ce n'est pas aussi limpide qu'un Gardiens de la Galaxie (qui est un film excellent, je ne dis pas le contraire) mais néanmoins, au vu de l'adaptation dont il s'agit, le film se déroule bien. Zack Snyder ne s'est pas facilité la tâche en voulant adapter cette intrigue tirée en partie du comics The Dark Knight Returns de Frank Miller, qui plus est pour en faire un film pré-quel à la Justice League. Encore une fois l'enjeu était de taille !

Malgré cette densité, le montage est tout à fait satisfaisant, ce qui aide à la bonne lecture du film. Certes au début du film les plans s'enchaînent rapidement et on est envoyé de lieux en lieux sans vraiment comprendre pourquoi. Mais il s’agit de questions auxquelles on a bel et bien une réponse au cours du film.

On le répète, c'est un Zack Snyder. La photographie est donc léchée et excellente, et l'ambiance réussie. Les jeux de lumières sont au top, et les plans iconiques bien présents, ce qui est classique d'un film de super-héros actuel. Chaque gros film super-héroïque doit avoir son « money shot », le plan « fond d’écran ». C'est admis, ce n'est pas dommageable.

Du point de vue de la musique, si elle n'est pas excellente en soit, on remarquera que son incrustation avec l'image est diablement pertinente. Je ne suis pas un grand fan de Hans Zimmer mais je trouve ses compositions pour ce film bien meilleures que pour The Dark Knight Rises.

Concernant le casting, on notera un temps d'écran trop important pour un Laurence Fishburne/Perry White un peu accessoire, avec des scènes peu intéressantes au Daily Planet. Un Lex Luthor étonnement "Joker", incroyablement interprété par Jesse Eisenberg, assez éloigné du Lex Luthor habituel mais très réussi. Une Lois Lane moins agaçante que dans Man Of Steel (car peut-être plus pertinente en étant moins présente...). Un Henry Cavill toujours aussi impeccable en Superman. Une Wonder Woman bien badass et bien incarnée par Gal Gadot. Un Alfred Pennyworth par Jeremy Irons remarquable et juste, comme toujours ! Et enfin on a le droit à un Bruce Wayne/Batman terriblement sombre et doté d'une grande profondeur. Il est joliment interprété par un Ben Affleck puissant et investi dans le rôle.

 

NON, ce n'est pas la pire daube du siècle !

 

Le film est bien dosé (le temps est très bien partagé entre Superman et Batman, entre Bruce Wayne et Clark Kent). Les personnages sont bien interprétés et intéressants. Il y a de l'action mais pas que – « juste ce qu’il faut » diront certains -. La part de psychologie est également très importante dans le film.

Il a des défauts, beaucoup. Mais il n'en demeure pas moins lisible et explicite malgré sa densité. Le scénario est maîtrisé même si parfois c'est simple et facile. Le film ne souffre d'aucune longueur et est cohérent. Il est sombre et brutal, ce qui change des films de super-héros habituels (cela va peut-être changer avec le succès de Deadpool). Je peux comprendre tout au plus une certaine déception sans pour autant le déclarer comme étant la pire daube du siècle.

DC Comics n'arrive peut-être pas au bon moment. Les super-héros ayant été bien acceptés dans l’esprit collectif via les films Marvel, peut-être cette patte est-elle trop présente dans nos esprits et que déjà l’on commence à saturer en film de super-héros (un vieux discours auquel on n’adhère pas trop). Et il faut bien le dire, la manière dont DC Comics procède est osée, noire, et intense, et cela, il faut le souligner.

Pour autant, il me paraît important de laisser une chance au DCEU (l’univers cinématographique de DC) de nous montrer du super-héros autrement. Et surtout d’essayer d’accepter cette nouvelle vision.

En tout cas, on a hâte de voir ce que DCEU va nous proposer à l’avenir (Suicide Squad, en août prochain) !

 

 


avatar Roman le 29/03/2016  -  commentaires

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