Chronique film

High-Rise : paradoxes, architecture, et esthétique.

High-Rise : paradoxes, architecture, et esthétique.

Les films qui laissent bouche bée, pantois, un peu sur le cul (et parfois le cul entre deux chaises) sont légion. Cherchez bien et vous trouverez forcément une liste les recensant sur le web (vous pouvez d’ailleurs créer la vôtre sur ScreenBreak, ne l’oubliez pas) !

Pour autant, il est important de distinguer deux catégories dans ce genre très approximatif. Ceux qui jouent sur nos sensibilités, et ceux qui sont indubitablement WHAT THE FUCK?!


Sans l’ombre d’un doute, High-Rise appartient à cette dernière catégorie.

 

Un – long – mot sur la bande-annonce.

 

Si vous n’avez pas encore vu la bande-annonce de ce film, je peux vous garantir que vous penserez que ce film est complètement barré. Vous ne serez jamais plus loin de la vérité qu’à ce moment-là…

 

Si l’on regarde bien, c’était finalement assez prévisible. Le film est une adaptation du roman éponyme d’un écrivain assez méconnu du public de Science-Fiction et d’anticipation sociale anglais (J.G. Ballard), et a été adapté par un autre britannique, Ben Wheatley. Réalisateur de quelques épisodes de Doctor Who, Wheatley est surtout connu pour avoir été derrière la caméra de Touristes, une fiction allumée suivant les péripéties d’un couple en folie meurtrière pendant leurs vacances, mais aussi de Kill List, que je n’ai pas vu, mais dont je me suis laissé dire que c’était quelque chose…

La deuxième chose qui vous interpellera - j’en suis certain - dans cette bande-annonce, c’est l’esthétique HYPER (oui, ce mot méritait ses majuscules) travaillée du film. En ce qui me concerne, ce paramètre n’est plus une garantie de qualité. Il y a tant de bandes annonces pensées pour sublimer des films franchement pas si oufs que ça (je pense à Inherent Vice, mais il y a tellement d’autres exemples…) que l’esthétique n’est plus vraiment un paramètre pertinent.

 

Néanmoins, avec non moins que Tom Hiddleston (le personnage de Loki dans les films Thor et The Avengers, Only Lovers Left Alive), Jeremy Irons (Margin Call, Batman v. Superman), Sienna Miller (American Sniper, Foxcatcher), Elisabeth Moss (Mad Men) ou encore Luke Evans (Tamara Drewe) au casting, Clint Mansell à la partition (à noter la présence d’un magnifique et inédit morceau de Beth Gibbons, la chanteuse de Portishead), le film avait un parfum incitant à la confiance.

 

Un – long – mot sur le film.

 

High-Rise est COMPLETEMENT BARRÉ ! C’est un fait incontestable, mais en aucun cas réducteur. On pourrait se dire qu’à partir de ce moment-là, le film n’est plus qu’une recette faite pour choquer. Ce n’est bien évidemment pas le cas.

Ce film est une véritable expérience intellectuelle, dans laquelle il est à la fois évident et particulièrement difficile de rentrer. En gros, on adhère, ou on n’adhère pas (un peu comme Le Transperceneige, avec lequel il partage de nombreux points).

Si l’on devait résumer ce film en trois mots (ça tombe bien, j’en ai trois sur le coude), on pourrait dire qu’il est architectural, politique (et social), violent et symbolique, et esthétique (bon okay, j’ai massivement grappillé sur les mots).

 

Architectural (urbaniste aussi) pour la simple et unique raison que la quasi intégralité de l’action se déroule dans une des cinq tours pensées par Anthony Royal (Jeremy Irons), l’architecte vivant tel un roi absent au 40ième et dernier étage de la tour.

Le film est en ce sens un huis-clos étrange, car ouvert sur le monde (rien n’empêche les habitants de la tour de partir), et interroge d’une manière particulièrement saisissante les questions du « vivre ensemble » et du « trouver sa place dans le monde ».

 

Politique (et social donc) car si au tout début du film, Robert Laing (Tom Hiddleston) s’installe tout à fait normalement dans son appartement du 25ième étage, les choses vont très rapidement – TRÈS rapidement – dégénérer.

Comme si son arrivée en était la cause, tout un système complexe va se révéler au personnage de Laing (un système auquel il va finalement adhérer). Les gens « du bas » luttent contre les gens « du haut », et inversement, tout en se connaissant, en se fréquentant, mais ni en ne s’aimant ou en se détestant particulièrement. On a, quelque part, plus souvent l’impression d’avoir affaire à des agents d’un système qu’à des acteurs de ce même système (ah, la sociologie…).

Pour citer le film lui-même, au sein de la tour, les gens se sont abandonnées à « une logique plus puissante que l’entendement » (on pourrait l’apparenter à la folie, mais cela semble presque réducteur. Putain, cette phase est tellement flippante, vous ne trouvez pas ?).

Violent et symbolique. Au-delà de ces deux concepts indépendants, le film dépeint surtout l’oeuvre de la violence symbolique, et de sa libération. C’est un peu comme si au lieu de se faire cracher dans le dos, on se faisait cracher dessus ouvertement. C’est à la fois très étrange et devrait pourtant être logique en un sens, nous qui ne cessons de clamer que nous sommes honnêtes, francs et sincères. Autre exemple, c’est un peu comme si on voulait tabasser quelqu’un, et qu’on le faisait sans la moindre gêne ou obstacle. La tour devient donc un monde sans règle, mais pourtant parfaitement réglé. Une allégorie dérangeante et mordante de notre société finalement.

 

Esthétique pour finir car bien évidemment, la bande-annonce ne mentait pas sur ce point. Le film est à tomber par terre. Certains plans sont d’une beauté sans pareille.

 

Une – courte – conclusion.

 

Il y aurait tant à dire sur ce film et le cadre de cette tour inquiétante, quasi maléfique, mais deux célèbres citations suffiront : « l’homme est un loup pour l’homme », et bien évidemment, « l’enfer, c’est les autres ».

Quoiqu’il en soit, la meilleure chose à faire pour vous maintenant, reste d’aller voir ce film !

 

 


avatar Maxime le 12/04/2016  -  commentaires

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