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Les Nouveaux Héros : The Avengers pour les gosses

Les Nouveaux Héros : The Avengers pour les gosses

Le 11 février 2015, le dernier film de Walt Disney Animation Studios intitulé Big Hero Six - Les Nouveaux Héros en français -, sort dans les salles obscures. Le film - oscarisé s'il vous plaît ! -, raconte l'histoire d'Hiro, jeune garçon brillant mais un peu perdu, qui voit mourir au cours d'un terrible "accident" (qui n'en est pas un !) son grand frère, lui aussi génie scientifique. Hiro récupère l'invention de son frère, à savoir Baymax, un robot médical fait pour aider les gens qu’il transforme alors en super-héros, remplaçant la puce qu'il a en lui, et qui fait de lui un gentil gars, en un terrible guerrier vengeur.

 


Super-film d'animation

 

Le film est touchant et beau (autant esthétiquement qu'humainement parlant) et la relation entre les deux protagonistes, Baymax et Hiro, est très belle et très drôle.

Pour autant, il est frappant de voir à quel point le film a été conçu et filmé comme un long-métrage d'action (comprenez un live movie comme The Avengers), empruntant jusqu'à l'esthétique et les plans de caméra des films de super-héros. On a alors l'impression d'avoir à faire à un copier-coller d'un film super-héroïque. La seule et unique différence étant que, pour Les Nouveaux Héros, c'est un film d'animation. Si la démarche nous a surpris, force est de constater que nous avons été déçus. Importer du cinéma dans un film d’animation nous intéresse moins que d’importer de l’animation à de l’animation. Pour être plus précis, on dira que l’on préfère la démarche d’Isao Takahata dans son film Le Conte de la Princesse Kaguya qui joue sur une animation fluide, expressive, et des dessins où l’on ressent le trait du crayon, plutôt qu’à une mise en scène grandiloquente, bien faite, mais que l’on sent là uniquement pour donner dans du grand spectacle - très américain en somme -.

 

Le syndrome "Frozen"

 

Le film s'adresse évidemment à un jeune public, et devient spécialement ennuyeux à regarder quand on est un adulte consentant. Au contraire d’autres films d’animations comme ceux produits par Pixar ou Ghibli.

« Mais enfin ! Ce n'est pas grave, ce n'est qu'un film pour enfants » me direz-vous. « Tous les films d'animation ne sont pas faits pour s'adresser également aux adultes ».

Certes, ce n'est pas bien grave. Ça peut juste être un peu chiant. Cependant, on peut reprocher au film de recourir à un retournement de situation fait uniquement pour du grand spectacle. Pour poursuivre l’analyse, je ferai le comparatif avec Frozen - La Reine des Neiges en français -, autre film Disney.

En effet, le film utilise un retournement final (un twist donc) qui doit nous laisser sur le cul et nous faire nous dire : « Oh mon dieu ! Je ne m'y attendais pas ! Ce film est fou ! ». Malheureusement, le tout est assez convenu. On préfère une histoire bateau et un peu clichée mais sincère, à un récit que l'on essaie de pimenter en ajoutant des rebondissements faciles.

 

Foire aux clichés (attention aux spoilers tout de même)

 

Et oui, le film est blindé de stéréotypes qui, s'ils ne nuisent pas à la qualité générale du film, nous ont suffisamment frappés pour en parler ici. En effet, le personnage qui nous est présenté comme étant le méchant de l'histoire, à savoir un patron d'entreprise richissime (cliché n° 1), devient en réalité la victime du gentil professeur (cliché n° 2). Or c'est le gentil professeur qui est en réalité le méchant et qui s'empare de la technologie inventée par Hiro (cliché n° 3) ! Cela fonctionne, je vous l'accorde. Moi-même j'étais persuadé que le méchant, caché par un masque, était le patron multimillionnaire. Mais il n'en est rien. Il s'agit bel et bien du professeur qui essaie de se venger du patron qui a fait disparaître sa fille (cliché n° 4) au cours d'une expérience militaire ratée (cliché n°5) de voyage interstellaire (ou quelque chose comme ça...).

Hiro transforme alors Baymax en machine à tuer et veut se venger du patron, dont il croit qu'il est l'assassin de son frère. Mais en réalité il s'agit du professeur ! Le gentil qui est en fait le méchant ! Et Hiro va essayer de le tuer... Rien que ça ! Heureusement – HEUREUSEMENT ! - il ne le tue pas et fait encore mieux : il part à travers un vortex chercher la fille du professeur, tout en abandonnant Baymax, qui chavire dans l'espace infini... snif (cliché n° 6).

Mais heureusement Hiro  a conservé la puce qui faisait "l'âme" de Baymax et l'insère dans un nouveau Baymax (cliché n° 7). Et tout est bien qui finit bien. Et le film est bien.

 

Malgré tous les reproches que nous pouvons lui faire, le film reste plaisant à regarder. Et ce même si les alliés du héros ne servent à rien et ne sont que des stéréotypes en habit de couleur (cliché n° 8) (la féministe asiatique, le black cool mais peureux, la blonde habillée en rose toute mignonne et le geek sympa mais con comme un balai), sortes de Power Ranger ridicules et assez pathétiques.

 

Oscar du meilleur film d’animation 2015… Titre volé ?

 

En conclusion, ce film est bien (et juste bien), mais ne méritait pas l'Oscar du meilleur film d'animation dont nous aurions préféré qu'il revienne au Conte de la princesse Kaguya de Takahata. Nous avons là un exemple typique de la différence entre l’animation états-unienne et japonaise. Dans le premier cas, on peut facilement tomber dans une histoire clichée où le but est de s’adresser aux enfants en faisant dans la pseudo-complexification de scénario (avec néanmoins une touche humaine forte et une belle morale, c’est vrai). Dans l’autre cas, on a parfois à faire à quelque chose d’original, de beau et de poétique qui s’adresse peut-être d’avantage à des adultes qu’à des enfants. Même si cela se discute…

L’année suivante c’est Vice-Versa, de Disney-Pixar, qui recevait le très saint Graal. Un excellent film, bien plus intelligent et bien mieux construit et écrit que Les Nouveaux Héros. On ne retirera pas pourtant les qualités de ce dernier qui reste un film humain, touchant, joli et bien monté. Mais malheureusement plat du point de vue scénaristique et manquant d’originalité dans l’écriture des personnages et des situations.

Titre volé, donc ? Oui… Mais qu’importe. On ne peut pas toujours être d’accord avec les choix des récompenses de ce genre d’évènements.

 

 


avatar Roman le 20/05/2016  -  commentaires

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