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Le Conte de la Princesse Kaguya : Magnifique ! Tout simplement.

Le Conte de la Princesse Kaguya : Magnifique ! Tout simplement.

Film d'animation japonais sorti le 25 juin 2014 en France, et réalisé par Isao Takahata (Le – sublime - Tombeau des Lucioles), Le Conte de la Princesse Kaguya relate l'histoire tragique de Kaguya, jeune sélénite (habitants de la Lune me dit Wikipédia) élevée par les Hommes du Japon féodal. Accrochez-vous c'est un peu compliqué...

Trouvée dans un bambou (non, ce n'est pas Gokû) par un paysan (et non, ce n’est pas Gohan) et élevée par ce dernier et sa femme, Kaguya grandit aux côtés des villageois. Elle grandit même très vite de par sa nature d'être surnaturel. Elle est également vouée à un destin tragique, comme une leçon que lui infligent les dieux pour avoir convoité la vie terrestre. Des bambous, sortes de boîtes postales divines, vont surgir de beaux vêtements et beaucoup de richesses comme autant d'éléments qui vont bouleverser sa vie. Ses parents terriens, souhaitant profiter de ces richesses ainsi acquises et désireux d'élever socialement leur fille, vont quitter la campagne pour rejoindre la vie urbaine et mondaine, et embrasser un mode de vie aristocrate. Il devient impossible pour Kaguya de vivre une vie tranquille. Sa beauté, de surcroît, va lui attirer toutes sortes de prétendants peu recommandables, dont l'Empereur en personne !


Ainsi vit-on durant le film la dure transformation de cette jeune femme de la campagne en jeune femme mondaine et aristocrate, de cette jeune enfant qui veut s’amuser en jeune princesse. Avec ce que cela implique de règles contraignantes et qui pour nous, à notre époque, nous paraissent parfois complètement folles.

Kaguya quitte donc de force une vie de liberté et d'aventure symbolisée par la vie à la campagne pour vivre une vie de contraintes sociales et morales. Un oiseau dans une cage dorée en somme.

 

Un conte magnifique

 

Consumée par le désir de découvrir la Terre, Kaguya, a décidé de mettre les voiles et de quitter la Lune. Les Dieux, furieux, vont tout faire pour la punir de son envie mal placée. C'est donc à une vie rude (celle de l'aristocratie et de ses contraintes) que les Dieux vont la contraindre en lui donnant richesse, rang et renommée. Elle paye ainsi un lourd tribu de son attirance pour un autre monde qui s'est avéré aussi beau que dévastateur, tel un trésor maudit. Le film évoque ainsi le désire de l'Homme à vouloir un meilleur statut, ou encore de la faculté de celui-ci à se contraindre via des règles et coutumes qui brident la liberté de l'individu, et peut le blesser tant mentalement que physiquement.

Ne dit-on pas d'ailleurs pas que l'herbe paraît toujours plus verte ailleurs ? Kaguya paye le prix de penser que la vie terrienne est mieux que la sienne.

Ainsi, et comme dans de nombreux contes tragiques, c’est bien le personnage qui provoque sa propre fin.

L'avantage d'adapter une légende du folklore, c'est qu'il s’agit déjà d’un scénario bien ficelé, bien réfléchit et assez profond pour qu’il ne nous laisse pas de marbre – ou plutôt… de bambou – ! Néanmoins, et au-delà du fait que bon nombre de récits ou de scénarii puisent dans les légendes mythologiques, il s’agit d’une histoire à la portée universelle, et dont le propos n'est jamais hors-propos justement.

           

Un film poétique

 

La majesté des dessins contribue à la beauté de l’histoire. Le mouvement est fluide et le tracé au crayon rappelle les estampes japonaises, ce qui colle à ce conte qui se déroule dans le Japon féodal.

Les émotions retranscrites à travers le film sont bouleversantes et le style graphique d’une autre époque nous transporte dans cet univers qui se déroule à la fois dans une réalité, celle du Japon féodal, et à la fois dans un rêve où le surnaturel et les dieux existent.

L’animation (notamment cette scène d’une splendeur totale où la princesse s'enfuit des bras de l'Empereur et court dans la neige), la relation entre les personnages, les doublages, la musique… bref, tout est réussit, il n’y a rien à jeter. Seule la conclusion est quelque peu déroutante - peut-être le seul défaut du film -. Tout y est, et une fois de plus Isao Takahata témoigne de son génie.

 

Un film au destin tragique

 

De par sa particularité (dessin, animation, histoire), ce film méritait l’Oscar du meilleur film d’animation. Mais en réalité, il est très sûrement bien moins accessible que Les Nouveaux Hérosdont je vous parlais dernièrement – qui est un divertissement des plus banals et familial possible. C’est, ce que je crois à titre personnel, ce qu’ont voulu récompenser les Oscars. À savoir, un film pour les enfants, bon enfant et bien sympathique. Pour ma part défendre Le Conte de la Princesse Kaguya me donne l’impression de passer pour un intello’ frustré que ce film n'ait pas eu plus de reconnaissance, et qui voit du génie dès qu’une œuvre sort un peu du lot. Cependant, le fait est que Le Conte de la Princesse Kaguya est, et demeurera, bien plus joli, intéressant, captivant, et émotionnellement puissant que Les Nouveaux Héros. C’est avéré on vous le dit !

Malgré cela, le film a fait un bide. Au Japon il n'a fait que peu d'entrées et est une des causes de la mauvaise santé des Studio Ghibli, producteurs du film. Cruelle réalité pour un studio qui a révolutionné le genre de l'animation et qui nous propose depuis 30 ans de magnifiques films…

 

 


avatar Roman le 30/05/2016  -  commentaires

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