Chronique film

The Neon Demon : le premier faux pas ?

The Neon Demon : le premier faux pas ?

Je ne vais pas m’amuser à vous faire perdre votre temps - et le mien par extension - : Nicolas Winding Refn (NWR) est pour moi l’un des meilleurs réalisateurs de ces dernières années. Pour continuer dans cet élan d’honnêteté, je ne suis pas spécialiste de ce type puisque je n’ai pas vu la trilogie qui l’a propulsé sur le devant de la scène (misère ô misère), lui et Madds Mikkelesen, à savoir la saga Pusher (mais ça sera vite corrigé). Pour autant, depuis Bronson (2008), je me suis tout tapé, et ai pour l’instant tout adoré (y compris le très controversé Only God Forgives, sans mentionner le sublime Drive).

Ce dernier – Drive – reste à l’heure actuelle l’un de mes films préférés (si ce n’est mon film préféré). Tout est là : un film de bagnoles avec une maîtrise très fine de l’objet « voiture », une ville la nuit (LOS ANGELES les gens !), un mec de peu de mots, une B.O. incroyable, une mise en scène épurée, etc etc. TOUT EST LÀ.


Depuis ce film donc, je scrute tout ce qui tourne autour de NWR. Alors, quand à l’édition 2014 de Cannes, des rumeurs ont commencé à circuler autour de lui et de son prochain long-métrage, une quantité innommable de questions/exclamations se sont manifestées à moi : « Ah bon ? Il revient à Los Angeles ? TROP BIEN ! », « Comment ça un film d’horreur ? WOW! Un film d’horreur par Winding Refn, ça va être TROP BIEN ! », « Un film d’horreur sur les femmes ? PERCHÉ ! TROP BIEN ! ». Je vous laisse imaginer mon état quand j’ai vu le premier poster… Mais tout ça, c’était avant avoir vu The Neon Demon.

 

Un thriller horrifique décevant…

 

Contrairement à ce que pensent les quelques personnes avec lesquelles j’en ai parlé, The Neon Demon n’est pas une merde. Mais clairement, c’est une déception. Une colossale déception. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte, mais le plus éminent est bien évidemment le marketing, et les bandes annonces du film, qui vendent une idée totalement différente de ce qu’il est véritablement.

Parfois, ça sert le film (The Homesman par exemple). Mais dans le cas présent, ça le désert complètement. S’agissant de l’argument le plus simple, il convenait de l’évacuer en premier pour rentrer dans le vif du sujet.

Là où The Neon Demon déçoit le plus, c’est dans sa proposition, que l’on pensait, a priori, originale. Il n’est malheureusement, en soi, qu’un énième film sur la mode et le star system, se trouvant au point équidistant entre des films comme Mulholland Drive de David Lynch et Maps To The Stars de David Cronenberg, pour ne citer qu’eux, films auxquels il emprunte énormément.

Pire, il est, de la confession même de son réalisateur, crée comme bon leur semblait. Vu comme ça, okay, cet argument n’a pas de sens particulier. Mais pris autrement, NWR ne semble n’en avoir que faire du reste de la filmographie autour des thématiques de la mode, et fait, ou du moins refait des choses déjà faites. C’est son droit, certes, il n’y a rien à dire à ce sujet. Mais de la part de quelqu’un comme lui, cette déclaration est plus que décevante : elle est triste.

 

De fait, le film n’apparaît que comme une coquille vide : esthétiquement très – TRÈS – abouti (comme à l’accoutumée pour un Winding Refn), mais sans grand-chose de plus. Les 30 premières minutes (ou quelque chose comme ça) sont, à défaut d’être excellentes, bonnes, mais passé un certain stade, ou du moins, un moment précis (la scène du défilé où Jesse (Elle Fanning), personnage principal, bascule du « côté clair » au « côté obscur »), le film part dans une direction totalement attendue, et se perd dans sa dimension Pulp, et devient littéralement grotesque – voire même profondément choquant, ce qui n’est pas un mal, mais doit servir quelque chose -, manquant forcément d’une vraie orientation.

 

… parsemé de bonnes idées.

 

Comme dit plus haut, The Neon Demon déçoit. Pour autant, il ne s’agit pas d’un film inintéressant, ou à définitivement jeter avec l’eau du bain. Il y a, ici et là, de bonnes choses, notamment le retournement, ou l’effet « un train peut en cacher un autre », comme dans Sicario de Denis Villeneuve. Sans en dire plus pour vous garder la surprise, n’est pas Demon qui veut.

L’autre point captivant de ce film, c’est bien évidemment le combo esthétique/musique. Toujours composée par le génialissime Cliff Martinez (Solaris, Only God Forigves, Drive), la partition, sans être aussi renversante que les films cités à l’instant, fait un travail plus qu’honorable pour sublimer le long-métrage. L’esthétique, quant à elle, n’a rien à envier à personne ou à quoi que ce soit. C’est la signature NWR, c’est comme ça, et cela donne au film une ambiance bien particulière, forcément séduisante et enivrante. Mais est-ce vraiment suffisant ? Dans ce cas précis, non.

 

Le fameux « Meh… »

 

Ne pouvant résolument jeter au vide un NWR, force m’est quand même de constater qu’il s’agit probablement du plus mauvais film du danois (ces mots me coûtent, mais quand les faits s’imposent…). Sans propos particulier, disposant d’un casting faisant le taff (mention spéciale à Karl Glusman du maintenant très fameux Love de Gaspar Noé, dont la performance a vraiment retenue mon attention), mais forcément bloqué par ce manque de clarté, The Neon Demon suggèrera bien des réactions, ce qui semble être clairement le but de Winding Refn, qui se vantait il y a quelques jours d’être THE attraction de Cannes.

Faire réagir. Okay, j’en suis. Mais… Et après ? Telle est la question…

 

 


avatar Maxime le 10/06/2016  -  commentaires

commentaires

Commentaire ajouté avec succès