Revue film

Goal Of The Dead - Première et Seconde mi-temps : du zombie… à la française !

Goal Of The Dead - Première et Seconde mi-temps : du zombie… à la française !

Goal Of The Dead - Première mi-temps et Seconde mi-temps est une duologie de films français d'épouvante-horreur/comédie/actions réalisée par Benjamin Rocher (Antigang, 2015) et Thierry Poiraud (Alone, 2014). Les deux films sont sortis le 27 février 2014 dans quelques salles en France.

 


Un avant-goût, comme un avant-match

 

Tout d'abord je tiens à demander pardon aux allergiques du ballon rond... car l'heure est de filer les métaphores footballistiques !

Mais avant d'enfiler les crampons, je souhaiterais faire un premier point avec vous sur Benjamin Rocher, réalisateur du premier volet zombo-footballistique - ou footballistico-zombiesque si vous préférez -. Ce mec, HUGE RESPECT, a réalisé La Horde (2010) qui est un très bon film de zombies et qui est - cocorico - français !

J'en profite encore pour mentionner que le film d'horreur français est en général très bon. Je n'en ai pas vu beaucoup mais je peux citer deux films qui m'ont grandement marqués : À l'intérieur (2007) de Julien Maury et Alexandre Bustillo, et Martyrs (2008) de Pascal Laugier. Ils sont excellents !

Avec tout ça, j'étais plus que prêt à entrer sur le terrain et à visionner ces films qui avaient pour moi des allures de finale de Ligue des Champions ! Et qui, au final, m'ont parfaitement comblé !

 

Apocalypse zombie pendant un match amical

 

Fin de saison, l'Olympique de Paris est en déplacement à Capelongue pour une rencontre amicale. Les deux équipes ne se sont rencontrées qu'une seule autre fois auparavant, il y a 17 ans. À l'époque, Samuel Lorit, capitaine de Paris et ancienne gloire près de la retraite, jouait pour Capelongue. Suite à ce match, Samuel quitta son village natal pour rejoindre le club de la capitale. Depuis, les villageois entretiennent une rancœur vive à l'encontre de l'enfant prodige du pays. Une rancœur qui se transforme en haine et en méchanceté gratuite lorsqu'ils voient Lorit descendre du bus parisien, 17 ans plus tard. Les Capelonguais le tiennent, en plus d'être un traître, d'être responsable de la défaite de leur équipe il y a 17 années de cela. Une rancœur tenace ! Et une soif de vengeance qui pousse le docteur Belvaux à doper son propre fils, ancien coéquipier de Lorit et joueur fétiche de Capelongue. Mais la dope utilisée vient de Russie - allez savoir pourquoi… -, et transforme le footballeur en monstre enragé. Ce dernier va inéluctablement contaminer tout le village d'une manière... vous verrez, je n'en dis pas plus.

La première partie se termine donc en pleine apocalypse zombie. Samuel, Solène (une journaliste sportive) et Cléa (une ado) se retrouvent cernés dans un bar, à la manière d'un Shaun of the Dead.

La seconde partie de la duologie prend la suite directe de la première. Tous les protagonistes luttent pour survivre dans Capelongue. Il n'y a pas grand-chose à dire sur ce second volet orienté action et comédie. Mon propos se concentrera quasi-uniquement donc sur le premier opus.

Le premier film surtout aborde beaucoup de thèmes inhérents au football comme le rapport footballeur-journaliste, entraîneur-agent, supporters-policiers, l'appartenance géographique qui tient du fanatisme, les rivalités qui peuvent exister entre deux clubs, avec ce que cela peut engendrer d'actes hooligan, ou encore la haine tenace des supporters envers un de leurs joueurs parti jouer dans un autre club.

Et tout cela, les films le mettent en avant par ses personnages, et avec un humour décalé et sans prise de tête.

 

Composition de l'équipe de Paris

 

Capitaine de l'équipe de Paris Samuel Lorit (Alban Lenoir, Antigang) est l'ancienne star à la gloire passée. Il est élaboré autour de son personnage toute une dimension psychologie qui tourne autour du fait que son retour dans son village natal est difficile à vivre, tant la haine des Capelonguais envers lui est forte. Le film montre les réactions que peuvent avoir des supporters - ou non d'ailleurs - vis-à-vis de sportifs qui auraient "trahis" leur club ou "abandonnés" leur ville/village natal en rejoignant un autre club. Samuel Lorit en souffre évidemment et on comprend bien que cette haine est gratuite et violente. Son personnage en a également assez d'être traité comme un vieux joueur près de la retraite et dont on attend plus rien.

L'avenir, c'est Idriss Diago (Ahmed Sylla), un jeune et talentueux joueur sénégalais qui concentre l'attention des journalistes et qui est convoité par des équipes étrangères. Lui et Samuel Lorit ont des caractères de merde, il faut bien l'avouer. Ils sont prétentieux et arrogants, entre autres. Idriss semble penser plus à sa carrière perso qu'au sport en lui-même. Il est le personnage par lequel le film montre les aspects contractuels, juridiques et économiques du football. Il vaut 35 millions d'euros, "ce qui va permettre au président du club de s'acheter trois nouveaux coréens". Cette citation de l'agent d'Idriss (Bruno Salomone), qui déboule dans les vestiaires et fout en l'air le discours de préparation de l'entraîneur Coubert (Patrick Ligardes) en déconcentrant les joueurs avec ces histoires de gros sous et de carrière, est révélateur. Le football est un marché. Des joueurs se vendent et s'achètent à des prix plus ou plus moins élevés (selon le marché du football). Des clubs en manque d'argent vendent leurs stars pour renflouer les caisses, au risque de diminuer la compétitivité de l'équipe. Ils manipulent l'argent plus qu'ils ne réfléchissent à la bonne santé sportive du club. Pour autant, les mauvais résultats sont de la responsabilité de l'entraîneur qui n'est pas à l'abri des tacles et des cartons rouges de la part des instances dirigeantes du club. Ce dernier tente de gérer une équipe tout en devant encaisser l'à-côté du ballon rond (l'intrusion des médias dans la vie de l'équipe, les agents perso’ des joueurs, etc.).

 

Omniprésence des médias

 

Au début du premier film, dans une scène qui se déroule à l'intérieur du bus de l'Olympique de Paris, Solène (Charlie Bruneau), journaliste de Canal+ cherche le scoop et veut interviewer la vedette actuelle de l'Olympique de Paris, Idriss Diago. Mais le joueur l'ignore et l'envoie chier en refusant de parler sans la présence de son agent. Solène lui demande entre autres s'il a un joueur modèle. Idriss commence à répondre sans pour autant donner de nom. Car il n'a pas le même sponsor que ce dernier et qu'il n'a pas envie de faire de la pub à un sponsor concurrent au sien. C'est ça aussi le foot ! Et puis c'est ça aussi les médias autour du foot. C'est omniprésent, et les présentateurs participent à aggraver un cas ou un autre. Je m'explique. Idriss devient plus orgueilleux face à tant de bonnes critiques et Samuel Lorit en prend pour son grade d'ancienne gloire passée que l'on voit déjà à la retraite. Lorit cherche d'ailleurs à être interviewé par Solène mais celle-ci refuse. Il insiste et elle finit par accepter. Mais elle s'en fout complètement car il n'est pas un sujet médiatique intéressant. Après tout elle est là pour le scoop et ce ne peut être Samuel Lorit, la star d'hier. Cela contribue à donner au personnage de Lorit une dimension de victime (victime des médias qui le voient déjà à la retraite ou encore victime de la haine des Capelonguais qui le considèrent comme un traître). Mais, et en ça le film est intelligence, Samuel Lorit n'est pas tout blanc non plus. Et qu'en tant qu'ancienne star du football il a un sacré melon. Dans un sens, il a eu ce qu'il méritait.

 

Les Capelonguais

 

Du côté des Capelonguais, on a deux adolescentes, dont Cléo (Tiphaine Daviot) qui est un personnage important de la duologie, les hooligans locaux et les autorités. Samuel Lorit pense que Cléo est une péripatéticienne, alors qu'il n'en est rien, et il explique qu'il n'est pas contre s'offrir les services d'une call girl mais que la fédération n'apprécie pas trop ce genre de pratique. Encore une fois le film se sert de ses personnages pour illustrer le monde du foot, ses pratiques et ses travers.

Pierre (Renaud Rutten), le capitaine de police, représentant des forces de l'ordre de Capelongue, tient un discours haineux envers le football qu'il considère comme inutile et créateur de troubles. Les supporters quant à eux sont là pour travailler les slogans à balancer aux parisiens. Tout en prenant soin d'éviter les blagues racistes, eux-mêmes qui sont très attachés à leur territoire géographique et qui défoulent leur haine envers une autre équipe/un autre territoire géographique par le biais du Foot... Sorte de nationalisme local qui se réveille lors des matchs de Foot.

 

Une seconde mi-temps en deçà

 

Le second volet de cette duologie est réalisé par Thierry Poiraud, dont je n'ai vu aucun autre film pour le moment - j'attends impatiemment de voir, entre autre, Alone pour me faire une idée -.

Cette suite est plus orientée action/comédie. C'est plus violent mais aussi plus classique. Les protagonistes sont séparés par groupe. Chaque groupe est composé de personnages qui doivent collaborer sans pour autant s'apprécier énormément. À la fin, ils se retrouvent et parviennent à s'échapper.

Cette deuxième mi-temps se laisse regarder même si elle ressemble à une fusion hybride entre Shaun of the Dead, Bienvenue à Zombieland, et même 28 jours plus tard, dont une scène a été littéralement copiée dans le film de Thierry Poiraud. C'est en somme bien fait et amusant, mais peu original. Une suite un peu décevante et clichée. Dommage.

Pour autant, si le premier film devait introduire le contexte de l'épidémie zombie, la suite se devait, et le fait très bien, d'être plus dans l'action et dans le moment critique, dans le climax de l'attaque zombie, en insistant donc plus sur l'action. C'était attendu et ça reste bien fait. La duologie est en cela cohérente et les deux films se complètent bien.

 

Debrief

 

Tous les acteurs sont très bons et convaincants. Et pourtant ces films ont quelque chose de grotesque, dans le bons sens du terme. Ils ont, en effet, une touche personnelle propre à leurs réalisateurs, et jouent beaucoup sur les codes des films d'horreur et notamment des films de zombies. On est tout le temps dans ces films dans un humour décalé. Et je n’ai pu qu’adorer ! Ces films, le premier surtout, tiennent presque du nanar et du film de genre (horreur/zombie). À la caméra, Benjamin Rocher maîtrise totalement son sujet avec des plans qui peuvent paraître anodins mais qui contribuent, petit à petit, à faire monter l'enjeu du film : une apocalypse zombie. À ce sujet les zombies sont très réussis même si a priori il s'agirait plutôt d'infectés. La différence entre le zombie et l'infecté tenant en partie du fait que le premier marche lentement et le second, plus dangereux, court comme un forcené.

La lumière, la bande son et la photographie sont très bien menés. La production est propre, l'humour est bon. Et les réal’ ont leur patte. Les films ont un goût et une saveur particuliers qui ne peuvent pas convenir à tout le monde. Mais les films sont originaux - mention spécial pour le premier, vous l'aurez compris -.

Les films, on le répète, traitent de tous les aspects entourant le Football. Y compris l'image des joueurs (on en avait pas encore parlé !). Et ce qu'ils peuvent évoquer chez les personnes, la haine (Samuel Lorit) ou l'attirance (Idriss Sylla). En ça les réal’ ont bien compris le principe du film de zombie à la George A. Romero. Le zombie est ici un prétexte pour parler du Foot, comme un miroir pour mettre en avant certains comportements liés au Football. Mais cela est fait sans prise de tête, sans être moralisateur, et avec beaucoup d'humour - en ça les deux films ne sont pas sérieux pour deux sous -. Tout en tenant la comparaison, dans une certaine mesure, entre l'émeute de supporters et une apocalypse zombie. Après tout, toutes les deux sont la cause de dégâts matériels et d'affrontements physiques. De là à dire que les supporters sont des zombies... ce n'est qu'une image, et une interprétation. Mais…

 

 


avatar Roman le 20/06/2016  -  commentaires

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