Chronique série

Game of Thrones : l’échiquier est en place.

Game of Thrones : l’échiquier est en place.

Avant toutes choses, je dois confesser que j'ai été longtemps réticent avant de jeter un œil à cette saison, car pour la première fois dans l'histoire des séries télévisées, le livre est en retard par rapport au support audiovisuel. Étant plutôt un grand fan, cela m'embêter de me faire spoil comme un péon. Cependant, une attente trop longue du livre, quelques arguments bancals (« tu verras ça n’a rien à voir avec le livre t'inquiète pas ») et surtout la fameuse pression sociale, ont eu raison de ma volonté d'acier. Comme je m'y attendais, je me suis CARRÉMENT fait spoil le bouquin, mais il faut aussi se faire une raison : le dernier livre est sorti en 2011, c'est une attente qui n'a plus de sens aujourd'hui. Plus les années passent, plus nous avons de chances de voir le dénouement en série, l'auteur approchant dangereusement des 70 ans.

 


On tire pour choquer.

 

Honnêtement, je ne me suis quasiment pas ennuyé en la regardant : les scènes d'action sont suffisamment nombreuses, et il y a un retournement de situation/un truc stylé au moins une fois par épisode, ce qui est très exactement ce qu'on attend de Game of Thrones. Comme d'habitude, l'histoire est divisée géographiquement, et nous suivons tel ou tel protagoniste suivant les épisodes.

Les Lannister sont en retraits cette saison – il faut dire que leur nombre a pas mal diminué depuis le début de la série -. Cette absence n'est pas surprenante de la part de Jaime, qui ne sert plus à grand-chose depuis un bon moment déjà (même si il reste cool). Un peu le même constat de la part de Cercei, qui semble n'être plus que l'ombre d'elle-même (ce qui pour le coup se comprend un peu), plus de coups tordus, plus de petit frère nain à insulter, plus de Joffrey à réprimander. Enfin, ça c'est ce qu'on croit avant le feu d'artifice final ! Peu de protagonistes ont su réaliser un tour de force comme le sien : elle a réussi à faire disparaître (au sens propre comme au figuré) tous ses ennemis d'un coup ! Comme le Red Wedding, mais en plus spectaculaire ! Finalement, elle arrive là où elle a toujours voulu être, dépassant sa condition de femme : c'est elle la reine des Sept Couronnes à présent, même si elle a dû perdre ses trois enfants pour cela. Tyrion est un peu en retrait lui aussi, lui qui a si longtemps porté le show. Il reste toujours un des personnages centraux, avec toujours ces jeux d'esprits et cette confiance en toutes circonstances, mais c'est son nouveau rôle qui le bride un peu. Il est en effet devenu le conseiller de Daenerys à Meeren, et du coup, et bien il joue le rôle d'un conseiller. Il est parfait dans ce rôle, mais cela lui apporte peu de libertés et de marge de manœuvre, contrairement au temps où il était l'un des descendants de la grande et puissante maison Lannister. Rien à dire de la part de Tommen, Tommen c'est juste Tommen, et il est aux fraises la plupart du temps, jusqu'à la fin, se laissant manipuler par plus malin que lui.

Daenerys revient un peu au cœur de la série, après une saison cinq un peu terne, qui était surtout faite de discussions politiques.  On la retrouve prisonnière au sein d'un Khalasar, à l'ancienne, contrainte de devenir une des prêtresses de leur temple sacré. Sauf que ses deux amoureux, Jorah et Dario, ne l'entendent pas de cette oreille, et viennent la rejoindre. Ensemble, ils fomentent un sauvetage, durant lequel Daenerys montre une fois de plus aux Dothrakis à quel point elle est magique. Elle revient à Meeren, à la tête de milliers d'hommes, au moment où la cité est attaquée par des esclavagistes qui se sont dit que la liberté rendu aux esclaves, ça va bien deux minutes. Sauf que du coup, Daenerys a trois dragons, et que ça impose dans le game. Cette armée ajoutée à sa nouvelle flotte toute neuve fait qu'enfin, elle part pour Westeros ! On y est !

Les Stark, eux, reprennent du poil de la bête, malgré quelques anicroches. Jon Snow est la star de la saison : il est courageux, fort et puis beau en plus, du coup, le temps à l'antenne suit. Après être revenu d'entre les morts, il rassemble une armée pour reprendre Winterfell des mains du cruel Ramsay. Brienne ayant réussi sa mission, Sansa et lui se retrouvent (la première réunion de Stark depuis la saison un, ce qui vaut sacrément le coup), et partagent le but commun de détruire les Bolton. Sansa est d'ailleurs un des personnages qui a le plus changé, tant elle a commencé à bien assimiler comment marcher « le jeu des trônes ». Bran quant à lui poursuit son apprentissage auprès de la Corneille à trois yeux, non sans faire de belles boulettes au passage. Même si l'acteur est devenu moins mignon en grandissant, c'est plaisant de revoir le personnage après une saison complète d'absence. Son intérêt principal est surtout de permettre de nous mettre des flashbacks, un concept qui manquait cruellement jusque-là.  Ainsi, on sait désormais pourquoi Hodor dit toujours « Hodor », pourquoi les Marcheurs Blancs, mais aussi la confirmation de la théorie la plus célèbre de la saga depuis dix ans déjà : Jon est en fait moitié Stark, moitié Targaryen. Il est donc le neveu de Daenerys et un prétendant légitime au Trône de Fer. Enfin, Arya poursuit son apprentissage auprès des Sans-Visages, jusqu'à ce que son cœur la rattrape. La petite est devenue plutôt terrible en combat, alors qu'elle n'est même pas majeure ! Elle assume de nouveau son nom de Stark, et devient l'ombre vengeresse de sa famille ! On en attendait pas moins.

Sans rentrer plus loin dans les détails : de nouvelles alliances se forment, des ententes que l’on n’attendait carrément pas : Dorne + Tyrell + Greyjoy + Targaryen par exemple. Bref, tout ça donne un renouveau bienvenu aux intrigues de la saga. Les pions sont enfin en place et la partie finale peut enfin démarrer : le gagnant des conflits à venir sera juste LE gagnant.

 

Tu l'as vu ce plan-séquence ?

 

C'est indéniable, Game of Thrones joue désormais dans la cour des grands. Nous pouvons sentir à présent que la série a de la bouteille, dans le sens où nous la voyons une fois de plus évoluer durant cette saison.

Dans le fond, nous pouvons constater que le caractère de certains personnages n'a plus rien à voir avec ce qu'ils étaient il y a déjà tant d'années.  Certains sont restés fidèles à eux-mêmes, mais d'autres sont méconnaissables. Pour faire simple, ils se sont tous plutôt endurcis durant ces années de guerres et de malheurs, et sont maintenant prêts à se battre comme si leur vie en dépendait (ce qui est généralement le cas). La série a pris un tour plus mature, moins familial. Elle l'était déjà avant bien sûr, mais avait toujours ce côté un peu pop-corn. Là on passe de Marvel à DC (dans l’idée). Le nombre de morts, qui a toujours été important, crève le plafond dans cette saison : ça tue de manière décomplexée, peut-être parfois un peu trop. Au-delà de l'aspect violent que la série veut se donner, il y a surtout ce besoin de faire un peu le ménage dans un casting devenu trop conséquent au fil des ans, certains meurent dans la série mais absolument pas dans le livre, tandis que d'autres n'apparaissent pas du tout. D'ailleurs, il est intéressant de noter qu'il n'y a, à présent, plus d'enfants dans la série, certains sont morts, mais surtout les acteurs ont vieillis, comme le public des premières heures d'ailleurs, et ils sont à présent traités en adultes, avec toutes les misères que cela implique. Enfin, un autre signe qui ne trompe pas quant au fait que le show se suffit désormais à lui-même : le nombre de poitrines dénudées est tout à fait en chute libre. Associer boobs et Game of Thrones dans une même phrase ne sera désormais plus si évident.

Les acteurs jouent dans l'ensemble toujours aussi justement, avec des performances toutes équitables. Petite mention spéciale à Iwan Rheon (Ramsay Bolton) – qui fait aussi du son - déjà très bon dans Misfits, qui est toujours aussi excellent, et qui a su faire évoluer son rôle de bâtard psychopathe à celui de seigneur psychopathe, avec la prestance que cela implique.

La réalisation a pris aussi un bon coup de fouet ! Les moments spectaculaires sont plus nombreux : plus de grosses batailles, plus d'effets spéciaux en tout genre (explosions, marcheurs blancs, dragons qui crament tout...). Durant les saisons précédentes, ces moments ne représentaient qu'un épisode : la bataille de la Nera, celle du Mur, celle de Durlieu. En général, ces faits prenaient place dans l'épisode 09 que tout le monde attendait, mais la série s'est désormais affranchie de cette contrainte et ça part dans tous les sens un peu tout le temps. Bref, à présent, nous pouvons sentir la hausse de moyens. Dans la technique aussi, les deux derniers épisodes sont juste incroyables : une importante bataille, accompagnée d'un bon plan séquence des familles dans l'épisode 09, avec Jon Snow mis en avant, qui nous fait rentrer dans l'action à ses côtés. Un plan moins impressionnant que celui de la bataille du Mur, mais on apprécie tout de même la performance !

Aussi, la musique de Ramin Djawadi, intitulée avec justesse Light of the Seven, nous accompagne pendant une dizaine de minutes au début du dernier épisode. Ce morceau colle parfaitement à la scène, et c'est tout à l'honneur des créateurs d'avoir pensé à un effet de ce style : la tension est parfaitement véhiculée, on sent qu'un événement inattendue et conséquent va arriver (quelque chose de triste bien sûr, pas un mariage).

 

Une saison charnière, on sent que le dénouement approche.

 

En conclusion, une saison 06 de qualité qui rehausse encore le niveau déjà élevé de la série. Le nombre de révélations que l'on attendait est exceptionnellement élevé (si un jour vous avez la chance de vous retrouver sous une pluie de billets de cent dollars, vous arriverez à un sentiment proche de la réalité quant à l'émotion procurée). La saison s'attarde plus sur certains personnages que sur d'autres, dont le niveau d'importance monte en flèche, au profit de certains qui s'effacent un peu (on a le sentiment quand même que c'est la saison de Jon Snow mais ce n’est pas grave vu qu'il est Roi du Nord et prétendant légitime au Trône de Fer). Il est clair à présent que le dénouement est proche, dans la mesure où les pions sont en place pour une nouvelle guerre à venir. Le clash entre Stark, Lannister et Targaryen va très certainement faire mal, d'autant que des alliances impromptues se sont liées, opposant parfois des membres d'une même famille : Tyrion va jouer contre Cersei, et Jaime va devoir choisir son camp (fraternité v. consanguinité) . Sans oublier les outsiders : n'oublions pas que Littlefinger se voit maître des Sept Couronnes sinon rien !

Il ne reste que treize épisodes avant la fin de la série, réparties en deux saisons : la septième aura sept épisodes et la huitième seulement six. Et oui. Mais ami, la fin approche, nous connaîtrons la fin de Game of Thrones de notre vivant ! Un dernier mot pour les fans du livre : à moins que l'auteur n'arrête de dormir, nous verrons très certainement nous aussi le dénouement sur écran, faisons nous une raison !

 

Allez, personnellement, je vais expliquer à Rickon l’intérêt de courir en zig zag !

 

 


avatar Jeremy le 01/07/2016  -  commentaires

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