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Dernier train pour Busan : vous n'aimeriez pas en être les passagers !

Dernier train pour Busan : vous n'aimeriez pas en être les passagers !

Pépite rafraîchissante qui nous vient d'Asie (de Corée plus précisément), Dernier train pour Busan est un énième film de zombies qui a le grand mérite d'être excellent ! Réalisé par Sang-Ho Yeon et porté par un casting qui nous est - sauf peut-être les grands amateurs de cinéma et télévision coréenne - parfaitement inconnu, ce long-métrage aux saveurs exotiques remplit parfaitement son rôle d'O.F.N.I., de curiosité venue d'ailleurs.

 


Epidémie Grande Vitesse !

 

Seok-woo, héros du film, est un père de famille divorcé qui élève seul sa fille. Il habite avec sa mère et travaille comme conseiller en actions en bourse. Un travail qui lui prend suffisamment de temps pour qu'il en oublie de s’occuper de son enfant. La petite fille, Su-an, d'une dizaine d'années veut donc prendre le train – le fameux ! - pour rejoindre sa mère qu’elle ne cesse de réclamer. Le père, malgré ses impératifs professionnels, accepte de l'accompagner. Il faut dire que de nombreuses et sordides affaires d’animaux morts et contaminés menacent les activités de sa boîte…

Vous pouvez deviner aisément la suite, si tant est que vous ayez entendu parler de près ou de loin de ce film. Une épidémie s’attaque donc en premier lieu aux animaux et va finir par passer chez l’être humain, transformant tout le monde en monstres assoiffés de sang façon infectés à la 28 jours plus tard ou plus récemment World War Z. Ce qui aurait dû être un paisible et ennuyeux voyage en train va dès lors devenir une infernale course haletante et angoissante contre la mort. Car autant vous dire que ces infectés ne font pas rires ! Leur transformation est plus ou moins rapide, afin de satisfaire les besoins du scénario et de la mise en scène, et ils sont sacrément véloces et hargneux !

 

SNCF of the Dead

 

Le train est alors le seul refuge pour nos héros mais également leur tombeau. Car il transporte à son bord une armada d’infectés qu’ils doivent fuir et éviter. On suit les survivants qui essaient de savoir à quelle gare ils vont pouvoir s’arrêter et peut-être être secourus par l’Armée. Et autant vous dire que leur seul espoir, c’est la destination finale du train : Busan. Ils essaient bien de s’arrêter à une gare en route mais sans succès. Les survivants sont alors contraints de regagner le train, pourchassés par une horde d’infectés dont les mouvements sont accélérés ce qui rend leur masse informe encore plus angoissante, et l’action encore plus pressante/stressante.

Mais bref, le film utilise tous les éléments du train, à savoir les portes entre les wagons, les toilettes, les rangements des bagages, l’obscurité dans les tunnels, etc. Il exploite le train à son maximum et en tire une grande variété de situations. Le véhicule devient alors un véritable terrain de jeux. Si l’on peut dire.

 

Métaphores des travers des sociétés modernes

 

La palette des personnages, en plus des principaux, permet au film d’aborder de nombreux sujets. La peur, celle qui paralyse et qui pousse les gens à agir de manière parfois cruelle, est montrée dans le film via plusieurs points de vue. Celui du héros, quand sa fille va se faire dévorer, mais aussi celui des passagers qui, embrigadés par un connard de patron, rejettent les héros hors de leur wagon, prétextant qu’ils sont infectés. L'égoïsme, ensuite, qui fait agir pour soi-même et sans se soucier de la vie des autres. Et clairement, dans le film, il vaut mieux aider les autres. D’ailleurs Seok-woo se rend bien compte de la limite de son comportement. D’abord égoïste, il devient altruiste lorsque sa fille est secourue. En somme : si on se sauve tous mutuellement, on a plus de chance de se sauver et si on aide les autres, les autres nous aident en retour. Ce qui n’est encore une fois pas le cas du patron-connard qui cumule les tares et qui par son seul égoïsme fait tuer vraiment beaucoup de monde. En soi, il est même pire que les infectés qui ne sont poussés que par un instinct primaire et bestial de violence. Il y est question aussi de l’obéissance aux ordres. Mais pas de spoil, je n’en dirais pas plus ! Mais sachez que dans le film, la désobéissance ou au moins la retenue est synonyme de bonne action. Par exemple : désobéir au patron-connard-cliché aurait permis de sauver la vie de beaucoup de personnes.

 

Des personnages stéréotypés, mais pas clichés

 

Le casting est bon, mais c’est surtout l’écriture des personnages qui l’est. Ils ont des réactions intelligentes et intéressantes, qui n’apparaissent pas démesurées ou insensées. Par exemple ils n’en veulent pas au jeune joueur de baseball (Young-guk) de refuser de frapper ses anciens camarades infectés. Ils ne lui font aucun reproche. Ils savent que la situation est terrible et doivent faire avec. Ils ne tergiversent pas, ils agissent. Les dialogues sont d’ailleurs courts, simples et efficaces. En deux plans et deux lignes de dialogues, on connaît le personnage et par la seule mise en scène, on arrive à lire les émotions des protagonistes. Par leurs regards, on perçoit les sentiments de haine ou de respect qu’ils peuvent s’échanger ou exprimer.

Le personnage du PDG égoïste, dont on parlait plus tôt, qui utilise son influence pour sacrifier les autres et sauver sa peau, est complètement cliché. L’acteur sur-joue pour coller à son rôle de connard sans scrupules. Mais son jeu transpire également une façon de jouer très asiatique (au moins coréen et japonais pour ce que j’en sais) – avec de grands gestes, en en « faisant des tonnes » comme on dirait.

 

Et d'un point de vue technique…

 

Du point de vue de la réalisation, on n’est pas déçu. Le film est même plus que satisfaisant. La mise en scène et le cadrage contribuent intelligemment à nous immerger dans ce film éprouvant pour le spectateur. La photographie est elle-aussi excellente mais la B.O. elle, l’est beaucoup moins. En fait, elle l'est à certains moments, notamment au tout début du film où l’on voit le premier mort revenir à la vie – qui est une scène géniale d’ailleurs ! -. En général, et malheureusement, la musique ne suffit pas à transporter, à sublimer, l’action.

Les zombies sont fabuleux. Ils sont désarticulés et leur transformation est bien rendue. On entend leurs os craquer…, c’est dégueu ! On n’est pourtant pas tout à fait surpris de la qualité horrifique des créatures puisque les coréens ont une bonne culture du film d’horreur.

Les scènes d’action sont quant à elles très bonnes. À plusieurs moments on se dit : « Wouah ! Trop classe ! ». Pas tant parce que ce sont des moments badass mais surtout parce qu’au vu de la situation, on se dit que c’était vraiment chaud pour nos héros ! Et c’est vrai que le film regorge de scènes stressantes où l’on se sent en danger pour les personnages qui sont dans un danger immédiat. C’est prenant, et le film ne vous laisse pas le moindre répit, comme à ses personnages !

 

Un film (de zombies) qui fait du bien !

 

Une écriture intelligente pour un film bien réalisé et bien interprété, ça fait du bien ! Le film aurait pu être encore plus excellent si la B.O. avait été un peu plus travaillée. Quant au rythme, il est lui aussi très bon. Malgré le fait que l’on soit rapidement pris dans l’action, le film arrive à se donner le temps suffisant pour introduire le père et sa fille, ainsi que la situation globale. Il est drôle au début, terriblement angoissant au milieu, et triste à en verser sa petite larme (ou plusieurs) à la fin. Les coréens savent faire dans le drama !

C’est un dosage très bon et je suis surtout très heureux de la conclusion. Car contrairement à beaucoup de films d’horreur où personne ne survit, Dernier train pour Busan nous soulage avec une fin qui nous laisse respirer. C’est un film qui nous fait passer par pleins d’émotions différentes.

C’est un très bon film de zombies et même un très bon film tout court !

 

 


avatar Roman le 19/09/2016  -  commentaires

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