Chronique série

The Night Of : un polar angoissant.

The Night Of : un polar angoissant.

Le synopsis peut sembler tout à fait banal : il s'agit de l'histoire d'un jeune homme suspecté d'un crime qu'il n'a a priori pas commis. Combien de fois avons-nous eu un scénario comme cela sous les yeux ? C'est suffisamment large pour promettre le meilleur comme le pire. Ici, nous n'avons quasiment que du bon. Pas étonnant quand l'on sait que l'un des scénaristes, Steven Zaillan, a quand même écrit le scénario de La Liste de Schindler.

 


Tous à bord de l'ascenseur émotionnel !

 

Nasir Khan est un jeune étudiant new-yorkais comme les autres. Il est poli, en apparence calme et travailleur, et est issu d'une famille ouvrière d'origine pakistanaise. Un soir, il décide de se rendre à une soirée ayant lieu au cœur de Manhattan. Pour ce faire, il « emprunte » le taxi de son père. Étant au volant, quelques personnes le pensent en service, et c'est pourquoi une belle et jolie jeune fille – Andréa - finit par se retrouver un peu par hasard à l'arrière. N'ayant pas le cœur de la jeter (toi-même tu te doutes pourquoi), ils passent finalement la soirée ensemble. Une soirée de drogues, d'alcool, de sexe, et de jeux dangereux impliquant un couteau de cuisine. Tout se passe bien pour Nasir, qui semble vraiment être sous le charme d'Andréa. Malheureusement, le pire reste à venir. Au bout d'un moment, il se réveille dans la cuisine, sans trop savoir pourquoi. Il monte à l'étage pour dire au revoir à son amie d'une nuit, et là, il la retrouve DEAD. Forcément, Nasir panique, s'enfuit, joue de malchance, et se retrouve finalement suspecté de meurtre. Il se retrouve avec un avocat commis d'office, qui bien que remplis de bons sentiments, semble galérer un peu dans la vie. Ce dernier sera heureusement rapidement épaulé par une jeune avocate qui elle croit en Nasir, et qui va devoir prendre sur elle pour mener à bien une enquête pas toujours évidente. La série se penche majoritairement sur son temps dans une prison de haute sécurité, un passage qui va forcément changer le jeune homme, qui se retrouvera à devoir accomplir des tâches peu élégantes pour se faire respecter (c'est bien moins hardcore que dans Oz, à mon grand soulagement d'ailleurs). En parallèle, l'enquête suit son cours « off the record », pour prouver son innocence ou sa culpabilité, selon le personnage que l'on suit : le policier pointilleux à qui on ne la fait pas, ou les avocats de Nasir.

Le pilote est absolument stressant, déjà car on sait à l'avance que quelque chose va mal tourner, mais c'est surtout l'accumulation de malchance de Nasir, sa détresse, qui nous font ressentir un profond désespoir. Pendant vingt longues minutes, nous voyons les preuves s'accumuler contre lui, l'étau se resserrer inéluctablement, alors qu'il se retrouve complètement impuissant. Le reste de la série est un peu dans le même ton, bien que moins éprouvante pour les nerfs. Le plot finit par se muer en polar : la série laisse le doute sur la culpabilité de Nasir (peut-être est-ce lui finalement), ou encore nous présente divers suspects potentiels. Aux spectateurs alors de faire la part des choses. Néanmoins, l’intérêt principal de la série réside surtout dans l'inconnu du sort du jeune homme, plus qu'avoir connaissance du vrai meurtrier.

 

Sweet dark world…

 

The Night Of est inspirée de la série anglaise Criminal Justice, qui présentait une enquête policière différente suivant les saisons. Ainsi, l'exploration des différentes pistes par les personnages prennent une part important à l'écran. Cependant, du temps reste alloué pour présenter des tranches de vies quotidiennes, histoire de procurer des pauses bienvenues dans l'univers oppressant dégagé par le show. Si l'idée est bonne, l'application l'est un peu moins. Ces moments hors enquêtes sont surtout centrés sur John, l'avocat de Nasir, qui a des problèmes d’eczéma à régler ou une allergie par rapport au chat qu'il a adopté. Nous voyons aussi un peu les difficultés dont doivent faire face la famille du jeune suspect – un procès est épuisant financièrement et moralement – notamment via le regard des autres. À mon sens, il aurait peut-être préférable d'inverser les deux sujets en termes de temps à l'écran, car je pense qu'on se moque un peu des problèmes anodins de John, mais ceux-ci ont la qualité d'apporter un peu d'humour dans la série. Les passages centrés sur la vie de Nasir en prison auraient aussi gagné à être développés un peu plus, car nous spectateurs n'avons en réalité aucune idée de l'évolution du temps dans la série, et le changement de personnalité du jeune peut choquer : un épisode il est cet étudiant sans histoire, celui d'après il passe pour un taulard accompli rompu à tout.

Mais on chipote : le scénario reste solide et haletant, pleins de mystères et de révélations au fur et à mesure de l'avancement de l'enquête.

L'image est souvent sombre, rajoutant un sentiment de désespoir à une histoire déjà pas facile. Le générique, rappelant celui de Penny Dreadful, est angoissant à souhaits. Le casting est dans l'ensemble peu connu (si l’on fait exception de John Turturro), et les protagonistes ne sont pas des stéréotypes de la beauté, mais ressemblent à des gens comme tout le monde, avec leurs défauts de la vie courante. Ceci est une bonne chose pour ancrer la série au plus près de notre quotidien, et nous identifier toujours plus à la situation de Nasir, partager ses peines et son impuissance face à un système judiciaire sans cœur. Ce dernier est joué par Rizwan Ahmed, connu jusqu'à présent pour un rôle dans l'un ou l'autre des Jason Bourne. Cependant, il sera à l'affiche du prochain Star Wars: Rogue One (et là je dois dire : cool pour lui !). Son jeu d'acteur est parfois un peu trop constant, il est ainsi plus crédible en étudiant qu'en prisonnier, mais ses scènes de désespoir du pilot suffisent à nous convaincre de son talent. Il est par ailleurs rappeur si certains d'entre vous sont curieux ! L'acteur le plus connu de la série est sans conteste John Turturro (je ne le connaissais pas du tout, contrairement à Maxime), qui interprète John Stone, l'avocat. Il est extrêmement crédible dans son rôle, capable du meilleur comme du pire. C'est surtout lui qui procure un sentiment d'amitié, de réalisme à la relation qu'il entretient avec Nasir. Il est prêt à tout pour prouver son innocence et reste un des rares à croire en lui. Son speech final vaut d'ailleurs son pesant de cacahuètes. Enfin, mention spéciale à Michael Kenneth Williams, qui interprète le prisonnier qui protège Nasir, Freddy. Son physique atypique est difficilement oubliable, et les vrais de vrais d'entre vous auront reconnu celui qui jadis joué Omar Little dans The Wire, un personnage qu’on n’oublie pas, et qui est d'ailleurs le personnage de fiction préféré de Barack Obama (true story). Il livre une prestation tout à fait honorable ici quoique pas vraiment mémorable, la série aurait en effet gagné à l'approfondir, notamment sur ses raisons qui poussent à prendre Nasir sous aile (même si il l'explique un peu).

 

Un one-shot concluant

 

The Night Of est une série finie et bouclée de huit épisodes (enfin pour le moment, car le doute plane). Les personnages sont crédibles et globalement attachants, ce qui fait un peu mal au cœur de se dire qu'on ne les reverra jamais. C'est donc un show qui se vit au présent, qui vous tiendra littéralement en haleine pour peu que vous vous impliquiez. La série est ouverte à tous : les plus sensibles d'entre vous ressentiront très sûrement du désespoir, mais les plus malins chercheront à résoudre l'enquête avant le dénouement. L’œuvre nous propose suffisamment de suspects potentiels pour que chacun puisse tenter sa chance. La série a été diffusé cet été sur HBO, et malheureusement, aucune saison deux n'est prévue pour le moment (enfin comme je vous le disais, le doute plane…).

 

 


avatar Jeremy le 21/09/2016  -  commentaires

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