Revue livre

La mort du roi Tsongor : un mythe africain.

La mort du roi Tsongor : un mythe africain.

J'ai découvert et lu La mort du roi Tsongor il y a de ça 2 ans et je me suis souvent dit qu’il faudrait absolument que je t’en parle. Mais quelle lourde, voire impossible tâche pour moi que d'arriver à écrire un article à la hauteur de l'admiration que je porte à Laurent Gaudé. En toute simplicité, je vous montrerai ce qu'il a pour moi de si spécial et pourquoi il faut absolument le lire !

Comme le décrit parfaitement la quatrième de couverture, ce livre nous projette dans une antiquité imaginaire, une période indéfinie mais qu'on suppose ancienne, dans laquelle règne un grand souverain du nom de Tsongor. Son royaume est immense, sa richesse infinie, mais rien ne le rendrait plus heureux que de marier sa fille, Samilia. Il a d'ailleurs pour elle le parfait époux. Mais le jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit et une terrible guerre éclate pour savoir qui aura le privilège d'obtenir la main de la jeune femme. Afin d'éviter des morts inutiles et de voir son royaume à feu et à sang, Tsongor se sacrifie, et offre sa vie en échange de la paix. Mais cela ne calme en rien la fureur des deux princes.


 

Un mythe épique

 

Passionnée de mythologie grecque depuis ma plus tendre enfance, j'ai grandi avec les récits d'Homère, et j'ai rêvé secrètement d'un voyage à bateau à la conquête d'îles inconnues. Bon, en vrai, je suis hyper malade en mer, et je me suis donc contentée de lectures comme les milles et unes nuits avec les récits de Simbab le marin ainsi que les voyages d'Ulysse. La lecture de ce livre a donc forcément crée de vives émotions et m’a d’emblée touchée. Car cet ouvrage est bel et bien un mythe épique. Ainsi, on y retrouve les grandes thématiques de la tragédie : l’impuissance face à son destin - malgré ses nombreuses tentatives Tsongor ne peut empêcher la guerre - l’inévitable mort du héros, des sacrifices vains, le dilemme entre l’amour et le devoir - car Samilia a le choix entre son amour ou le mari désigné par son père. Tous ces concepts que j’adore retrouver en littérature, et que Laurent Gaudé exploite parfaitement. Je me suis donc très vite plongée dans cette histoire.

 

Un voyage initiatique dans une Afrique imaginaire

 

La mort du roi Tsongor, c’est aussi l’histoire d’un voyage, celui du plus jeune fils du roi et de la mission qu’il s’est vu confier : trouver 7 emplacements pour les 7 tombeaux dans lesquels le corps de son père sera enseveli. Pour cela, il doit traverser la totalité du royaume, trouver les plus beaux, les plus dangereux, les plus majestueux et les plus sombres lieux, à l’image de son défunt souverain. C’est un véritable voyage initiatique semé d'embûches, à travers de nombreuses contrées que nous partage l’auteur. Un périple au cœur de paysages que l’on suppose d’Afrique. Ce ne sont pas tellement de longues et précises descriptions qui nous le laisse penser, mais de délicats détails choisis scrupuleusement. Ce choix de cultures et de traditions joue dans nos imaginaires. Je suis particulièrement sensible à l’Orient, et je dois dire que si ce livre m’a autant plus, c’est surement grâce à cela. En fait, c’est grâce à cela !

 

Un style littéraire proche de la fable

 

Grâce à cela, oui bien sûr, mais surtout grâce au style incroyable de l’auteur, et là est pour moi toute la grandeur de Laurent Gaudé. Des phrases courtes, un vocabulaire riche. En seulement quelques mots, il nous décrit à la perfection des paysages, des visages, des ethnies. Lorsqu’il nous fait visiter son Afrique imaginaire et ses peuplades inconnues, il nous ensorcelle, tout simplement. Cela s’applique également aux personnages, mais sans jamais rentrer dans la complexité, ce qu’on peut également lui reprocher. Les protagonistes ont effectivement une certaine “simplicité”, voire une morale manichéenne. L’auteur nous livre leur passé, nous décrit leurs potentiels futurs, mais leurs interactions demeurent relativement prévisibles. Qu’importe, ça marche ! Enfin sur moi en tout cas !

 

Petit par la taille mais grand par l’esprit

 

Il ne faut pas se fier aux apparences. Derrière son petit format – seulement 200 pages – La mort du roi Tsongor nous emmène très loin. Quatorze ans après sa publication, cet ouvrage n’a pas pris une ride. Prix Goncourt du lycéen en 2002, il se lit vite, il se lit bien, et il est d’une rare authenticité.

Un grand livre, ni plus, ni moins.

 


avatar Aude le 02/10/2016  -  commentaires

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