Chronique film

Captain Fantastic : une coquille absolument vide.

Captain Fantastic : une coquille absolument vide.

« On ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments » a dit une fois Henri Jeanson. Pertinente au possible, cette remarque aurait tout aussi bien pu s’appliquer au cinéma mais manque de bol, le bonhomme était avant tout écrivain et journaliste avant d’être scénariste. Qu’importe, au-delà de s’appliquer au 7ième art en règle générale, cette pensée convient à la perfection au dernier film dont tous tes copains hipsters/bobos/hippies - et autres qualificatifs de ce genre – vont probablement te chanter les louanges. Mais tu es plus malin que ça, n’est-ce pas ?

Car non, Captain Fantastic n’est pas un film incroyable comme ils te le diront, pas plus qu’il ne mérite d’être adulé par Cannes, Sundance, Deauville, ou même Konbini. Et pour être tout à fait franc, il ne mérite rien. Absolument rien.


 

Une belle utopie au milieu des bois

 

Ben et Leslie sont deux jeunes gens hautement diplômés. Suite à leurs études, à des boulots extrêmement prenants, et à une lassitude prolongée, ils décident de partir vivre au beau milieu de la nature, loin des contingences des hommes et des sociétés contemporaines. Et puis arrive Bo, l’aîné, suivi sur une ou deux décennies de Kielyr, Verpyr, Rellian, Zaja et Nai, trois garçons et trois filles que le couple va décider d’élever au milieu des montagnes.

Jusqu’au jour où Leslie va tomber malade. Ou du moins, être diagnostiquée bipolaire. Une maladie mentale terrible, qui va la voir mettre fin à ses jours volontairement bien des années plus tard, ne pouvant plus supporter une existence des plus torturées.

Apprenant la nouvelle lors d’un ravitaillement dans la vallée, Ben va devoir prendre totalement en charge cette famille qu’il prépare à la vie humaine depuis de nombreuses années, mais aussi tenter d’honorer les vœux post-mortem de sa femme, bouddhiste de philosophie, ne voulant pas être enterrée mais incinérée. Bien évidemment, beau-papa Jack, gros con de son État du Nouveau-Mexique et catholique invétéré, ne l’entend pas de cette oreille et tend un beau doigt au testament de sa fille unique, interdisant au passage à son mari (et à ses petits-enfants, dont il n’a apparemment pas grand-chose à faire) sa venue aux funérailles. Chose que Captain Fantastic et sa petite tribu, ne vont pas entendre de cette oreille (à raison, qu’il est CON ce personnage de Jack) !

 

Le choc des cultures

 

Avant d’abattre de mon mieux ce film (car oui, c’est ce que je vais faire), évacuons son seul point positif : l’humour. Sans être l’intérêt du film, il est assez prenant, bien réparti et plutôt bien pensé, car il repose efficacement sur le concept du choc des cultures, le film étant en soi une sorte de fusion entre Into The Wild/Little Miss Sunshine et La vie est un long fleuve tranquille. Nous avons donc d’un côté le monde tel qu’on le connait, peuplé de ses individus que nous appellerons "normaux" avec leurs lots de normes, de règles, de manières de penser, etc. et la petite société de Captain Fantastic où, grosso modo, tous ses enfants (même les plus jeunes) maitrisent les concepts de Physique Quantique et autres théories maoïstes (et non pas trotskistes, ATTENTION à ne pas dire n’importe quoi). Nous avons donc, en réduisant au plus simple, les gens normaux et les génies (ou « philosophes rois » dixit Leslie, une idée aussi séduisante que dérangeante). Cela donne donc lieu à des petits sourires en coin quand le cousin des enfants de Ben demande à l’un d’eux ce qu’il pense de quelque chose que tout le monde connait, ou encore lorsque Zaja, du haut de ses 3 ou 4 ans, 5 au plus, récite l’un des amendements de la Constitution américaine devant ceux-ci. Que Bo demande en mariage une fille qu’il vient juste de rencontrer, que cette petite famille fête le Noam Chomsky Day, etc. etc. Voilà. C’est drôle, mais c’est du déjà-vu, du réchauffé. Les blagues, si l’on peut les appeler ainsi, sont certes plaisantes, mais ne servent qu’à masquer l’inévitable vérité et nature du film.

 

Le monde alternatif vu par les capitalistes et/ou pour les nuls.

 

Captain Fantastic est un film qui ne se respecte pas, autant qu’un film dangereux. Il manie des concepts, des idées sans le moindre égard envers ceux-ci pour servir un propos à un instant T, et les envoie valser la seconde d’après. Au final, il ne dispose pas d’un propos ou d’un discours donné. C’est un patchwork d’images et d’instants suivis de petites blagues. Pour ou contre l’éducation des enfants par les parents ? NO LO SÈ. Pour ou contre la parole franche avec les enfants ? NO LO SÈ. Pour ou contre l’autarcie ? NO LO SÈ, etc. etc. Moi qui attendais un vrai film sur la question de l’éducation alternative (ou intelligente), je peux te dire que j’ai été sacrément déçu. Le film donne tort au monde « normal » et raison à l’utopie de Ben, retourne le couvercle, et ainsi de suite, sans jamais parvenir à une conclusion valable. Enfin si, il y a une conclusion : la famille de Ben s’installe dans une ferme et continue sa vie après quelques déboires avec Papy Jack, sans que rien ne se soit passé. SUPER.

Je ne te parle même pas du casting et de leurs performances car au final, le film est tellement vain qu’aucun acteur ne brille vraiment (si ce n’est les enfants pour leur dimension « mignonne »), pas même Viggo Mortensen qui est pourtant la tête d’affiche. Rien ne transparaît de son jeu, pas même lors de ses interactions « intenses » avec Rellian (qui de toute façon sont toujours coupées au moment où ça devient intéressant, pour x ou y raison – saloperie de petit rebelle de merde -) comme dans les séquences câlines avec les plus petits de ses enfants.

Un film creux et tire-larmes donc, dont pourtant j’attendais un semblant de quelque chose, mais qui ne m'a donné qu'une seule envie : cramer la bobine.

 

La conclusion, retentissante !

 

Un film à éviter À TOUT PRIX !

 

 


avatar Maxime le 20/10/2016  -  commentaires

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