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Les sept mercenaires : le remake du plagiat.

Les sept mercenaires : le remake du plagiat.

Le 15 octobre 2016, carte UGC illimitée en main, je suis allé voir Les Sept Mercenaires (Magnificient Seven en VO)  au cinéma. J’ai tardé à voir le film d’Antoine Fuqua qui est sorti le 28 septembre 2016 pour plusieurs raisons. Pour commencer, je n’avais pas accroché à la bande-annonce. Ensuite, comme à mon habitude lorsqu’il s’agit de remake/reboot, je me suis dit que ça allait être un raté. Et enfin, il y avait l’affiche du film qui ressemblait trop à celle des Huit Salopards et je trouvais ça un peu facile/perturbant. Pour autant, on m’a convaincu de le voir, et de le voir comme un divertissement, sans prise de tête et sans attente particulière. Résultat des courses : je n’ai pas été déçu et même mieux… j’ai été agréablement surpris et globalement satisfait !

 


Une histoire bien connue

 

Le remake moderne des Sept mercenaires de John Sturges sorti en 1960, qui s’inspire lui-même du formidable Sept Samuraï de Akira Kurosawa, sorti en 1954, raconte naturellement la même histoire. Celle de pauvres gens habitant un petit village perdu et isolé qui décident de recruter sept puissants guerriers pour se défendre de terribles ennemis. Remplacez la forêt nippone par l’ouest américain, les paysans japonais par des colons, les bandits par un capitaliste fou et sa bande de mercenaires et les samouraïs par des cow-boys et vous obtenez la version U.S. de l’œuvre originale. Une transposition réussie et qui fonctionne encore une fois très bien avec le film d’Antoine Fuqua.

 

La touche américaine

 

Adapter le film de Kurosawa ne se résume pas seulement par remplacer des samouraïs par des mercenaires. Si l’œuvre originale est empreinte de l’esprit japonais (et c’est bien normal) il en va de même pour le plagiat de Fuqua qui a sa dose d’américanité. On parlera en effet dans la version États-unienne de justice (protéger les faibles), de capitalisme incontrôlé et d’une certaine vénération pour l’or et sa puissance qui détourne les hommes du droit chemin, de lutte manichéenne entre le bien et le mal, de l'omniprésence de la religion chrétienne dans la vie des colons, et de ces mercenaires tueurs et assassins pas si méchants que ça puisqu’ils se rachètent en sacrifiant leur vie pour sauver le village de Rose Creek. Alors que pour l’œuvre originale, le réalisateur japonais témoigne sobrement et simplement d’une lutte cruelle entre des paysans, des samouraïs et des bandits tout en nous montrant bien que chaque groupe (paysans, samouraïs et bandits) est plus complexe que ce que l’on croit. C’est profond et intelligent, et on est très loin de la caricature du méchant qui est très méchant parce qu’il est simplement méchant (l’archétype du vilain biblique) des Sept mercenaires et du combat pour la justice et du bien contre le mal. Une gratuité et une simplicité qui m’ont gêné mais qui sont les seuls véritables défauts que j’attribuerais au film, et qui sont cohérents avec l’esprit américain qui accompagne le long-métrage.

 

Des sept samurais aux sept mercenaires : des personnages fondateurs et fondamentaux

 

En visionnant les Sept Mercenaires, et pour ceux qui ont vu les Sept Samouraïs, on peut aisément deviner quel personnage de l’adaptation est quel personnage de l’œuvre originale. Chris Pratt (pas excellent par ailleurs dans le film) par exemple, incarne Faraday, un Irlandais boute-en-train qui se rapproche du personnage burlesque de Kikuchiyo, incarné par le célèbre Toshiro Mifune. Ainsi, on retrouve à peu près les mêmes caractéristiques entre chacun des protagonistes des deux films et leurs jumeaux, avec quelques subtilités, évidemment. On a le mexicain Vasquez (Manuel Garcia-Rulfo) un peu sympa, l’irlandais alcoolique, le sudiste cajun chef de guerre Goodnight Robicheaux (Ethan Hawke), le Nordiste noir Sam Chisolm (Denzel Washington) droit et brave, le trappeur Jack Horne (Vincent D’Onofrio) très croyant, l’amérindien Red Harvest  (Martin Sensmeier) humble, et l’asiatique Billy Rocks (Byung-Hun Lee) qui combat naturellement très bien avec des couteaux... Une diversité qui aura le mérite de respecter les quotas, mais qui n’est, blague à part, pas gênante pour le film et qui prête même à plusieurs blagues bienvenues. On n’oublie pas non plus la femme forte du film (Emma Cullen interprétée par Haley Bennett) qui est un type de personnage récurrent dans les films actuels, ce qui n’est pas une mauvaise chose surtout quand le personnage est bien écrit et joué comme ici. C’est elle qui, par sa conviction et sa force intérieure, convainc les mercenaires de rallier sa cause. On a presque même l’impression qu’à un moment donné du film, celle-ci va remplacer l’un des sept mercenaires qui se fait la malle, rattrapé par les démons de la guerre de Sécession. Un twist scénaristique bien fait, même si l’on sait qu’il ne tiendra pas, et qui met en scène le meilleur personnage (le plus profond et le moins caricatural) et acteur du film (mais je ne vous dirais pas qui c’est, nananère !).

 

C'est loin mais c'est beau

 

Le film a été tourné quelque part aux États-Unis... je suppose. Quoiqu’il en soi, c’est magnifique ! À côté de cela les costumes et les décors sont bons. La photographie n’est pas excellente sans être inexistante non plus, et la B.O, notamment deux/trois thèmes qui sont excellents, est très satisfaisante. Les dialogues sont bons et il y a quelques plans vraiment très bien fait - lorsque la caméra capture le paysage ou les visages des personnages en gros plans -. Cela rappelle d’ailleurs assez violemment les vieux Westerns spaghettis. On retrouve aussi à un moment précis du film dans la mise en scène ce qui fait la saveur des vieux Westerns : ces longs plans où les regards se croisent, les visages se crispent, les doigts montent sur les armes, dans une lenteur et une pesanteur palpable, comme si le temps était arrêté. Comme cette scène d’intro fabuleuse au début d’Il était une fois dans l’Ouest. Bref, il est très plaisant de retrouver cette ambiance-là !

 

Un bon western

 

Les sept mercenaires est un western type avec sa touche de modernité 2016. Hormis le côté très manichéen du bien contre le mal, un méchant pas très bien réussi et une phase de recrutement des sept mercenaires un peu trop rapide, et qui est même parfois peu crédible, le long-métrage est plaisant à regarder et est globalement bien interprété. Il rend également un bel hommage à l’œuvre de Kurosawa tout en développant sa propre ambiance et son caractère propre. Le film n’est pas extraordinaire – ce n’est pas du grand cinéma – mais Fuqua ne se fout pas non plus de nous et nous livre une œuvre cohérente. C’est au final un bon film et un très bon divertissement.

 

Et vous, que pensez-vous de ce remake ?

 

 


avatar Roman le 24/10/2016  -  commentaires

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