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Le Livre de la Jungle : un remake sombre et généreux.

Le Livre de la Jungle : un remake sombre et généreux.

Le Livre de la Jungle est un film Disney réalisé par Jon Favreau (Iron Man et Iron Man 2) sorti le 13 avril 2016 dans les salles obscures. Il est à la fois l’adaptation du roman de Rudyard Kipling et un remake ultra-réaliste du dessin animé de Disney sorti en 1967.

 


Un petit garçon au milieu des bêtes

 

Le Livre de la Jungle conte l'histoire de Mowgli (Neel Sethi), un jeune enfant trouvé par la panthère Bagheera (Ben Kinglsey) et élevé par les loups de la Meute. Le tigre Shere Khan (Idris Elba) veut la mort de l'enfant car il haït les Hommes. Il met la pression sur la Meute, notamment Akela (Giancarlo Esposito) son chef, et Rakcha (Lupita Nyong'o) la mère-louve adoptive de l'enfant. Mowgli décide donc de partir de lui-même et de revenir à la fin du film pour un ultime affrontement contre Shere Khan.

 

Cats fight!

 

Une fable, un mythe

 

Il y a de nombreuses choses qui font de ce film une fable, un conte mythologique ou encore biblique. Chaque animal, d'abord, représente une personnalité, une émotion, voir un péché capital parfois. Le tigre est la haine (une haine incontrôlée et injustifiée, caricaturale et très manichéenne), les loups et leur code d'honneur sont la fraternité (et l'honneur donc), le roi Louie (Christopher Walken) est l’avarice et l’ambition démesurée - le singe qui veut ressembler aux Hommes et devenir le roi de la jungle -, l’ours Baloo (Bill Murray) la gourmandise et la joie de vivre, Bagheera la très sérieuse panthère est la droiture, Kaa (Scarlett Johansson) le serpent est la tromperie, la fourberie, etc. et les éléphants sont les protecteurs de la jungle, ses sages gardiens.

Et puis il y a le héros, Mowgli. Cet enfant unique et orphelin élevé par des loups qui n’est pas sans nous rappeler quelques personnages mythologiques comme Siegfried (le plus fameux des héros de la mythologie germanique élevé par une louve) ou encore Rémus et Romulus (les fondateurs de Rome élevés par la Louve, une histoire bien connue ^^).

 

Mythique en effet !

 

Fantasmagorique, terrifiant, haletant et généreux

 

Ce film, pour sa mise en scène et son propos, est un vaste conte pour enfant - qui ne prend pas les enfants pour des idiots -. Au-delà de ça, le film est d’une grande densité. Les scènes s’enchaînent rapidement, sans que ce ne soit trop vite, et on ressent bien le découpage en chapitres des différents actes du long-métrage (comme dans un livre). D’une scène à une autre, on sait qu’on est passé dans un autre lieu, une autre atmosphère, une autre page de l’histoire, tout en étant fluide, limpide et bien mené.

À partir de la fin de la première partie, et jusqu’à la rencontre avec Baloo, le film ne nous laisse que peu de répit. En effet, Mowgli se fait prendre en chasse par Shere Khan  dans la savane. Il se retrouve séparé de Baghera et est pris au milieu d’un flot continu de buffles. La scène est intense, d’autant plus que Shere Khan est tout proche, cherchant une occasion d’attaquer. Mowgli s’échappe sur le dos d’un buffle mais plus loin, plus tard, un glissement de terrain l’emporte dans l’eau… Plus tard encore, il tombe sur Kaa qui essaie de le dévorer. L’ambiance autour du serpent est pesante et glaciale. La fine brume qui environne le territoire du serpent donne un aspect fantasmagorique à l’endroit et à Kaa lui-même. C’est l’une des meilleures scènes du film, et assez proche, me semble-t-il, du dessin animé. Mowgli est secouru par Baloo et nous, par la même occasion, pouvons reprendre notre souffle ! Le film descend ensuite en intensité jusqu’à la rencontre tendue avec le roi Louis (un autre passage extrêmement bien réussit du film) et jusqu’à l’affrontement final avec Shere Khan qui se termine dans les flammes.

Un film qui se livre donc (jeu de moooooooooooooots !).

 

Les dessous de la fantasmagorie.

 

Une réussite visuelle

 

Et sonore dans une moindre mesure ajouterons-nous immédiatement !

Les premières scènes et séquences du film sont marquées par une photographie magnifique de paysages somptueux. L’univers du livre de la jungle se déroule durant tout le film avec une très belle esthétique. Un monde se déploie devant nous avec ses frontières, ses territoires, ses clans et ses règles. Le film ne se passe pas dans une époque concrète ni un territoire géographique connu. Je ne connais pas l’existence de meutes de loups vivants dans la jungle ou la savane (dites-moi si je me trompe).

À la réalisation, Jon Favreau fait un très bon taf, avec quelques plans vraiment très sympas, même si certains jump scars sont parfaitement prévisibles et si certaines scènes sont filmées de trop près.

Les acteurs sont très bons et il est étonnant de voir à quel point ils sont percutants. Sans oublier le jeune Neel Seethi qui est excellent !

L’esthétique léchée et ultra-réaliste du long-métrage est là pour appuyer les effets dramatiques de ce film intense en émotions. Cela contribue à délivrer un récit franc. Le but a été vraisemblablement de reprendre un film Disney culte pour en démultiplier les aspects narratifs marquants (les séquences les plus impressionnantes et notables). Tout cela pour donner quelque chose de plus concret et visuellement plus marquant, dans le sens « dont on va se souvenir ». Cela donne une certaine et appréciable maturité à ce récit. Mais un récit qui s’adresse à qui ?

 

Splendide, c'est le mot...

 

La part sombre de Disney ?

 

Est-ce, en effet, un film pour les anciens enfants que nous sommes et qui ont connu la première version Disney du Livre de la Jungle ou un film pour les enfants d’aujourd’hui ?

Certainement les deux me direz-vous… Mais à l’heure des reboots et autres remakes, jouant sur la nostalgie, le choix de ce film et de ce parti-pris esthétique n’a rien du hasard ou de l’œuvre originale. Car il s’agit d’histoires et de personnages cultes qui ont bercé notre enfance et celle de nos aînés. Il s’agit donc tout autant de satisfaire les amoureux de la première histoire (de 1967), en espérant qu’ils amènent leurs enfants voir le film, que les enfants d’aujourd’hui.

Par ailleurs, on peut se demander si avec un film dense et intense comme ce nouveau Livre de la Jungle Disney n’essaierait-il pas de renouer avec l’esprit de ses premiers dessins animés (plus sérieux et percutants), loin des productions modernes comme Frozen ? Ou du moins de coller au plus près de l’œuvre originale car un conte, ne l’oublions pas, est à l’origine une histoire dure.

D’une certaine manière on pourrait résumer la démarche de Disney avec ce film de la manière suivante : faire du neuf avec du vieux.

Et s’il suffisait en fait d’insuffler l’essence de ces « vieux » Disney dans les nouveaux, plutôt que d’utiliser le micro-onde pour les réchauffer - certes avec un emballage extrêmement bien réussit - ? Faudra-t-il attendre dix ans un remake de Frozen pour en avoir une version correcte ?

Malgré ces interrogations il n’en demeure pas moins que ce nouveau Livre de la Jungle est un très bon film.

 

 


avatar Roman le 31/10/2016  -  commentaires

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